‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 117 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XI

tenterait chez les Anglo-Américains du sud, une usurpation semblable à celle qui fut exécutée en France à la fin du dernier siècle par un chef d'armée , se verrait foudroyé de toutes parts avec les maximes imprescriptibles des droits de l'homme ; il périrait infailliblement dans les supplices s'il échouait dans sa tentative, et s'il n'avait pas le moyen de se sauver par la fuite. Celui qui s'armerait des mêmes maximes pour appeler à la liberté des hommes dont on dispose comme de bêtes, et qu'on traite d'une manière plus méprisante et plus cruelle, soulèverait contre lui toute la classe des maîtres : il n'y aurait pas de supplice assez grand pour lui faire expier son crime.

Mais c'est vainement que les possesseurs d'hommes se forment deux morales et deux justices : ils peuvent les établir en théorie ; tôt ou tard , il faudra que, dans la pratique, l'une ou l'autre règne en souveraine. Ce qui est juste et vrai , est tel par la nature des choses, et non pas par un effet des déclarations ou des caprices de la puissance . La plus folle ou la plus insolente des prétentions serait celle d'un homme qui s'imaginerait qu'il lui appartient de rendre une proposition vraie ou fausse, juste ou injuste , selon que cela convient à ses intérêts. Ce qui, dans un homme, serait une prétention absurde, est absurde dans mie collection d'hommes , quelque nombreuse qu'elle soit. Le genre humain tout entier se lèverait pour déclarer faux un axiome de géométrie,

que les choses ne changeraient pas de nature : il y aurait seulement dans le monde une absurdité de plus. Or, les vérités sur la nature physique et morale de l'homme, ne dépendent pas plus de nos caprices que les vérités qui se rapportent à tous les autres objets de l'univers.

Un homme qui , par ruse ou par violence , parviendrait à s'emparer de la personne d'un autre , qui l'entraînerait dans sa maison ou sur sonchamp^ et le contraindrait à coups de fouets à travailler pour lui, serait considéré comme un brigand qu'il est urgent de réprimer. Si cet homme, arrivé chez lui, s'avisait de déclarer dans un registre et de proclamer, au sein de sa famille, qu'il est possesseur légitime de la personne soumise à sa puissance , qu'il a le droit de disposer d'elle selon ses caprices, et que nul ne peut, sans injustice , mettre des bornes à son pouvoir, ces déclarations, ni ces prétentions, quelque fût le nom qu'il leur donnât , ne changeraient rien à la nature des faits. Ce qui dans un homme serait un crime, en est un dans une multitude d'hommes : une bande armée qui , au lieu de s'emparer d'une personne , s'emparerait de cinquante ou de cent, commettrait un forfait de même nature, mais infiniment plus grave.

Une nation n'est qu'une collection de personnes, et quand elle procède comme les individus dont je viens de parler, ses actes ne sont pas plus conformes aux lois qui sont inhérentes à la nature humaine. Les déclarations qu'elle fait

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