LIVRE V, CHAPITRE XIX
cas de besoin , à les enfermer dans tel lieu qu'il nous plaira choisir, sans que nous ayons besoin de motiver nos volontés ni d'observer aucune forme légale.
» Vous protégerez notre industrie et l'usage que nous entendons faire de notre intelligence et de nos membres ; vous nous garantirez la faculté de prendre et d'exercer la profession qui conviendra le mieux à nos moyens , et de travailler ou de nous reposer, selon que nous le jugerons utile à nos intérêts ; mais vous nous protégerez en même temps dans la faculté que nous avons de faire pratiquer par les personnes que la force nous a soumises, l'industrie qui nous convient , et de régler selon nos caprices l'usage de leurs facultés ; loin de tolérer qu'elles travaillent ou se reposent selon leurs besoins , vous les forcerez à travailler ou à rester oisives selon les nôtres.
» Vous nous garantirez la faculté de manifester publiquement nos opinions , soit verbalement soit par écrit ; vous nous protégerez dans l'exercice de cette faculté , même quand nos discours ou nos pensées vous blesseraient et mettraient obstacle à l'exécution de vos projets; mais vous nous garantirez, en outre, la faculté d'empêcher que les hommes qui nous sont soumis , ne manifestent, par aucun moyen, des opinions qui puissent nous déplaire ; s'ils contrevenaient à nos défenses à cet égard , vous nous seconderez
de votre force pour leur infliger des châtimens arbitraires
» Vous nous garantirez la faculté de rendre à la Divinité le culte que nous jugerons le plus raisonnable , et de prier ou de nous reposer tel jour que nous aurons choisi ; vous n'userez jamais de menace ni de violence pour nous imposer vos propres croyances • mais vous nous garantirez aussi la faculté d'empêcher les hommes que la force nous a soumis, de rendre à la Divinité le culte qui pourrait leur être commandé par leur raison et leur conscience.
» Vous ne prélèverez, sur les produits de nos travaux ou sur nos revenus, que les sommes que nous vous aurons accordées et qui vous seront nécessaires pour une bonne administration, et vous nous rendrez un compte clair , net et public de vos recettes et de vos dépenses ; mais en même temps vous nous protégerez dans la faculté que nous avons de nous approprier les produits des travaux des hommes que la force nous a soumis , et de ne leur laisser que ce qui leur est nécessaire pour ne pas périr de misère.
» Vous protégerez surtout la vertu de nos filles et de nos femmes, et vous punirez avec rigueur tout misérable qui se permettrait d'attenter à leurs personnes ; mais vous nous protégerez aussi dans l'exercice du pouvoir arbitraire que nous entendons exercer sur les filles et les femmes des hommes que la force nous a soumis ; si quelqu'un de ces hommes avait l'audace de s'opposer