‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 120 sur 253 · LIVRE y, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE y, CHAPITRE XIX

à nos entreprises sur sa fille ou sur sa femme , vous viendrez à notre aide, et nous prêterez votre force pour le châtier de sa témérité.

» Si parmi nous, qui sommes les maîtres , il s'élevait un homme qui voulût nous priver de notre liberté, pour nous soumettre à un gouvernement arbitraire , vous le punirez suivant toute la rigueur des lois ; mais s'il s'élevait un homme qui voulût soustraire à nos violences et à nos extorsions , les personnes que la force nous a soumises, pour les placer sous la protection de la justice , vous le traiterez comme un des plus plus grands malfaiteurs, et punirez de mort son attentat.

» Vous jurez devant Dieu et sur les Evangiles d'être fidèle à cette déclaration des droits de l'homme et des droits du maître ; et si vous y manquez , en protégeant les personnes que nous tenons en notre puissance, contre nos extorsions, contre nos violences et même contre notre luxure , nous espérons que la justice de l'Etre suprême, de l'auteur des saintes lois de la morale, vous punira, par deschâtimens éternels, de cette énorme prévarication. »

L'esprit humain se prête si facilement aux diverses impressions qu'on lui donne, et nous avons tant de peine à nous rendre raison des opinions que nous avons reçues dès l'enfance, que je conçois très-bien que des hommes élevés par des possesseurs d'esclaves admettent comme des vérités incontestables des propositions con-

tradictoires, semblables à celles dans lesquelles je viens de réduire les prétentions d'un planteur anglo-américain. Je conçois même qu'après les avoir lues, les colons français , hollandais, anglais , ou anglo-américains , qui aspirent à les mettre en pratique, les trouvent raisonnables et justes, parce qu'elles sont absurdes. Mais c'est se tromper beaucoup que de s'imaginer que les hommes règlent leur conduite, non par leurs habitudes et par leurs besoins , mais par les formules qu'ils ont apprises dans leur enfance. Les brigands italiens et espagnols, qui vont s'embusquer sur les grands chemins pour dévaliser lès voyageurs, ne sont ni des athées ni des idolâtres ; ils ont les mêmes évangiles et une foi pour le moins aussi robuste que les hommes industrieux qui peuplent nos grandes villes. Ils peuvent réciter les maximes morales qu'ils ont apprises dès l'enfance , aussi couramment qu'un Anglo- Américain du sud peut réciter les droits de F homme et les droits du maître, écrits dans la constitution et dans les lois de son pays ; leurs maximes ni leurs croyances ne suffisent pas cependant pour mettre les voyageurs en sûreté. Nous verrons bientôt que les principes que proclament les possesseurs d'ésclaves pour garantir leur liberté , ne suffisent pas non plus pour détruire la tendance que donne à presque tous les hommes de la classe des maîtres , la pratique journalière de la violence et de l'arbitraire. L'opposition que nous avons observée . entre

Page 1