LIVRE V, CHAPITRE XXIII. OOD
usages des beaux jours de la république romaine. On se borne , quand on peut les conquérir , à les soumettre en masse à une exploitation plus ou moins régulière , analogue à celle qui existait du temps des empereurs romains. C'est un progrès que nous devons à l'asservissement des possesseurs d'esclaves, progrès qui ne peut qu'en amener d'autres (1).
Les dangers auxquels sont exposés les peuples industrieux de l'Europe , de la part des nations chez lesquelles la population se divise en maîtres et en esclaves, sont moins grands que ceux auxquels ils étaient exposés jadis; cependant, il faut bien se garder de croire qu'il n'en existe point. La classe des maîtres , par sa position , ses préjugés, ses habitudes, est poussée tout entière dans la carrière militaire, et elle a besoin tout à la fois d'activité et de richesses. La classe des esclaves , du sein de laquelle sortent les soldats, doit être naturellement portée vers la même carrière , parce qu'elle s'y trouve moins avilie , et que les hommes , dans l'alternative
(i) Au milieu du seizième siècle, les Russes, dans leurs guerres, se conduisaient encore comme les Romains du temps de César. Dans ia guerre qu'ils soutinrent contre Gustave-Vasa , le nombre des Suédois qu'ils firent esclaves , soldats, paysans, femmes ou enfans^ fut si considérable, qu'ils les vendaient pour quelques petites pièces de monnaie. On remarque , dit leur historien , que les petites filles se vendaient un peu plus cher que les mâles. Lévesque^ Histoire de Russie, tome III, p. 52.
5o4 TRAITÉ DE LÉGISLATION.
d'être opprimés en qualité d'esclaves, ou de devenir des agens d'oppression, préfèrent toujours le dernier parti. La qualité de soldat élève en quelque sorte un esclave au rang de son maître, ou du moins elle ne laisse subsister entre eux que les distances établies par les grades militaires. Or, ces distances sont peu considérables , quand on les compare à celle qui existe entre un maître et les individus qu'il possède à titre de propriétaire. Un despote qui aurait les passions d'un conquérant, ne pourrait donc recruter nulle part une armée avec plus de facilité que chez une nation composée de maîtres et d'esclaves. Il n'y a, pour prévenir les dangers dont les peuples civilisés sont menacés à cet égard, que la misère qui s'attache partout à l'esclavage, et les lumières, qui tendent à le détruire dans tous les pays.
On a vu précédemment que les possesseurs d'esclaves , pour maintenir leur domination , tendent en général de toute leur puissance à abrutir la partie de la population sur laquelle ils dominent. Ils ont pour cela deux moyens : l'un est de rendre leurs esclaves tellement stupides , qu'ils soient incapables de profiter d'aucune des lumières qui sont répandues au tour d'eux ; l'autre est d'étouffer les lumières qui existent chezles nations voisines, afin qu'aucun rayon ne puisse en arriver jusqu'à la population asservie. Le premier moyen , que nous avons vu employer par les Anglo-Américains, est rarement jugé suffisant: un esclave, quelque slupide qu'il soit , a