‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 167 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXIV

l'économie à des hommes qui n'ont à consommer par semaine que cinq harê*ngs et quatre livres de farine? Sur quoi et pçur quel motif feraient-ils des économies , puisqu'ils n'ont rien au-delà de ce qui leur est rigoureusement nécessaire pour soutenir leur existence, et qu'ils ne peuvent rien posséder en propre 3 ni rien transmettre à leurs enfans ? Ne serait-ce pas une dérision plus cruelle encore de faire des sermons contre la paresse et l'oisiveté, à des hommes qui, dès le point du jour , sont éveillés par le claquement des fouets, qui sont harcelés de coups pendant toute la journée, et qui ne peuvent rentrer qu'à la nuit dans leurs misérables cabanes ? À quoi servirait-il de recommander la décence et la pudeur à des êtres qui n'ont point de vêtemens pour se couvrir, et qui sont enfermés dans des huttes comme des bêtes? Il ne faut passe le dissimuler : l'enseignement des devoirs que la religion impose, doit détruire l'esclavage, ou l'esclavage doit empêcher l'établissement de la religion (i).

(i) J. J. Rousseau prétend que le christianisme ne prêche que servitude et dépendance; que son esprit est trop favorable à la tyrannie pour qu'elle n'en profite pas toujours , et que les vrais chrétiens sont faits pour être esclaves. (Contrat social , liv. iv, ch. vin.) Pour admettre cette opinion, il faut supposer que Yesprit du christianisme repousse toute idée de devoirs envers soi-même et envers les autres, ou que le seul devoir qu'il impose( est celui de n'en avoir aucun , ce qui est une contradiction; ou bien il faut ad-

Les possesseurs d'esclaves ne se sont point trompés sur les effets que produirait renseignement des devofrs religieux sur l'esprit de la population asservie. Je crains , dit un respectable missionnaire envoyé à la Jamaïque, je crains que les planteurs eux-mêmes ne mettent obstacle à l'instruction morale et religieuse des esclaves. Il est certain qu'un grand nombre d'entre eux, bien loin d'encourager les noirs à fréquenter les lieux consacrés à la religion, se sont opposés à toute instruction, et particulièrement au moyen par lequel on peut la donner le plus efficacement.... La principale objection des planteurs est, j'en ai la certitude, que les esclaves étant instruits, seraient moins appliqués à leur travail, moins disposés à obéir aux agens de l'exploitation, plus impatiens et plus capables de secouer le joug (1).

L'auteur qui fait ces observations parait croire que les craintes dés planteurs" sont mal fondées. La religion chrétienne, dit-il, au lieu de rendre un homme mécontent de la position dans laquelle la Divinité l'a placé, a une tendance con-

mettre qu'il impose le devoir de se livrer au Vice et au crime, quand on ne peut s'en abstenir sans s'exposer à un châtiment, Ge qui est encore une contradiction ; caries crimes et les vices entraînent tôt ou tard après eux leur châtiment. On va voir, au reste, que les possesseurs d'esclaves ont jugé l'esprit du christianisme autrement que Rousseau.

(i) the Rev. R. Bickell's West-Indies as they are, or A real picture of slavery, part, n, p. 83 and 84.

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