‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 169 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXIV

un meilleur avenir; elle lui apprend à supporter les souffrances , mais c'est pour le déterminer à faire ce qu'il doit, sans s'enquérir des conséquences qui peuvent tomber sur lui, et non pour l'engager dans la carrière du vice; elle lui fait un devoir de l'obéissance , quand les commandemens sont justes et conformes à la morale, mais elle l'oblige à la résistance , quand il ne peut obéir qu'en violant ses devoirs ; elle l'oblige surtout à résister aux passions viles et malfaisantes, et, parmi les passions de ce genre, il n'en est pas de plus funeste que k peur des maux qui suit l'accomplissement de ses devoirs; enfin, elle commande à l'esclave le respect pour ses maîtres, mais elle lui commande plus fortement encore la haine et le mépris des vices dont la plupart des maîtres sont infectés.

Ce sont donc les préceptes mêmes par lesquels les ministres de la religion veulent la recommander aux possesseurs d'esclaves, qui la rendent odieuse à leurs yeux. Il faut, pour qu'un possesseur d'hommes règne en souverain , que ses esclaves ne connaissent pas une autorité supérieure à sa volonté ; il faut qu'à leurs yeux rien ne soit au-dessus des récompenses qu'il peut accorder ou des châtimens qu'il peut infliger. Or, du moment que l'enseignement religieux impose des devoirs à un esclave, du moment qu'il lui présente des récompenses infinies s'il y reste fidèle, et des châtimens sans terme s'il les trahît, les promesses et les menaces du maître n'ont plus

d'importance. Ce ne sont plus, pour me servir des termes de l'écrivain que je viens de citer, que des objets secondaires, qui sont à peine dignes de fixer l'attention d'un être appelé à jouir de l'immortalité. Un esclave, en effet, n'estil pas moralement affranchi du moment qu'il ne voit que ses devoirs, et qu'il ne compte pour rien ni les craintes ni les espérances que peut lui inspirer son maître?

J'ai fait observer que l'enseignement des devoir moraux devait limiter et réduire à, presque rien le pouvoir des maîtres sur leurs esclaves , ou que l'esclavage devait repousser l'enseignement et la diffusion de tous les devoirs moraux que la religion impose. Il pourrait suffire, pour être convaincus de la vérité de cette observation, de savoir, d'un côté , quels sont la nature et les effets de l'esclavage , et de connaître, de l'autre, la nature morale de l'homme et les préceptes inoraux que la religion chrétienne impose. Cependant , pour rendre cette vérité plus sensible, j'exposerai quel est le caractère religieux des diverses classes de la population dans les principales colonies.

La religion chrétienne défend de séparer l'homme et la femme unis par les liens du mariage. Les possesseurs d'esclaves ont trouvé le moyen de concilier ce précepte avec l'exercice d'un pouvoir absolu sur leurs esclaves; à l'exemple des Romains, ils ont, en général, laissé vivre les hommes et les femmes asservis comme ils ont

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