‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 196 sur 253 · LIVRE V? CHAPITRE XXVII. 3g · texte numérisé non relu

LIVRE V? CHAPITRE XXVII. 3g

alimens, et où l'autre dixième, accablé de dettes, est sans cesse à la veille de faire banqueroute.

On a pu voir, par la lecture de cet ouvrage, qu'il existe la plus grande analogie entre les peuples soumis au régime de l'esclavage, les peuples qui ne sont jamais sortis de la barbarie, et les peuples soumis aux gouvernemens les plus despotiques. Or, il n'est pas concevable que, pour entretenir avec de tels peuples des relations de commerce exclusives , on repousse les relations commerciales de peuples civilisés ; qu'on donne ainsi à d'autres nations, considérées comme rivales, les monopoles des marchés les plus avantageux, et qu'on fasse des dépenses énormes pour arriver à ce beau résultat.

Quand on croyait généralement que les colonies étaient des sources de richesses pour les nations, on justifiait les énormes dépenses qu'exige une marine militaire, par la nécessité de les conserver. Comment nousserait-il possible, disait-on, de maintenir nos colonies sous notre dépendance, et de les mettre à l'abri des agressions dont elles pourraient être l'objet, si nous n'avions pas une marine militaire redoutable? Les idées ont changé; l'expérience nous a prouvé que nos colonies loin d'être une cause de richesses, sont une cause d'apprauvrissement, On est donc obligé de raisonner d'une autre manière : comment nous serait-il possible , dit-on , d'avoir une marine militaire, si nous n'avions point de colonies ; si les navires du commerce ne for-

maient pas des matelots pour les navires de l'État?

Une nation peut n'avoir pas de colonies , et voir néanmoins son commerce maritime très-florissant. Les États-Unis n'ont point de colonies, et cela ne les empêche pas de se placer au premier rang des puissances maritimes. La circonstance que la population laborieuse des colonies est esclave, ne contribue pas d'ailleurs à augmenter la puissance de la marine. Elle produit un effet contraire ; elle met les colons dans l'impuissance d'offrir aucune protection à nos vaisseaux. Les possesseurs d'esclaves ont besoin d'être protégés , et ne peuvent avoir la prétention de protéger personne.

Ce que pourraient faire de plus sage les peupies qui paient un tribut immense à des colonies sur lesquelles ils prétendent régner, serait donc de renoncer à leur empire 3 mais les peuples ne tiennent pas inoins que les princes à tout ce qui a les apparences du commandement : l'Espagne, sous le régime des cortès, nous en a donné un mémorable exemple. Qu'ils gardent donc leurs colonies , puisqu'il leur plaît de se ruiner pour elles ; mais qu'ils tâchent du moins de les faire cultiver par des hommes libres 5 ils y trouveront un grand nombre d'avantages. En premier lieu, les denrées équinoxiales étant produites à moins de frais, ils les achèteront à meilleur marché. En second lieu , ane population de fermiers et d'ouvriers remplaçant une population d'e;c laves , ils

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