‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 198 sur 253 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

De la protection accordée aux esclaves contre les violences de leurs maîtres.

Lorsque la plupart des gouvernemens européens autorisèrent leurs sujets à mettre des êtres humains au nombre de leurs marchandises , et qu'ils classèrent ainsi des hommes, des enfians et des femmes au rang des choses, ils prévirent, sans doute, une partie des violences et des crimes qui devaient résulter de ce nouveau régime : afin de rassurer leurs consciences à cet égard, plusieurs essayèrent de tracer des limites au pouvoir des maîtres sur leurs esclaves ; quelques-uns laissèrent aux autorités coloniales, composées de maîtres, le soin de limiter elles-mêmes leur puissance.

Il est souvent arrivé qu'on a jugé des mœurs des maîtres et du sort des esclaves, par les règlement destinés à limiter la puissance et à déterminer les devoirs des premiers à l'égard des seconds : dans ce cas , comme dans beaucoup d'autres, on a pris des descriptions pour îles

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réalités, et des mots pour des puissances. J'ai fait voir , dans les chapitres précédens, que le sort des esclaves dépend surtout du genre d'occupation auquel ils sont employés , de la proportion qui existe entre le nombre des individus libres et le nombre des individus asservis, et de l'action qu'exercent les nations chez lesquelles l'esclavage est aboli , sur celles chez lesquelles il existe encore. J'ai fait voir également qu'il est peu de violences ou de cruautés dont un maître s'abstienne par la crainte des amendes ou des châtimens, toutes les fois qu'il n'est pas retenu par son caractère moral ou par des forces qui agissent immédiatement sur lui. De ces faits, on peut tirer la conséquence que, si les réglemens envoyés par les gouvernemens d'Europe dans leurs colonies, n'arrivent pas accompagnés d'une puissance plus énergique et plus active que celle des maîtres, ils n'ont aucune influence sur leurs mœurs , ni sur le sort des esclaves.

Il est peu de voyageurs, en effet, qui n'aient observé l'inefficacité, et l'on peut même dire l'entière nullité de ces réglemens, Le gouvernement hollandais avait défendu, sous peine d'amende , le meurtre ou l'assassinat des esclaves dans toutes ses colonies. On a vu cependant qu'au cap de Bonne-Espérance et à Surinam , un maître qui assassine son esclave n'encourt aucune peine, et que, s'il assassine l'esclave d'autrui, il en est quitte pour en payer la valeur. Dans ces colonies, les magistrats même qui font des réglemens

pour la protection de la population asservie , sont les premiers à les violer (1).

Dans les colonie anglaises , les réglemens faits par les autorités locales ou par le gouvernement de la métropole, n'ont pas beaucoup plus de force, toutes les fois qu'ils ont pour but de modérer l'action que les maîtres exercent sur leurs esclaves ; l'inefficacité de ces réglemens est un sujet continuel de plaintes pour les membres des sociétés qui se sont formées pour la protection et l'affranchissement des esclaves (â).

Dans la Louisiane , les réglemens de cette nature n'ont pas eu plus d'effet ; non-seulement ils n'ont pas mis les esclaves à l'abri des chàtimens arbitraires, mais ils ne leur ont pas même garanti les alimens ou les vêtemens qu'on avait jugé leur être dus (3).

Les colonies espagnoles, qui étaient celles où le gouvernement de la métropole avait le plus fait pour la protection des esclaves, n'ont éprouvé aucun avantage des réglemens qui leur ont été donnés ; les hommes qui ont le plus admiré ces réglemens en théorie, ont reconnu qu'en pratique ils avaient été sans effet (U).

(i) Stedman , tome III, ch. xxix, p. 187. — Le Vaillant , Premier voyage, tome I, p. 77.

. (7.) Voyey, les rapports de la société formée pour l'abolition de l'esclavage , et les débats parlementaires sur le même sujet.

(3) Robin, Voyage à la Louisiane, tome III , cli. lxvti , p. 178 ft 179.

(4) De Humboldt , Voyage aux régions équinoxiales .

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