‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 21 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IX

à un grand luxe ; ils ne sont donc excités par aucun intérêt puissant, soit à exiger de leurs esclaves un travail excessif , soit à les priver des alimens qui leur sont nécessaires pour réparer leurs forces. Un esclave préposé à la garde d'un troupeau , n'a pas à se donner plus de peine qu'un homme libre; et le cultivateur qui peut bien nourrir un homme avec une valeur de deux ou trois sous par jour, ne peut aspirer à faire de grandes économies sur sa nourriture.

Le sol de la Guyane est , au contraire ; d'une très-grande fertilité ; la chaleur du climat, qui le rend impropre à servir de pâturage, ou à produire des céréales , le rend très - propre à produire du sucre ou d'autres denrées qui ne croissent qu'entre les tropiques. Ces productions ne s'obtiennent que par de longs et pénibles travaux; elles ont, comparativement aux céréales et à la viande de boucherie , une grande valeur, et sont généralement destinées à l'exportation. Il résulte de là que les maîtres peuvent avoir plus de luxe et se donner des jouissances plus nombreuses et plus variées que les colons du cap de Bonne- Espérance. Il en résulte, en outre, qu'ils sont plus intéressés à exiger de leurs esclaves un travail plus pénible et plus continu , et à ne leur laisser que ce qui leur est rigoureusement nécessaire pour vivre. Les esclaves étant soumis à des fatigues plus dures, et n'ayant que des alimens peu abondans et de mauvaise qualité , perdent plus vite leurs forces et vivent moins long-temps,

Les pertes que le maître fait de cette manière sont plus que compensées par le surcroît de travail qu'il obtient d'eux, et par les économies qu'il fait sur leur subsistance et leurs vêtemens (4).

Les différences dans la nature et les productions du sol et dans la température de l'atmosphère étant connues , on comprendra facilement les différences qui existent dans les mœurs des deux populations.

L'aristocratie de la Guyane a pour le travail, soit de corps, soit d'esprit, la même aversion et le même mépris que les autres possesseurs d'esclaves. La vie de chacun de ses membres est consacrée tout entière à l'oisiveté et à la satisfaction de ses jouissances physiques. Celui qui vit au milieu de ses terres n'a donc de distractions que celles qu'il trouve dans les châtimens de ses esclaves, et dans les soins de sa propre sûreté.

Placé sous un climat brûlant, il se lève avec le soleil et se rend sous une espèce de portique appelé piazza, où il trouve son café, sa pipe, et six des plus beaux esclaves de l'un et de l'autre sexe prêts à le servir. Le commandeur se présente pour faire son rapport de ce qui s'est passé

(i) Des maîtres de poste anglais trouvent qu'il est plus économique d'épuiser en peu d'années un bon cheval et de le remplacer ensuite, que de n'en exiger qu'uu travail modéré et de le bien nourrir pour le faire durer plus longtemps : c'est le calcul que font les possesseurs d'hommes dans les colonies.

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