‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 22 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IX

la veille ou dans le tours de la nuit. Il est suivi des esclaves cultivateurs , coupables de quelque négligence, des esclayes exécuteurs, armés d'un fouet terrible , et de l'esclave chirurgien qui doit panser les blessures. Le rapport entendu , le maître fait un signe, et aussitôt les accusés sont attachés à un arbre ou aux colonnes du portique, et déchirés à coups de fouet, jusqu'à ce qu'un nouveau signe arrête la fureur des bourreaux. Si le châtiment a causé quelque blessure grave, l'esclave chirurgien la panse, et les esclaves puni* sont renvoyés au travail. A son tour, le chirurgien fait son rapport sur la santé des autres esclaves , et les plus jeunes sont passés en revue.

« Sa seigneurie , dit Stedinan , se promène alors dans son vêtement du matin , qui consiste en un caleçon de toile de Hollande, la plus fine, en bas de soie blancs , et en pantoufles de maroquin jaune ou rouge. Le col de sa chemise reste ouvert , et il ne porte en-dessus qu'une robe flottante de belle toile des Indes. Sa tête est couverte d'un bonnet de coton d'une finesse extrême, et d'un énorme castor qui garantit de l'ardeur du soleil son maigre et sombre visage....

« Ayant erré lentement autour de sa maison, ou étant monté à cheval pour visiter ses champs et calculer l'augmentation de ses richesses , il revient sur les huit heures, afin de s'habiller s'il a envie de faire quelques visites, sinon il reste tel qu'il Dest. ans le premier cas, il échange seulement son caleçon contre une culotte d'une toile

légère ou de soie ; ensuite , il s'assied , et tend les deux jambes à un jeune nègre qui les chausse ; un autre en même temps lç coiffe ou le rase ; un troisième est occupé à écarter de lui les moustiques. Cette partie de sa toilette achevée, il prend une autre chemise, passe un autre habit toujours de toile blanche ; alors , sous un vaste parasol porté par un jeune nègre , on le conduit à sa barge, qui l'attend avec six ou huit rameurs, et que son commandeur a eu soin de pourvoir de fruits, de vin, d'eau et de tabac. S'il ne s'éloigne pas de la plantation, il déjeûne à dix heures. A la chaleur du jour, il s'étend dans son hamac et dort. Pendant son sommeil, deux jeunes négresses l'éventent pour le rafraîchir. A trois heures, il s'éveille , se lave . se parfume , et se met à table où il trouve tout ce qui peut flatter sa sensualité. A six heures , la même scène que le matin avec le commandeur, les esclaves qui ont failli et les exécuteurs; ensuite, le punch, le jeu, la pipe. A dix heures, ajoute Stedman, monseigneur choisit dans son sérail celle de ses esclaves avec laquelle il veut passer la nuit. Le lendemain les mêmes scènes se répètent (^1). »

Il n'est pas besoin de dire qu'un maître investi d'un pouvoir sans limites , qui ne vit habituellement qu'au milieu de ses esclaves , et qui n'a rien à craindre de l'opinion , ne saurait trouver au-

(1) Stedman, Voyage à Surinam et dans l'intérieur de la Guyane, tome II, ch. xvm, p. 209 et 2i5.

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