‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 242 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXXIII. 4<P · texte numérisé non relu

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qu'il lui est impossible de s'enrichir ; il n'a donc besoin ni de prévoyance [ ni d'économie. Il n'a même pas besoin d'estime , puisque sa part dans les richesses communes est toujours la même , et qu'il ne peut pas déchoir sans que la population tout entière descende en même temps que lui.

Il n'a pas plus d'influence sur la destinée de sa femme et de ses enfans que sur la sienne : il peut les maltraiter puisqu'il est le plus fort , mais il est incapable de leur transmettre aucun bienfait; qu'il soit malade ou qu'il meure , peu leur importe, sa perte ne sera pas sentie. De son côté } le père ne peut rien attendre de ses enfans ; n'ayant rien fait pour eux , ils ne lui doivent point de reconnaissance ; s'ils lui en devaient , ils seraient incapables de s'acquitter.

Si toute personne parvenue à l'âge de puberté, juge à propos de se marier, la population manquera bientôt de subsistances ; si les plus prévoyans s'imposent des privations pour ne pas accroître la misère commune, ils n'éprouveront ni moins de privations ni moins de fatigues ; ils seront tenus de nourrir et d'élever les enfans des autres.

Un tel régime n'est propre, en un mot , qu'à éteindre dans l'homme tout principe d'activité, d'affection, de bienveillance, en supposant même que les travaux et les produits qui en résultent, soient distribués de la manière la plus impartiale ; mais s'il arrive que les administrateurs se fassent

une part plus avantageuse que celles des autres , les hommes qui travaillent ne peuvent manquer de devenir en peu de temps esclaves.

Les maux qui pèsent sur une nation sont donc toujours également graves, soit qu'une fraction de la population s'approprie les produits des travaux de l'autre , soit que les individus dont elle se compose aspirent à établir entre eux une égalité de biens et de maux.

Lorsque j'ai commencé cet ouvrage , je me proposais de traiter, dans l'ordre - le plus naturel, chacune des principales branches de la législation ; mais je sentais que, pour ne pas être continuellement arrêté dans ma route , il fallait d'abord la débarrasser de tout ce qui pouvait me gêner dans ma marche.

Après avoir exposé la méthode que j'étais dans l'intention de suivre , j'ai donc soumis à l'examen les principaux systèmes qu'on a imaginés sur le droit et sur la morale ; et j'ai fait voir qu'aucun de ces systèmes n'était conforme à la vérité , et ne pouvait servir de fondement à une science.

«Fai tâché de faire voir ensuite quels sont les divers états à travers lesquels la plupart des nations ont passé, afin d'écarter les fausses opinions qui en sont nées et qui se transmettent de génération en génération , lors même que les circonstances sous l'empire desquelles elles se sont formées, ont depuis long-temps disparu.

J'ai donc essayé de faire connaître quel est le

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sort des peuples, dans les positions diverses où les hommes sont sans cesse en lutte les uns contre les autres, pour s'arracher mutuellement leur subsistance; j'ai tenté d'exposer les causes, la nature et les effets de l'état sauvage, du despotisme, de l'esclavage domestique, et de ces associations monstrueuses, qui privent chacun des associés de toute influence sur sa propre destinée et sur celle des membres de sa famille.

On a vu que chacun de ces divers états donne naissance aux mêmes vices, aux mêmes crimes, aux mêmes misères; et si l'on s'est demandé comment des positions en apparence si différentes étaient suivies de conséquences identiques, on a pu se convaincre que, dans toutes, on trouvait une cause semblable : l'absence de toute garantie pour la sûreté des personnes , et pour les produits du travail de l'homme.

La nécessité de déblayer la route que je me proposais de parcourir, m'a entraîné dans des recherches et des travaux que je n'avais pas prévus, et absorbé plus de temps que je n'aurais voulu y en donner ; plus j'avançais, plus j'ai vu grandir le sujet que j'avais l'intention de traiter. Ce sujet me paraît aujourd'hui si vaste, que je n'oserais pas me flatter de pouvoir en approfondir toutes les parties , quand même je pourrais y consacrer un temps dont je ne suis pas maître, et des années sur lesquelles il n'est pas permis de compter.

Ne pouvant pas espérer d'en exposer l'ensemble, je lâchai d'en approfondir quelques parties, en

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restant fidèle à la méthode qui me paraît la plus sûre, et en suivant Tordre qui me semble le plus naturel : d'autres pourront aller plus loin.

Au reste, ce qu'il y a de plus important dans cet ouvrage , c'est la méthode ; et l'application que j'en ai faite à l'examen d'un certain nombre de systèmes, à l'esclavage domestique et à la propriété, doit suffire pour la faire juger.

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