‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 37 sur 253 · LIVRE V, GHATITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE V, GHATITRE X

victime dans un lieu où il n'y a pas de témoins (i).

L'aristocratie coloniale n'admet pas , en gé néral , qu'il puisse exister de mariage entre deux personnes possédées par une troisième à titre de propriété il existe àcet égard quelques exceptions, mais elles sont si peu nombreuses , qu'elles méritent à peine d'être comptées (â). Si donc un homme et une femme esclaves s'unissent , sous quelques conditions que ce soit, il n'y a pas sur la terre d'autorité qui leur garantisse l'exécution de leurs promesses mutuelles. Le mari ou la femme auraient inutilement recours au maître ou au commandeur, pour se plaindre l'un de l'autre. Leurs plaintes ne seraient écoutées que dans la mesure de l'intérêt ou des passions de leur possesseur commun ; devant toutà leur maître, ils ne peuvent, par cela même, rien se devoir mutuellement. Les enfans et les parens se trouvent placés, les uns à l'égard des autres, dans la même position que le mari et la femme; la raison en est la même : l'aristocratie ne reconnaît

(1) Debate in the house of commous, on the 16 th. of march 1824. p» 37 et 38. — Les magistrats coloniaux, dans plusieurs îles, sont, pour leurs salaires, sous la dépendance des maîtres. On peut juger, d'après cela, de la protection qu'ils accordent aux esclaves. Report of the committee, etc., p. 7, 58, 59.

(2) The slave colonies of Great-Britain, or a Picture of negro slavery drawn by the colonist themselves, p. 8 , 40. — Second report of the committee of the socieîy for the miligation and graduai abolition of slavery troughout the british dominions, p. 141, 143, 147, 148, i5o, i5i, ifo.

pas des devoirs qui mettraient des limites à sa puissance.

Quoiqu'il n'existe aucune autorité destinée à faire respecter les liens de l'association conjugale ou de la parenté dans l'intérêt de la population asservie -, quoiqu'une force invincible tende sans cesse , au contraire , à relâcher ou à dissoudre ces liens , les esclaves se forment en familles et restent unis jusqu'à ce que la violence les sépare. L'homme et la femme qui se sont librement associés , élèvent leurs enfans en commun et leur donnent tous les soins qui sont compatibles avec leur position. Ils n'ignorent pas que leurs descendans , naissant esclaves, ne pourront, ni les soulager dans leurs travaux, ni les soigner dans leur vieillesse. Cependant, ils ont pour eux la même tendresse et leur font les mêmes sacrifices que s'ils pouvaient attendre d'eux les secours les plus efficaces, les soins les plus attentifs. La mère, que les cris de son fils appellent, suspend son travail et court lui présenter le sein , avec la certitude que, si elle est surprise, elle sera déchirée par le fouet d'un impitoyable maître (4). Dans les îles où la population asservie peut disposer , pour elle-même, d'un peu de temps, un père et une mère se soumettent aux travaux les plus fatigans, s'imposent les privations les plus dures dans l'espoir de faire quelques économies. Si, avant

(1) The slave colonies of Greal-Britain , or a Picture of negro slavery drawn by the colonist themselves, p. i5o.

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que d'être parvenus au ternie de leur carrière , ils parviennent à amasser un petit trésor, ils vont l'offrir à leur maître, non pour se racheter euxmêmes, mais pour acheter la liberté de quelqu'un de leurs enfans (i).

Les maîtres ne peuvent pas empêcher la formation des familles , puisque cette formation est une condition nécessaire de la reproduction de la population esclave ; mais lorsque leurs intérêts ou leurs convenances le demandent , ils ne se font aucun scrupule de vendre les membres de la famille à des acheteurs divers, et de les séparer de manière qu'ils ne puissent même pas conserver l'espérance de se revoir. Un mari voit vendre sa femme, ou une femme son mari pour aller cultiver une autre plantation, ou habiter dans une autre île , tandis que celui des deux qui n'est pas vendu reste dans la maison de son maître. Une mère et un père voient quelquefois vendre successivement chacun de leurs enfans, et perdent jusqu'à l'espérance de savoir ce qu'ils sont devenus. Si, dans ces momens d'une éternelle séparation, une mère s'abandonne à son désespoir, si elle laisse entendre des gémissemens, le redoutable fouet du commandeur, en lui déchirant les muscles, lui enseigne à supprimer des larmes ou des cris qui supposent qu'elle a méconnu l'autorité de son possesseur (2).

(1) Substance of the debate in the house of commons, on the x5 th. may i8a3, etc., appendix S., p. 204, 2o5.

(2) Substance of the debate in the house of commons, on

Les hommes et les femmes asservis supportent l'injure, le mépris, les châtimens, la fatigue, la privation d'alimens et de vêtemens; mais il est rare qu'ils puissent supporter les séparations auxquelles la cupidité les condamne. Des maris qui ont ainsi perdu leurs femmes ou leurs enfans, renoncent souvent à la vie , et cherchent à se détruire, dans l'espérance qu'après leur mort ils se retrouveront avec les objets de leurs affections dans leur pays originaire. Le moyen le plus habituel qu'ils emploient , est de manger des substances qui altèrent leur constitution et les conduisent insensiblement au tombeau. Des tyrans sont parvenus à leur ravir cette dernière ressource : ils leur ont persuadé que tout individu qui avait la tête tranchée, même après sa mort, était privé du bonheur de revoir son pays nata! . Lorsque des esclaves ont été soupçonnés d'avoir volontairement terminé leur carrière, leurs maîtres les ont fait décapiter, et ont planté leurs têtes devant leurs compagnons de servitude. La mort a cessé dès-lors d'être un asile contre les maux les plus intolérables ; les maîtres ont trouvé jusque dans les croyances religieuses , des auxiliaires de leurs vices et de leurs crimes (i).

the i5 mai 1823 appendix, p^22/f, '2%5. London, 1823. — Debatein the house of commons, 16 th. march 1824, p. 38, 39. — The slave colonies of Great-Britain , or a Picture of negro slavery drawn by the colonist themselves, p. 42.

(1) Williamson's Médical and Miscellaneous observations, relative to the Vest-India islands, vol, iy p. 93. — Negro

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