LIVRE V, CHAPITRE XI
donne de la grâce à la pauvreté, mais avec l'indication d'une ame brisée. Le son du fouet se fait sentir dans les accens de sa soumission , son œil , qui évite le mien, a puisé la crainte dans les regards de l'homme sous lequel il travaille (4).
Lés effets moraux de l'esclavage dans les Etats- Unis d'Amérique , diffèrent donc de fort peu de ce qu'ils sont dans les colonies soumises au gouvernement anglais. Il faut dire cependant que les esclaves y sont , en général , moins mal nourris , excédés de moins de fatigues, et traités avec moins de cruauté. Plusieurs circonstances contribuent à rendre leur sort moins misérable qu'il ne l'est à la Guyane ou à la Jamaïque.
La première est une différence dans la nature du sol et par conséquent de la culture ; les denrées que cultivent les Américains exigent un travail moins forcé , et ont une valeur moins grande que celles qui sont cultivées dans la plupart des colonies anglaises et dans les nôtres ; les esclaves qui cultivent le riz sont accablés de moins de travail et moins mal nourris que ceux qui cultivent du sucre ; ceux qui cultivent le blé, comme ceux de la Russie , sont obligés de moins travailler, et sont mieux nourris que ceux qui cultivent le riz ; enfin, ceux qui sont préposés à la garde des troupeaux, comme ceux des Arabes , sont à peu près au niveau des maîtres.
La seconde circonstance qui influe sur les effets
(i)Fraucis Hall, p. 319, dto.
de l'esclavage, est la résidence des maîtres sur leurs propriétés. Dans nos états d'Europe, les laquais qui fourmillent dans les maisons des grands, tra vaillent moins et sont mieux logés, mieux vêtus, et mieux nourris que les ouvriers qui cultivent la terre. Dans les pays où l'esclavage est admis, la différence est plus grande encore, entre les esclaves attachés à la culture , et ceux qui sont attachés au service de la maison. Les propriétaires des colonies anglaises résident presque tous dans la métropole ; ce sont des valets anglais qui jouissent des avantages de la domesticité ; chez les Anglo-Américains du sud , ces avantages sont le partage des esclaves.
Enfin , la troisième circonstance qui influe sur les effets de l'esclavage , est l'action des états qui Font proscrit sur ceux qui l'ont conservé. Cette action, qui est continue, est d'autant plus forte, que les premiers sont plus nombreux, plus éclairés, plus industrieux et plus riches. L'Angleterre, il est vrai , agit aussi sur ses colonies pour tempérer les effets de l'esclavage; mais l'action qu'elle exerce ne se fait sentir que depuis un petit nombre d'années. Cette action est en partie paralysée par l'éloignement des colonies , par l'influence qu'exercent dans la métropole les propriétaires d'esclaves, et par la nature de son gouvernement (1).
(i)On comptait en Angleterre, dans la chambre des communes, qui a été dissoute en 1826, cinquante-six membre»