‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 51 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XI. 1 o · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XI. 1 o

blanche ne peut déchoir par ses mauvaises mœurs; une femme qui porte sur son teint la nuance la plus légère de sang africain, ne peut s'élever par la conduite la plus vertueuse. A la Louisiane la personne la plus honnête , si elle est liée par le sang à la caste opprimée , est obligée de disparaître en présence des femmes de la caste des oppresseurs. « Une de celles-ci, mariée et connue par des intrigues avec des hommes en place , dit Robin, entre un jour dans un grand bal. Il y a ici du sang mêlé, s'écrie-t-eile superbement. Ce propos court dans le bal; on y remarque, en effet, deux demoiselles quarteronnes, estimées par l'excellente éducation qu'elles avaient reçue^, et bien plus encore par leur conduite décente. On les avertit, et elles sont obligées de s'éclipser en hâte , devant l'impudique dont la société aurait été pour elles une véritable souillure (4). »

L'influence de l'esclavage sur les mœurs de la classe des maîtres , n'est pas renfermée dans les états où il existe un grand nombre d'esclaves; elle se fait sentir dans toute l'étendue de l'Union. L'existence de l'esclavage dans les États - Unis , dit un voyageur, produit l'effet le plus sensible sur le caractère national. Il donne de la brutalité aux habitans du sud et de l'ouest ; il affaiblit les sentimens de droiture et d'humanité dans toutes

(i) Robin, tome II, ch. xxxvm, p. 120 et 121. — Les colons de la Louisiane descendent, pour la plupart, de prostituées qui y furent portées par cargaisons à l'époque de la colonisation. Robin, tome II, ch. xxxiii, p. 74 et 7 5,

les parties du pays , et contribue d'une manière sensible à établir l'immense différence qui existe entre la théorie et la pratique (i).

Les hommes nés et élevés dans la servitude , ont; aux États-Unis , les mœurs qu'ils ont dans tous les pays. Tenus dans l'abrutissement par l'orgueil des maîtres , n'ayant ni le moyen , ni le désir de s'instruire , obligés de s'interdire tout exercice dont le résultat serait d'accroître leur adresse et leur puissance, contraints de souffrir l'injure et la violence, ne connaissant aucune autorité qui les protège , et la défense leur étant interdite, la plupart de leurs sentimens moraux sont éteints ou dégradés ; Ton ne conçoit pas quelle qualité morale pourrait leur être propre , à moins que ce ne soit la patience à souffrir les vices de leurs maîtres.

L'homme qui, pour la première fois, aperçoit un esclave, dit un voyageur anglais, éprouve une sensation pénible; il voit devant lui un être pour lequel les lois de l'humanité sont renversées, qui n'a connu de la société que les injustices, qui n'a éprouvé de la part de ses semblables qu'un dur et atroce égoïsme. La rampante humilité, les expressions serviles avec lesquelles un noir approche d'un blanc, frappent les sens, non comme la politesse d'un paysan français ou italien , qui

(i) Fearon, 7 th. report p. 382. — Morris Birkbeck's Notes on a Jorney in America, p. 20. — . Lurochefoucault , deuxième partie, tome IV, p. 179 et 180. — Robin, t. III,

çh. lxx, p. 246. — Depons, tome I, ch. m, p. 2^2.

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