LIVRE V, CHAPITRE XII. IO
nature que ceux des colonies anglaises. Ces produits sont également destinés à l'exportation, et, par conséquent, les esclaves sont réduits à la, moindre consommation possible. Les principales circonstances de l'esclavage étant les mêmes que celles que nous avons précédemment observées, les effets moraux qu'il produit ne peuvent être différons. Aussi, me bornerai-je à en indiquer les principaux traits, pour éviter, autant qu'il se peut, la monotonie qui s'attache nécessairement à la description d'une série de phénomènes qui sont partout les mêmes (4).
Dans les colonies françaises, comme dans toutes les autres , le premier effet de l'esclavage a été d'avilir, aux yeux des hommes de la classe des maîtres, toute occupa don industrielle. Tous les travaux de l'agriculture sont donc restés le partage des esclaves. Dans les bourgs ou dans les villes, tous les arts, toutes les professions lucratives sont exercés ou par des esclaves au profit de leurs maîtres , ou par des affranchis ou descendans d'affranchis. Tout individu blanc est no-
(i) Les personnes qui voudraient connaître les vices nombreux de l'aristocratie de la Martinique et de la Guadeloupe, peuvent consulter les Lettres à un membre de la chambre des députés sur les colonies françaises , publiées en 1829, par M. le comte de Ruffo La Fare, capitaine d'état-major à la Martinique. Elles verront que, dans ces colonies * la cruauté et l'immoralité des possesseurs d'esclaves sont telles que nous les avons observées dans les colonies anglaises et hollandaises.
ble , en vertu de la couleur de sa peau ; et tout individu noble est tenu , sous peine de déroger, de vivre des produits du travail d'autrui (1).
Le mépris des classes laborieuses est inséparable du mépris du travail : tout homme qui porte sur lui quelques marques d'origine africaine, est donc avili par ce seul fait. Dans les colonies fran-
(i) Robin, Voyage à la Louisiane, tome I, ch. m, p. 40. — Rien ne prouve mieux l'humiliation dans laquelle les planteurs des colonies françaises ont toujours tenu les hommes de la race asservie, que les actes des magistrats coloniaux contre les hommes libres qui avaient quelque teinte d'origine africaine. Un magistrat du Port-au-Prince écrivait en 1770 : « Il est nécessaire d'appesantir sur cette classe le mépris et l'opprobre qui lui est dévolu en naissant ; ce n'est qu'en brisant les ressorts de leur ame qu'on les conduit au bien. » Cette opinion est remarquable en ce qu'elle est conforme à l'idée qu'Arislote se faisait des qualités propres à un esclave. En 1761 , le conseil de Port-au-Prince enjoignit aux notaires et aux curés d'insérer dans leurs actes les qualités de nègres, de mulâtres et de quarterons. En 1773, il fut défendu aux hommes de couleur de prendre le nom de leurs pères blancs , et il leur fut ordonné d'ajouter au nom de baptême un surnom tiré de l'idiome africain, pour ne pas détruire cette barrière insurmontable que l'opinion publique a posée et que la sagesse du gouvernement maintient. En 1779, ^ défendu aux gens de couleur de porter les vêtemens et les parures en usage chez les blancs, et il leur fut ordonné de porter des marques caractéristiques propres à les faire discerner , quand par la couleur ils se rapprocheraient des maîtres. Voyez les lois et constitutions des colonies françaises , par Moreau de Saint-Méri. Voyez aussi l'écrit intitulé : De la Noblesse de la peau , etc., par M. Grégoire, ancien évéque de Blois, ch. 1, p. 9, 10 et 1 1 .