LIVRE V, CHAPITRE Xlli
çaises, comme aux États-Unis d'Amérique, il n'est aucune souillure qui égale celle d'être lié ; même au degré le plus éloigné , à la population esclave. Les richesses, la probité, les talens, le courage, rien ne peut faire oublier une tache semblable. D'un autre côté, il n'est pas de vice qui puisse flétrir un homme ou une femme qui appartient à la classe aristocratique. Dans les colonies où le nombre des blancs a été considérable, comme à Saint-Domingue, l'aristocratie ne s'est pas bornée à flétrir les personnes issues des deux races; elles s'est elle-même subdivisée. Les hommes qui ont possédé un grand nombre d'esclaves , se sont appelés les grands blancs , et ils ont désigné sous le nom de petits blancs ceux qui en ont possédé un nombre moins considérable (1).
(l) Robin , tome I, ch. xx, p. 281. — On a observé que le mépris pour les noirs n'a existé que chez les peuples qui les ont faits esclaves. « Le préjugé sur la noblesse de cou- » leur n'exista jamais chez les nations qui n'avaient pas de colonies; chez celles qui en avaient, des mœurs radoucies admettaient quelques exceptions. Amo , nègre , prenait ses grades de docteur à l'université de Wittcmberg et présidait ensuite à des thèses soutenues par des blancs; Annibal, en Russie, devenait lieutenant-général et directeur du génie; Àngelo-Soliman, généralement estimé à la cour devienne, épousait une dame noble de Christiania ; Jean Latinus était professeur à Grenade. » De la noblesse de la peau , ou du préjugé des blancs contre la couleur des Africains et celle de leurs descendans noirs et sangs -mêlés, par M. Grégoire, ancien évêque de Blois, chap. 11 1, p. 21.
Les liaisons qui existent entre les maîtres et les femmes esclaves , sont les mêmes que nous avons observées dans les autres colonies. Suivant un voyageur, il résulte de ces liaisons des vices et des crimes inconnus dans les régions de l'ancien monde les plus dépravées. Un père y voit avec indifférence la prostitution de sa fille : il devient même, au besoin, le confident de ses nombreux amans. Souvent, un possesseur laisse dans l'esclavage les enfans qu'il a de ses esclaves, et les transmet à ses héritiers avec ses autres biens. Souvent encore il les vend; et ces exemples sont si fréquens, que l'habitude ne laisse même pas de place au remords (1).
La cruauté des colons est en raison de leur immoralité; ils traitent les personnes de la race asservie avec plus de mépris et de brutalité que n'en montrent parmi nous les hommes les plus grossiers à l'égard des plus vils animaux (â).
(1) Robin, tome I, chap. m, p. 44 et /t5. — Ruffo de La Fare, Lettres à un membre de la chambre des députés sur les colonies françaises, p. 21 , -^5. — L'usage de laisser ses enfans dans l'esclavage ou de les vendre comme des bêtes, est si général chez les possesseurs d'hommes, qu'ils sont étonnés des scrupules qu'éprouvent à cet égard les personnes élevées dans des pays libres. Stedman ayant affranchi un enfant qu'il avait eu d'une esclave de Surinam, dit que quelques personnes honnêtes applaudirent à sa sensibilité; mais , ajoute-t-il,« le plus grand nombre désapprouva ma tendresse paternelle ; et la traita de faiblesse ou de folie. » Tome III^ ch. 29, p. 198.
(2) Dauxion-Lavaysse, tome I, ch. vi, p. 284 et 285.