‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 11 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II

font point partie de l'individu dans lequel on les observe.

Enfin, nos affections sont une partie aussi essentielle de nous-mêmes qu'aucun de nos organes physiques : nous ne donnons de la valeur à notre existence, nous ne calculons la durée de la vie que par les impressions que nous recevons. A proprement parler, nous ne comptons point, le temps du sommeil comme faisant partie de la vie, car l'individu qui s'endormirait à sa naissance et qui mourrait en se réveillant, nous paraîtrait n'avoir point vécu, son sommeil eût-il duré un siècle. Nous vivons donc par nos souvenirs , par nos craintes , par nos espérances, par nos affections de tous les genres, aussi bien que par les impressions que font immédiatement les objets extérieurs sur nos organes physiques. Nous sommes affectés par les impressions produites sur nos enfans, sur nos amis, sur nos concitoyens, sur nos semblables, comme par celles qui sont produites sur nous d'une manière immédiate. Nos affections morales ont même quelquefois une telle puissance, qu'elles absorbent tout autre sentiment, et qu'elles nous déterminent à faire le sacrifice de notre existence physique. Nous considérerions en quelque sorte comme étranger à l'humanité l'individu qui, accessible aux plaisirs et aux peines physiques, ne connaîtrait ni peines ni plaisirs moraux.

J'ai considéré séparément chacune des parties

de l'homme, afin d'avoir du tout des idées plus complètes; mais ses parties ne sont pas séparées dans la nature, comme ellesje sont dans un ouvrage ; elles ne forment qu'un seul système , et agissent ou réagissent sans cesse les unes sur les autres. La division des parties est bien loin d'être aussi prononcée dans la nature qu'elle Test dans le langage; telle faculté que je mets au rang des facultés morales, peut être classée par un autre au rang des facultés physiques. Une classification, je l'ai déjà dit, n'est qu'une méthode plus ou moins imparfaite, c'est un instrument dont l'esprit ne peut se passer, et qui participe de l'imperfection de tous nos ouvrages.

Ayant déterminé ce qui constitue le perfectionnement et la dégradation de chacune des principales parties de l'homme, il est aisé de se faire une idée générale de ce qui constitue le perfectionnement ou la dégradation de l'individu considéré dans son ensemble. L'homme dont tous les organes physiques sont le mieux formés, et peuvent exécuter, dans le moins de temps et avec le inoins de peine, les opérations diverses qu'exige sa conservation et celle de ses sembla bies ; celui dont les facultés intellectuelles ont reçu le développement le plus étendu, sur les objets qu'il lui importe le plus de connaître ; enfin celui dont les inclinations s'accordent le mieux avec les intérêts du genre humain, est aussi celui dont le perfectionnement est le plus avancé.

L'homme le plus dégradé est celui chez lequel

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