LIVRE III, CHAPITRE XV
vée, se livrent aussi à la chasse et possèdent de nombreux troupeaux : mais ils s'adonnent en même temps à l'agriculture; ils ont des champs et même des jardins, Leurs villages ou kraals se composent d'un plus grand nombre de cabanes, et ces cabanes sont plus proprement et plus solidement construites. Elles sont plus élevées et d'une forme plus régulière que celles des Hottentots ; le corps se compose d'une espèce de treillage solide et uni ; il est enduit ensuite en dehors et en dedans d'une espèce de torchis qui lui donne un air de propreté (4). Enfin , à mesure, qu'on pénètre davantage sur le territoire qu'habite ce peuple, on trouve qu'il a fait plus de progrès. « Nous trouvâmes, ditBarrow, une grande » étendue de terre cultivée en jardins, et nous » arrivâmes vers le midi à Litakou, bien éton- » nés de trouver dans cette partie du monde )> une ville grande et très-peuplée (â). » Les peuples de Mozambique sont également cultivateurs ; leurs villages, semblables à ceux des Indiens, sont ombragés d'arbres fruitiers plantés d'une manière régulière (5).
Les habitans de la côte occidentale d'Afrique, depuis le dix-septième degré de latitude boréale jusque vers le dixième degré de latitude australe,
(1) Levaillant, premier Voyage, tome II, pages 228, 255
(2) Barrow, nouveau Voyage dans la partie méridionale de l'Afrique, tome I, ch. 1. p. 144 et 1 45.
(3) H. Sait, Voyage en Abyssinie, tome I, p. i5 et 16.
ont fait plus de progrès dans les arts que les Ca- 1res. Les peuples qui habitent les bords du Sénégal cultivent leurs champs avec soin. Chaque village a des tisserands, des cordonniers , même des forgerons. Leurs étoffes sont tissues avec soin, et ornées de dessins d'un goût délicat. Enfin ils possèdent Fart défendre le fer (A).
Les peuples de ces côtes nous semblent aujourd'hui bien barbares; mais lorsqu'on examine attentivement leur organisation sociale, la subordination qui règne entre les chefs des diverses tribus, le pouvoir qu'ils exercent les uns à l'égard des autres ou sur les simples particuliers, la manière dont ils administrent la justice, et les épreuves auxquelles ils soumettent les accusés, on n'est pas peu étonné de trouver chez eux les mœurs, les lois, les gouvernemens et jusqu'aux préjugés qui régnaient sur toute l'étendue de l'Europe au moyen âge : c'est le gouvernement féodal dans toute sa pureté originelle ; si , dans les derniers siècles , les Asiatiques étaient venus en Europe faire la traite, ils auraient trouvé nos paysans dans le même état où les marchands d'esclaves de nos contrées trouvent aujourd'hui les Africains (â).
(1) Mollien, Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, tome I, çh. ii, p. io3 et 104 ; chap. 111, pages 255 et 256 et ch. iv, p. 287 et 288.
(2) J. Malhews, A. voyage to the river Sierra-Leone, lettres 11 , ni, iv, v et vi» — .1. I)( '^ramlpré, Voyage à la rive