CHAPITRE III
Des caractères d'après lesquels la grandeur des nations a été
jugée.
Les propositions générales , renfermées dans les deux chapitres qui précèdent, seraient peu contredites , si elles restaient renfermées dans le domaine de la théorie ; mais si Ton s'avisait d'en faire l'application à des nations entières, elles rencontreraient probablement un grand nombre de contradicteurs. Quel est l'homme, par exemple , qui fne soit disposé à penser que le peuple romain , après la destruction de Carthage , ne fût arrivé au plus haut degré de prospérité auquel il lui fût possible d'atteindre? En quoi consistaient cependant les divers genres de perfectionnement auxquels étaient parvenus les individus dont ce peuple était composé. Par une nourriture abondante et des exercices» continuels, les soldats romains étaient parvenus à donner à leurs forces musculaires une grande puissance ; mais quelles étaient les opérations qu'ils avaient appris à exécuter? celles qui leur étaient nécessaires pour détruire ou dépouiller des peuples moins barbares qu'eux. Us ne possédaient même pas le genre