‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 152 sur 276 · LIVRE III , CHAPITRE XVIII. 2g · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE XVIII. 2g

multitude de peuplades qui existaient , il n'y a pas encore deux siècles > dans le nord de l'Amérique , et dont on ne trouve aujourd'hui plus de restes (4).

L'esprit dans lequel ces peuples se font la guerre se manifeste par l'éducation qu'ils donnent à leurs enfans , et par la manière dont ils se préparent à leurs expéditions. Des enfans qui se livrent à des actes de violence, ne sont jamais réprimés même quand les auteurs de leurs jours en sont les victimes , car on craindrait de 'diminuer leur courage (â). On les habitue dès leur bas âge à sucer le sang des prisonniers. « Je veux, disait à un missionnaire une mère qui élevait ainsi son fils, je veux que mes enfans soient guerriers ; il faut qu'ils soient nourris de la chair de leurs ennemis (3). » Aussitôt que les enfans sont arrivés à l'âge de l'adolescence , on les exerce à tourmenter

d'honneur à détruire leur ennemi par surprise qu'en l'attaquant à force ouverte : telle était aussi la manière de voir des Spartiates : « A Sparte, dit Piutarque , le capitaine qui , par astuce ou par amiable voie, a fait ce qu'il a voulu , sacrifie aux dieux un bœuf : et celui qui Ta fait par bataille et force d'armes, sacrifie un coq. » Vie de Marcellus.

(1) Mackensie, premier Voyage, tome I, p. i58, iSg et 180. — Charlevoix, N.-F.,tome I, liv. vi,p. 377 et 378; et tome II, liv. vu et vin, p. 19, 29, 43 , 62 et 107. -— Hennepin, p. 7.

(2) Hennepin, p. 53.

(3) Hennepin , page 68. — Raynal , tome VIII , liv. xvi , p. 296.

eux-mêmes les captifs faits à la guerre , et à prolonger leur supplice (4).

Lorsqu'un guerrier a résolu d'entreprendre une expédition militaire , il va de village en village inviter les jeunes gens au festin ; ceux-ci se rendent dans sa cabane, en chantant : Je vais à la guerre, je vais venger la mort de mon parent $ je tuerai , je brûlerai , j'amènerai des esclaves , je mangerai des hommes. Les proclamations de guerre de quelques-unes de ces peuplades sont courtes, mais énergiques : Marchons , et mangeons ce peuple (â).

Ne faisant jamais leurs attaques que par surprise et souvent au milieu de la nuit , ces hordes vivent toutes dans des alarmes continuelles. Aussi, lorsque l'exposition des lieux les favorise, elles placent leurs villages sur des montagnes escarpées , sur des rochers presque inaccessibles qu'elles fortifient avec soin. Si elles ne peuvent pas profiter de la position des lieux , elles s'environnent de fortifications artificielles ; elles placent leurs cabanes à de grandes distances les unes des autres , comme si chaque famille redoutait le voisinage %de toutes celles dont la peuplade se compose. Ces précautions ne suffisent pas pour les mettre à l'abri ; il n'est pas rare, pour les voyageurs , de rencontrer des villages détruits et déserts , dans des lieux qui paraissaient inaccessibles .

(1) Lahontan, tome II, p. 184 et 1 85.

(2) Hennepin, p. 41. — Charlevoix, Nouvelle-France.

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