LIVRE III, CHAPITRE XVIII
moyens d'existence , s'expose à la guerre , si elle est surprise; et la guerre, en pareil cas, se fait avec d'autant plus de fureur, que les deux armées combattent pour leur subsistance. Cependant, il est difficile que des chasseurs pressés par la faim, qui voient passer sur un territoire étranger la proie qu'ils ont long-temps poursuivie , s'arrêtent tout à coup, par respect pour la propriété d'autrui: c'est un effort de vertu dont sont rarement capables même des hommes qui sont moins barbares et surtout moins affamés.
L'usage dans lequel sont ces peuples de considérer l'offense faite à une personne comme une offense faite à la horde entière , et celui de se venger d'une injure qu'on a reçue , sur tout individu qui appartient à la famille ou à la peuplade de l'offenseur, sont des sources de guerre non moins fécondes. Il dépend ainsi de chacun de mettre sa nation en guerre avec telle autre qu'il lui plaît de provoquer 5 et les antipathies individuelles se changent toujours en antipathies nationales (i). Aussi, toutes les peuplades qui habitent au nord et au nord-ouest de l'Amérique, sont-elles dans un état d'hostilité continuel les unes contre les autres ; moins elles sont civilisées, plus la guerre qu'elles se font est cruelle et destructive (2). Dans leurs victoires, elles ne font
(1) Weld, tome II, ch. xxx, p. 248 et 249. — Volney, t. II, p. i58 et 159. — Ulloa, tome II, dise. 18, p. 28.
(2) Hearne, ch. vm, p. 248., — Mackensie^ premier Voy.,
2g2 TRAITÉ DE LÉGISLATION.
grâce , ni à l'âge , ni au sexe : les vieillards , les femmes, les enfans, tout est massacré. S'il leur arrive de faire des prisonniers , c'est pour les réserver à une mort plus lente et plus douloureuse (4). La distance à laquelle une peuplade se trouve d'un ennemi, les obstacles qu'elle doit franchir, les dangers auxquels elle doit s'exposer, ne sont pas des garanties contre ses attaques. Une troupe de sauvages parcourt , à travers les forêts, un espace de cinq cents lieues ; elle franchit les montagnes , s'avance à travers les glaces et les neiges , s'expose à périr de famine , pour aller surprendre et massacrer une tribu de laquelle elle croit avoir reçu quelque injure (â). L'esprit de vengeance qui les anime , ne s'apaise que par la destruction complète de la nation qu'ils considèrent comme ennemie. La violence de cette passion , produite par le besoin d'épouvanter ses ennemis , a fini par amener Fextinction d'une
tome I, p. 291; tome II, ch. v, p. 69; deuxième Voyage, tome II, ch. vu, p. 406. — Charlevoix , Nouvelle-France, tome III, liv. xrv, p. 85. — Lewis et Clarke, ch. m, p. 59. — G. Dixon, tome I, p. 5i2 et 5i3, et tome II, page 8. — Vancouver, tome IV, liv. iv, ch. vi, p. 18 et 39; et tome V, liv. v, ch. x, p. a35.
(1) Hearne, ch. vi, p. 144 et 1 4^>- — Mackensie, premier Voyage, tome I, p. 291. — Charlevoix, Nouvelle-France, tome H>Jiv- VII> P- 3 et 4. — Lahontan, tome I, p. 181 et 182. — He^epin, p. 63.
(2) Hearne, ch. v, p. 108 et 110. — Lahontan, tomell, page 85. — Hennepin, page 3o4- — Les sauvages voient plus