LIVRE III, CHAPITRE XXI
En même temps que les peuples du Pérou tiennent avec une constance invincible à l'antique usage de s'assembler pour délibérer sur leurs intérêts communs, ceux du Mexique ont conservé pour leurs caciques tout le respect que portaient leurs ancêtres aux personnes de cette classe. Tous les indigènes ont été réduits par la conquête au même niveau ; l'on ne peut donc pas distinguer, parleur extérieur, ceux qui descendent des anciens grands, de ceux qui descendent des dernières classes du peuple. « Le noble, dit M. de Humboldt, par la simplicité de son vêtement et de sa nourriture , par l'aspect de misère qu'il aime à présenter, se confond facilement avec l'Indien tributaire. Ce dernier témoigne au premier un respect qui indique la distance prescrite par les anciennes constitutions de la hiérarchie aztèque (4). » Ce respect, transmis par les dernières classes du peuple à leurs descendans , en faveur des descendans de maîtres déchus , ne serait-il pas une preuve que la domination d'une classe sur les autres n'était pas aussi dure qu'on l'a supposé?
Nous ne saurions donc trouver chez les indigènes de l'Amérique qui habitent sous les climats du nord y aucune supériorité morale sur les peuples placés entre les tropiques. Ils leur sont, au
sont montrés plus traitables quand on les a dépouillés de leurs libertés communales.
(i) De Humboldt , Essai politique, tome I, 1. n, chap. vij p. 49.2. ,
contraire, généralement inférieurs sous un grand nombre de rapports : ils ont plus de rapacité, de cruauté, de perfidie, d'intempérance, de paresse, de saleté, d'imprévoyance et d'orgueil. Il semble qu'ils devraient leur être supérieurs par la constance à supporter l'adversité; mais ils sont , même sous ce rapport , de beaucoup audessous des autres. « Ces peuples, dit Hearne, ne sont jamais heureux à demi , car le malheur des autres n'est rien pour eux ; mais si la moindre prospérité les enivre , le moindre revers personnel ou domestique les accable. Comme les autres peuples non civilisés , ils supportent les peines physiques avec beaucoup de résignation, quoique je regarde les Indiens du sud supérieurs à eux à cet égard (4). »
Les écrivains qui prétendent qu'on ne trouve de vertus que chez les sauvages, attribuent les vices des Américains du nord aux communications que ces peuples ont eues avec les Européens. Pour donner à cette assertion une apparence de vraisemblance , il faudrait prouver que les peuplades placées dans la même position, qui n'ont jamais communiqué avec les nations de l'Europe, ont des mœurs moins vicieuses; mais c'est précisément le contraire qui est constaté : ce sont les hordes les plus isolées \ comme celles de Van-Diemen, de la Nouvelle-Hollande, des des îles Aleutiennes et de la côte nord-ouest de
(i) Hearne, eh. îx, p. 3 20.