‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 187 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXII

voient à leur existence , je ferai connaître la constitution générale de chaque association ; je considérerai ensuite, chez chaque peuple, les individus dans les relations qu'ils ont les uns avec les autres comme membres d'une famille, comme époux ou comme parens; je les considérerai , en second lieu , dans les relations que les uns ont avec les autres comme chefs et comme subordonnés, comme domestiques et comme maîtres, comme gouvernans et comme gouvernés; je les considérerai , en troisième lieu, en corps de nation , et dans les rapports que les peuples ont les uns avec les autres, comme alliés ou comme ennemis ; enfin , je les considérerai par les vertus ou par les vices qui n'ont aucun rapport spécial avec quelqu'une des précédentes qualifications , ou par les habitudes dont les effets principaux sont ressentis par l'individu luimême, et qui n'affectent pas les autres d'une manière immédiate.

Nous avons vu précédemment que les peuples d'espèce malaie qui occupent les îles du grand Océan situées entre les tropiques, en les comparant en corps de nation, diffèrent peu entre eux dans leur organisation physique , dans leur langage et dans le développement de leurs facultés intellectuelles 5 nous allons voir qu'ils diffèrent également de fort peu dans la constitution de leurs sociétés , dans leurs mœurs publiques et privées, et dans les relations qu'ils ont les uns avec les autres.

36o TRAITÉ DE LÉGISLATION.

Les peuples d'espèce raalaie qui sont placés entre les tropiques, ou qui en sont à peu de distance, vivent des produits de l'agriculture. Chez eux, les terres sont partagées en propriétés privées depuis une époque qui nous est inconnue ; les champs sont clos et bien cultivés; le pays est généralement traversé de routes bien entretenues ; la navigation a déjà fait quelques progrès, et la pêche, quoique abondante, n'est considérée que comme un supplément à leurs moyens d'existence. Ces diverses circonstances suffisent pour nous faire juger que, chez ces peuples, les liens sociaux sont plus forts que ceux qui existent chez les peuples cuivrés placés sous le climat le plus froid de l'Amérique.

Des voyageurs ont observé, dans les archipels du grand Océan et sur le même sol , des hommes qui différaient tellement les uns des autres par leur constitution physique , qu'ils ont cru qu'ils appartenaient à deux races particulières (i). Les différences physiques qu'ils ont observées, ne sont peut-être pas suffisantes pour nous faire admettre comme un fait constaté , l'existence, dans les mêmes îles, de deux espèces d'hommes ; mais il paraît au moins bien prouvé que là, comme dans tous les états de l'Europe avant la destruction du régime féodal, il existe deux

(i ) I>ougainvil!e, Voyage autour du monde, deuxième partie, ch. in , tome II , p. 5i. ■ — Dcntrecasteaux , Voyage à la recherche de La Pérouse, tomo I, ch. xiv, p. Zio. — Cook , premier Voyage, liv. i,ch. xvn, torne II, p. 537 et 538

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