‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 188 sur 276 · LIVRE III , GHAriTRE XXII. 36l · texte numérisé non relu

LIVRE III , GHAriTRE XXII. 36l

peuples sur chaque terre : celui qui en fut le premier possesseur, qui la défricha, et qui la cultive encore; et celui qui, arrivé plus tard, s'empara du sol et des cultivateurs , et qui vit au moyen de ce qu'ils produisent. Lorsqu'une armée de barbares s'empare d'un territoire précédemment occupé, le moyen d'exploitation le plus simple qui se présente, c'est de considérer les cultivateurs comme des instrumens , et de les attachera la culture. Si , pour la conservation de la conquête , l'armée reste organisée , si les hommes dont elle se compose, restent subordonnés les uns aux autres , il s'établit une espèce d'ordre qu'on a désigné sous le nom de régime féodal. Sous un tel régime, les personnes des classes conquises sont mises au rang des choses ; les autres sont considérées en raison de l'élévation de leur grade et de l'étendue de leurs possessions.

Lorsqu'une armée conquérante s'établit dans un pays où l'usage de la monnaie est inconnu ou peu pratiqué , le général n'a pas , en effet , d'autres moyens d'assurer une paye régulière à ses officiers et à ses soldats, que de leur distribuer les terres et les familles conquises , et d'en donner à chacun une part proportionnée à son grade. Tout homme qui participe à la distribution, s'engage par cela même à remplir les devoirs attachés à ses fonctions^ et il perd son traitement, c'est-à-dire les terres et les cultivateurs qui forment la solde, lorsqu'il cesse d'obéir à son géné-

ral , et à plus forte raison quand il prend les armes contre lui. Cette manière de pourvoir à son existence de la part d'une nation conquérante peu civilisée , *est tellement commandée par la nature même des choses , qu'on l'observe j au même degré de barbarie , sur presque toutes les parties du globe.

Cet état social est celui des peuples d'espèce malaie, qui occupent presque toutes les îles du grand Océan. Dans les îles des Amis , dont quelques-unes sont fort considérables , et dont le nombre excède cent- cinquante, il existe un chef suprême, et ce chef est le général de l'armée (4). L'île principale, dans laquelle il réside, est divisée en quarante- trois districts , chacun desquels est soumis à un chef particulier (2). Toutes les autres îles ont également des chefs qui sont subordonnés les uns aux autres , et dont les plus élevés en grade sont les subordonnés immédiats du chef général . Par l'effet de cette subordination , les rangs ou les grades sont aussi multipliés dans ces îles qu'ils le sont dans une armée ou dans les vieilles monarchies européennes.

Ces chefs sont possesseurs de toutes les terres (3) ; ils possèdent aussi les cultivateurs et même toutes les personnes qui appartiennent aux classes laborieuses ? puisqu'ils exercent sur

(i) Cook, troisième Voyage , liv. u, ch. x, p. 6i et 562. (i) lbid., ch. iv, tome II, p. i3i ; et deuxième Voyage, t. III, ch. vm, p. 338.

(3) Cook, troisième Voyage, liv. il, ch. xi, t. III, p. 1 54-

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