LIVRE III, CHAPITRE XXV. OOg
Ils ont un moyen cependant de sortir de l'état où ils se trouvent et de se mettre sur le même rang que leurs aînés : c'est la destruction des grands possesseurs de terres des autres états. Ainsi, dans chaque pays , la partie la plus nombreuse et la plus énergique de la classe aristocratique est poussée, par le désir même que la nature a donné à toutes les espèces de se perpétuer, vers la destruction des classes aristocratiques qui existent chez les peuples voisins. Mais le même ordre de chose est établidaus tous les archipels, et nulle part il n'existe des classes industrieuses aux dépens desquelles les cadets de l'aristocratie puissent s'enrichir ; les aînés ne les excluent donc de l'héritage paternel que sous la condition que les cadets des autres états s'armeront contre eux pour les exterminer. Les mêmes passions qui poussent vers la guerre les individus qui n'ont pas d'autre moyen de perpétuer leur race,, y poussent aussi leur roi ; car à mesure que ceuxlà acquièrent des terres, celui-ci multiplie le nombre dé ses grands vassaux (A).
Les peuples de ces archipels sont donc toujours en état de guerre les uns contre les autres , et l'animosité qu'ils y portent, est en raison de la puissance de la cause qui les y excite, et des calamités qui sont réservées aux vaincus (2). La
(1) Ne serait-ce pas ici le secret de la plupart des guerres qui ont déchiré l'Europe?
(2) Bougainville , deuxième partie , chapitre m , tome II,
5l)0 TRAITÉ DE LÉGISLATION.
guerre n'ayant pour but que l'agrandissement ou la multiplication des fils des seigneurs de la terre, du soleil et du firmament, on y prélude de part et d'autre par le sacrifice de victimes humaines , toujours choisies dans les rangs inférieurs , parmi les descendans des hommes qui furent jadis vaincus; on suit, dans ce sacrifice, les usages qui sont pratiqués aux funérailles des grands, et particulièrement celui qu'on appelle le régal du chef. Des voyageurs ont pensé, sans en avoir acquis la certitude, que les habitans des îles de la Société, des îles des Amis et des îles Sandwich , dévoraient leurs prisonniers (4 ) ; le mouvement d'étonnement et d'horreur manifesté par un de ces insulaires, en voyant un habitant de la Nouvelle-Zélande dévorer les restes d'un corps humain , semble prouver que cet usage n'est point admis chez eux (â) ; mais s'ils ne se nourrissent pas de leurs prisonniers , ils les font périr dans les tourmens ; ils se précipitent sur les cadavres de leurs ennemis vaincus et les déchirent de leurs dents (3). Ce sont , ainsi
p. 55. — Cook, troisième Voyage, liv. m, ch. m et ix; tome III, p. 287, et tome IV, p. 116.
(1) Andersen, troisième Voyage de Cooh,l. xu,ch. xvm, Ring, Ibid., liv. v, ch. vu, tome VII, p. 95. — Krusenstern, tome I, ch. ix p. a46.
(2) Cook, liv. 11, ch. v, tome II, p. 486.
(3) Cook, troisième Voyage, liv. m. chap. m, tome III, p. 287. — Ring, troisième Voyage de Cook, liv. v, chap. vu, tome VII, p. 97.