LIVRE III, CHAPITRE XXV. O9 r
qu'on le verra bientôt , les moins barbares des nobles guerriers de ces îles.
Lorsque les peuples attaqués ne peuvent empêcher l'ennemi de pénétrer dans leur pays, ils se retirent aussi loin qu'ils le peuveut , emportant tout ce qu'il leur est possible de lui soustraire. Si le conquérant craint de ne pouvoir pas se maintenir dans sa conquête , il agit à la manière romaine • il détruit les habitations , les canaux , les arbres , les récoltes, les animaux. La misère et la famine emportent alors les vaincus et quelquefois même les vainqueurs (4). Si le chef de l'armée reste maître du pays et trouve le moyen d'y subsister, il partage les terres entre ses nobles compagnons. Ceux-ci sortent alors de la corporation des célibataires ; ils ne sont plus obligés d'étouffer leurs enfans. Ils donnent naissance à d'autres cadets qui devront comme eux exterminer de nouveaux peuples , ou faire périr leurs propres enfans à mesure qu'ils verront le jour (2).
(1) G. Bligh, Voyage à la mer du Sud, ch.v, p. 97 et 98. — Vancouver, tome III, liv. m, chap vu, p. 107 et 123. — Broughton, tome I, liv. 1, chap. 11 et iv, p. 58, 59, 60, 62 et
(2) Cook, deuxième Voyage, t. III, chap. x, p. 494 et 4g5; troisième Voyage, liv. m. ch. vi et vin, tome IV, p. 32, 81, 82. — Broughton, liv. 1, ch. 11, tome I, p. 53.
a Je crois, dit Cook, que la conquête de ces îles n'a procuré à Pouni ( le roi ) d'autres avantages qu'un moyen de récompenser ses nobles, qui, en effet, se sont emparés de la
La guerre ayant pour objet de s'emparer des terres qu'ils convoitent > la conquête a pour résultat la destruction des nobles possesseurs; si donc la victoire les rend maîtres d'un pays i, ils exterminent toute la partie noble de la population , pères , enfans, vieillards, et probablement aussi les femmes qu'ils ne jugent pas indignes du rang de leurs épouses. S'ils ne massacrent pas leurs prisonniers sur-le-champ , c'est pour les faire périr dans les supplices y et savourer plus à leur aise les plaisirs de la vengeance. Les raffinemens qu'ils portent dans la cruauté sont analogues à ceux que mettent en usage les indigènes du nord de l'Amérique. On trouve dans leurs traditions et dans leur langage des preuves que leurs ancêtres ont jadis dévoré leurs prisonniers (4 ) ; et les noms que prennent les chefs , de tombeau des hommes, de voleurs de pirogues (2), attestent l'honneur qu'ils attachent au mejirtre et au brigandage.
Ces guerres ; dont le principal objet est de donner des moyens d'existence aux cadets déshérités des grands , sont si destructives , que quelquefois il a suffi de quelques années pour plonger
meilleure partie des terres. » Lorsqu'un roi, fils d'un ancien conquérant , est dépossédé par un conquérant nouveau , il persiste à conserver le titre que la conquête donna jadis à ses ancêtres : ainsi le veut le principe de la légitimité. Cook , premier Voyage, liv. i, cliap. x x, tome II, p. 63 1.
(1) Cook, deuxième Voyage, tome III, ch. vu, p. 3oo.
(1) Cook, premier Voyage, liv. 1 , ch. xv, tome II , p. 492 .