LIVRE III, CHAPITRE XXVII. ^.l
dence des Français lui avait laissé l'usage 0). Les navigateurs français ont quitté ces îles sans qu'aucun fait ait détruit ou affaibli la bonne opinion qu'ils avaient conçue de ces insulaires. Le navigateur russe qui les a visités n'a pas eu davantage à se plaindre d'eux ; il les a vus toujours gais et contens, la bonté paraissant peinte sur leur figure; pendant les dix jours qu'il a passés avec eux, il n'a jamais été obligé de tirer un coup de fusil chargé à balle (2).
Le voyageur russe nous donne cependant des idées peu avantageuses des mœurs de ces peuples sur le témoignage d'un Français et d'un Anglais établis depuis long-temps parmi eux. Il a séparément interrogé ces deux hommes > et il a appris d'eux que ces peuples sont tous aussi faux et aussi perfides que ceux dont parle La Pérouse ; qu'ils sont continuellement en guerre les uns contre les autres ; qu'ils cherchent à vaincre leurs ennemis plutôt par surprise que par force, et enfin qu'ils mangent leurs prisonniers (3). Krusenstern a cru trouver la confirmation de ces rapports dans les crânes dont les insulaires lui ont proposé la vente , dans les cheveux et dans les ossemens humains dont leurs armes et leurs meu-
(1) Fleurieu, Voyage du capitaine Marchand , 1. 1 , ch. it p. 73.
(2) Krusenstern, torael, ch. ix., p. 240. — Le penchant irrésistible que ces insulaires ont pour le vol est cependant pour tous les voyageurs un sujet de plainte.
(3) Krusenstern , tome I, ch. ix, p. 242.
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bles étaient ornés , enfin dans leurs pantomimes (4). Les navigateurs français, qui avaient cherché à découvrir quelles étaient les relations de ces peuples avec leurs voisins , n'avaient pu se procurer à cet égard des informations exactes ; mais, en voyant leurs armes offensives et les blessures graves dont quelques-uns portaient les cicatrices , ils avaient conjecturé que le fléau de la guerre ne leur était pas étranger (2).
Les deux hommes dont le navigateur russe a recueilli les rapports ont affirmé, de plus, que, dans les temps de famine les insulaires dévorent des enfans et des femmes 5 mais les phénomènes qu'on observe chez des peuples cultivateurs, dans les rares circonstances oii la famine se manifeste, ne peuvent que difficilement caractériser les mœurs d'un peuple dans son état normal. On a vu des faits semblables à ceux qu'on reproche aux habitans des îles Marquises, chez les peuples les plus civilisés. Lorsque .des équipages européens, abandonnés au milieu des mers , ont été réduits à l'horrible nécessité de faire comme eux ou de périr, ce dernier parti est celui qu'ils ont repoussé. Pour juger d'ailleurs que ces insulaires sont inférieurs , sous ce rapport , aux habitans des autres îles^ il faudrait les avoir observés tous dans les mêmes circonstances. Cook a trouvé dans la Nouvelle-Zélande des parais qui lui ont
(1) Krusenstcrn, t. i, ch. ix, p. 242 et 2^3.
(2) FleuricMi, Voyage du capitaine Marchand, t. T, ch. n,
p. Kj6.