LIVRE III, CHAPITRE XXVII. 4lï
bable qu'ils auraient eu la même conduite ; mais on n'a pu connaître d'eux que leur perfidie , leur audace , leur force , et la facilité avec laquelle ils prodiguent les faveurs de leurs filles ou de leurs femmes.
Ces insulaires furent d'abord jugés très-doux par les hommes de l'équipage que commandait La Pérouse ; ils leur avaient vendu plus de deux cents pigeons ramiers privés , qui ne voulaient manger que dans la main ; ils avaient échangé les tourterelles et les perruches les plus* charmantes, aussi privées que les pigeons. Quelle imagination ne se serait peint le bonheur dans un séjour aussi délicieux! Ces hommes, disaient les navigateurs français, sont sans doute les plus heureux habitans de la terre 5 entourés de leurs femmes et de leurs enfans , ils coulent au sein du repos des jours purs et tranquilles; ils n'ont d'autre soin que celui d'élever des oiseaux; et, comme le premier homme, de cueillir,- sans aucun travail , les fruits qui croissent sur leur tête (i). f
Mais quels que soient les vertus ou les vices de ces peuples dans leurs relations privées, il est certain du moins qu'on ne trouve chez eux ni cette inactivité ni cette faiblesse qu'on attribue aux peuples qui vivent sous des climats chauds ; ils paraissent, au contraire, plus actifs, plus énergiques, plus audacieux que les peuples de
(1) La Pérouse , tome III, ch, xxiv, p. 237 et a38.
même espèce placés à une plus grande distance de l'équateur ; leurs corps ? robustes et couverts de cicatrices 9 prouvent assez qu'ils ne vivent pas dans la mollesse (1).
Les navigateurs anglais ont fait éprouver la puissance de leurs armes aux habitans des îles Marquises, la première fois qu'ils les ont visités. L'équipage de Cook, voyant trois de ces insulaires s'éloigner dans leur bateau , et ayant appris qu'un d'eux emportait un chandelier de fer j fit feu sur eux , et un tomba mort au troisième coup (2). Les Français et les Russes qui plus tard ont visité les mêmes peuples ont rendu té^ moignage de leur douceur, de leur humanité, de leur hospitalité , de leur caractère pacifique. Non-seulement les Français n'ont reçu d'eux aucun outrage f mais après en avoir grièvement blessé un par imprudence en parcourant le pays, ils ont continué de recevoir de lui des marques de bienveillance. Le capitaine Chanal fut touché de voir que le jeune homme qu'un coup d'espingole avait#grièvement blessé, et qu'il avait pris soin de faire panser, marchait au-dessus de lui , et que plusieurs fois , dans ses embarrassemens , il lui offrit l'appui du seul bras dont l'impru-
(1) LaPérouse, t. m, ch. xxiv, p. 237 et 2'38.
(2) Cook, deuxième Voyage, tome III, ch. iv, p. 17/».
La Pérouse défendait de tirer sur les voleurs, et, poui prévenir les querelles, il payait à ses matelots la valeur de ce qui leur était enlevé; aussi trouva-t-il les insulaires plus au dacicux.