LIVRE III, CHAPITRE XXVIII. /±\<J
difficiles à juger , .lorsqu'ils sont visités par des hommes qui possèdent plus de force qu'ils n'en ont eux-mêmes. Il faut, pour que leur naturel se montre tel qu'il est, qu'il se rencontre des circonstances dans lesquelles ils se croient les plus forts, et qu'ils attribuent àr^les sentimens de crainte les ménagemens et la bienveillance dont ils sont l'objet. On a plusieurs fois observé des différences considérables de mœurs entre deux peuplades peu avancées dans la civilisation et peu éloignées l'une de l'autre. Lorsqu'on a cherché les causes de la férocité de l'une et de la douceur de l'autre, on a presque toujours remarqué qu'on s'était présenté chez la première avec les apparences de la faiblesse , tandis qu'on s'était présenté chez la seconde avec des forces et un appareil imposans (A). Il ne faut donc pas se hâter de juger trop favorablement d'un peuple encore barbare, s'il manifeste des sentimens de douceur, de bienveillance , envers des hommes qui peuvent lui faire plus de bien qu'il ne peut leur faire de mal.
On n'a vu chez les indigènes de la terre de Van-Diemen aucun genre d'organisation sociale; on a seulement observé que deux individus plus grands et plus forts que les autres, avaient chacun deux femmes, tandis que les autres n'en avaient qu'une (2). C'est là, sans doute, ce qui
(1) Labillardière, tome I, ch. vu, p. 261.
(2) Dentrecasteaux, tome I, ch. xi, p. s35 et 236. — Labillardière, tome II, ch. x, p. 55.
4l8 TRAITÉ DE LÉGISEATIOW.
constitue la prérogative de ceux qui dirigent leurs compagnons \ lorsqu'ils font une partie de chasse ou qu'ils vont attaquer les peuplades avec lesquelles ils sont en guerre , seules circonstances où le besoin de chefs puisse se faire sentir. •
Les indigènes de la terre de Van-Diemen n'ont point d'habitations fixes : ils errent en petites troupes 7 de place en place , pour chercher de la nourriture. On ne voit jamais plus de trois ou quatre huttes dans un endroit , chacune pouvant contenir tout au plus trois ou quatre personnes. Les familles sont dans une parfaite indépendance les unes des autres 5 quelquefois on en rencontre qui errent isolées sur le rivage de la mer ; mais on observe toujours une grande subordination des membres au chef. Faibles par leur isolement, par leur organisation physique , par leur ignorance et par leur maladresse , ces hommes vivent dans une méfiance et dans des alarmes continuelles. L'apparition d'uït inconnu leur fait prendre la fuite , à moins qu'ils ne le jugent beaucoup plus faible qu'eux ; car , alors 9 leur premier mouvement est de l'attaquer (1).
L'absence de subordination sociale , de culture et de richesses , abrège beaucoup l'examen des mœurs de ces insulaires ; ear ii ne peut être ques-
(1) Cook, deuxième Voyage, tome I, p. 38t> et 387. — Péron, tome i, liv. m, chap. xm, p. 269. — Labillardière, 1. 1, ■ chap. v, p. 184 et i85. — L. Freycinet, liv. n, ch. 1, p. 43.