CHAPITRE V
Des diverses espèces (\) dont se compose le genre humain. — De l'opinion de quelques écrivains sur ce sujet.
Pour déterminer d'une manière exacte chacun des points dans lesquels les diverses espèces ou variétés d'hommes se ressemblent, et ceux dans lesquels elles diffèrent , il faudrait faire des recherches qui seraient étrangères à cet ouvrage , et qui exigeraient des études auxquelles je ne me suis point livré. Dans *ces matières, les livres sont une source d'instruction très-imparfaite; l'histoire naturelle de l'homme est, en effet, trop peu avancée pour ne nous rien laisser à désirer à cet égard. Lorsqu'on lit les ouvrages écrits sur ce sujet, on est étonné du petit nombre de faits que les savans ont observés sur la plupart des es-
(i) M. Cuvier donne le nom d'espèce à la collection de tous les corps organisés nés les uns des autres, ou de parens communs, et de tous ceux qui leur ressemblent autant qu'ils se ressemblent entre eux.
Il donne le nom de variété aux corps organisés qui ne diffèrent ou ne paraissent différer d'une espèce que par certaines causes accidentelles. Voyez l'introduction de son Tableau élémentaire de l'histoire naturelle des animaux»
pèces entre lesquelles se partage le genre humain; et l'on hésite à en tirer des conclusions générales, dans la crainte de convertir en règle des faits qui n'ont été peut-être que des exceptions. Aussi, dans ce chapitre, n'ai-je pas d'autre objet que d'exposer les faits généraux qui, suivant quelques physiologistes, caractérisent chacune des principales espèces qu'on a observées , et de rechercher si le climat a quelque influence sur leur production. J'examinerai ensuite quelles sont les conséquences qu'on peut tirer, en morale et en législation, des différences intellectuelles ou morales qu'on a cru voir entre les diverses espèces.
Blumenbach, et après lui W. Lawrence, ont divisé le genre humain en cinq races ou variétés : la race caucasienne, la race mongole, la race éthiopienne , la race am érioaine et la race malaie (i).
Ils comprennent dans k race caucasienne les habitans anciens et modernes de l'Europe, ex-
(i) La dénomination de chaque espèce ne me parait pas très-bien choisie : ces dénominations supposent résolues des questions d'origine qui ne le sont point du tout. Des dénominations tirées des caractères distinctifs de chaque espèce , auraient été plus convenables que celles qu'on a tirées des lieux d'où on les suppose originaires ; les peuples peuvent changer de lieu , mais ils portent partout les caractères qui [es distinguent. On désigneraitfceaucoup mieux, par exemple, les indigènes d'Amérique par la dénomination d'espèce cuivrée, et les peuples qui ont la peau noire, par la dénomination d'espèce nègre, qu'on ne les désigne par les dénomma-