‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 242 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XXX. Zp · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXX. Zp

sur le même sol : une race de vaincus cultivant la terre dont il paraît que leurs ancêtres furent jadis les maîtres , vivant dans le mépris et la misère , n'ayant pas même d'habitations pour se reposer, obligés de se nourrir des alimens les plus vils, et étant sans liaisons les uns avec les autres; et une race de vainqueurs, organisés pour l'intérêt de la conquête , vivant dans l'oisiveté ou ne se livrant qu'aux exercices propres à maintenir leur supériorité, n'accordant de l'estime qu'aux objets dont ils peuvent avoir la possession exclusive, maîtres absolus des habitations, des terres et même des cultivateurs. Nous avons vu , de plus , l'organisation'sociale , assez compliquée dans les mêmes archipels, s'affaiblir ou se simplifier à mesure qu'on s'éloigne des îles qui ont fait le plus* de progrès dans les arts , et disparaître presque entièrement lorsqu'on arrive à l'extrémité des terres australes, dans la Nouvelle-Zélande ou dans la terre de Yan-Diemen. Enfin y nous avons vu les passions malveillantes se multiplier et devenir plus énergiques , et les êtres faibles traités d'une manière plus dure ou plus cruelle , à mesure que nous nous sommes plus rapprochés de l'état de barbarie.

Les peuples d'espèce éthiopienne nous offrent au centre et à l'extrémité australe de l'Afrique , un spectacle analogue à celui que nous a présenté l'espèce malaie dans le grand Océan , et l'espèce cuivrée en Amérique. La différence la plus remarquable que nous trouverons entre les peuples

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d'espèce nègre d'Afrique et les peuples de même race observés dans la Nouvelle-Hollande et la terre de Van-Diemen Ç, est que les premiers ont fait un peu plus de progrès que les derniers.

Les peuples de la côte occidentale d'Afrique situés entre l'équateur et le tropique du capricorne , quoique appartenant tous à l'espèce éthiopienne , ne paraissent pas habiter le sol depuis la même époque. Leur organisation sociale, et les dénominations par lesquelles ils désignent quefques-uns de leurs chefs , nous prouvent qu'une race de conquérans s'est rendue maîtresse du sol et des hommes qui l'habitaient , et qu'elle s'est organisée pour se maintenir en possession du territoire et des peuples conquis (4).

Les peuples de ces contrées tirent de l'agriculture presque tous leurs moyens d'existence. La terre , partagée en propriétés particulières , est d'une fertilité extraordinaire. A l'exception du froment , elle produit toutes les plantes alimentaires qui croissent en Europe , et pourrait produire toutes celles qui ne peuvent croître que sous les tropiques ; elle donne deux et quelquefois trois récoltes dans le cours d'une année. Les habitans sont donc obligés d'avoir des demeures

(i) L. Degrandpré, Voyage à îa côte occidentale d'Afrique, tpmel, ch. ni, p. 171 et 172. — J. Mathews, Voyage to the river Sierra-Leone , on the coast of Africa , lett. v, p. 7/j. — G. Mollien, Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, aux sources du Sénégal et de la Gambie, toine I , chap. m , p. i/,8.

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