LIVRE III, CHAPITRE XXX
fixes , et par conséquent ils sont plus assujettis que ne le sont les indigènes de la terre de Van- Diemen et de la Nouvelle-Hollande (\).
Les nègres du Congo sont soumis à un chef général qu'ils nomment foumou et auquel les voyageurs européens donnent le nom de roi. Ce chef, qui dans l'origine ne fut probablement que le général d'une armée conquérante , fait sa résidence à Loango, la partie la plus agréable du pays; il est le supérieur de tous les chefs. qui résident dans d'autres parties du territoire. Outre le pouvoir qu'il a sur ses grands vassaux ou sur sa noblesse j il est maître de plusieurs villages qui dépendent immédiatement de lui, et qui forment, à proprement parler, le domaine de la couronne.
Le chef général ne transmet pas son pouvoir au premier - né de ses enfans 5 s'il meurt , ses grands officiers forment un conseil de régence \ et lui nomment un successeur : les grands d'espèce nègre ont su conserver une prérogative qu'ont laissée périr les conquérans des autres espèces . Le roi ne peut être élu que parmi les grands; mais il suffit d'être né prince pour être éligible. « On pourrait supposer, dit Degrandpré, que le vainqueur, après avoir établi le siège de sa puissance en ce pays , donna des fiefs à ses enfans ou
fil On peut voir quelles sont les plantes alimentaires de ce pays dans le Précis de la Géographie universellé, par M. Malte-Brun ,tome V, liv. xc, p. 7.
à ses principaux chefs à foi et hommage , et à charge d'un tribut qui vraisemblablement fut toujours en diminuant, ainsi que l'autorité du suzerain ; et qui ne se reconnaît plus qu'au léger vestige de l'hommage qui subsiste aujourd'hui (4). »'
Les' distinctions de rang sont aussi prononcées chez les nègres de la côte occidentale d'Afrique, et les lois de l'étiquette aussi bien observées que dans l'état le plus monarchique de l'Europe : dans la hiérarchie féodale des nègres , le roi est le premier personnage de -l'état ; les princes nés sont placés au second rang ; les maris des princesses tiennent le troisième ; les suzerains ou grands vassaux sont au quatrième ; Jes courtiers et les marchands viennent ensuite ; enfin les personnes qui forment la masse du peuple, et qu'on désigne sous le nom de garçons/ tiennent le dernier rang (â).
Les chefs ou nobles ont , sur les hommes qui sont dans l'étendue de leurs domaines, un pouvoir sans limites ; ils peuvent les vendre, les échanger, les mettre à mort , comme ils le jugent convenable. Le seul frein qui les arrête dans l'exercice de leur pouvoir, est la crainte de les voir émigrér sur Mie autre terre , et d'affaiblir ainsi leur puissance comparativement à leurs ri-
ii) Voyage à la côte occidentale d'Afrique, tome I, ch. ni, p. 1G7.
(2) Degrandpré, tome I, ch. 11, p. io5, 106 et suiv.