‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 249 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXX

peuvent communiquer même avec la personne qui leur porte des alimens (4).

Les grands, ne pouvant se distinguer du peuple par le luxe , se distinguent de lui par l'abjection dans laquelle ils tiennent leurs inférieurs ; ils ne leur permettent d'approcher qu'à genoux ; c'est un des privilèges les plus précieux de l'aristocratie.

La vengeance , chez ces peuples, est toujours portée à l'excès , par tout homme qui s'imagine avoir été l'objet d'une insulte ; cette passion est la cause la plus fréquente de leurs guerres . Lorsque la guerre est allumée entre deux nations, tous les individus dont chacune d'elles se compose , sont traités en ennemis ; une querelle particulière produit ordinairement une guerre générale. Ils cherchent à vaincre leurs ennemis par surprise , et évitent les combats où ils les voient préparés (â).

Si nous comparons l'état social des peuples dont j'ai décrit les mœurs dans le chapitre précédent, à l'état social des peuples dont les mœurs ont été décrites dans celui-ci, quelques-uns des premiers paraîtront d/abord avoir l'avantage. Cependant, lorsqu'on examine séparément le sort de chacune des classes de la population, on trouve

(1) Mollien, tome L, ch. iv, p. 292 et 293. — Raynal,t. VI, liv. 11, p. 192 et ip3. — Degrandpré, tome I, ch. 11, p. 102 et io3.

(2) J. MathewV, Voyage tho the river Sierra-Leone, 5 th ]df.,p. 86 et 87.

que cet avantage a plus d'apparence que de réalité.

La terre est infiniment plus fertile sur les côtes occidentales d'Afrique ? situées entre les tropiques y qu'elle ne Test au cap de Bonne-Espérance; dans l'un et l'autre des deux pays , les femmes sont obligées de se livrer aux travaux qu'exige l'existence de la famille ; mais , dans le dernier, avec la même quantité de travail , on obtient une plus grande quantité de subsistances ; les femmes sont donc mieux nourries , et sont obligées de moins travailler.

Dans un pays naturellement très-fertile où l'on cultive plusieurs plantes alimentaires , on ne voit aucune de ces fréquentes disettes que nous avons observées au Cap, et qui obligent les habitans à dévorer les alimens les plus grossiers et les plus repoussans. C'est dans ces momens terribles que chacun ne consulte que son intérêt individuel ? et que l'égoïsme se montre dans toute sa nudité; les plus faibles sont alors sacrifiés , et par conséquent les vieillards , les malades , les femmes , les enfans , sont les premiers qui succombent. Ces misères n'ont pas lieu aussi souvent, ou sont moins considérables dans un pays où la culture a déjà fait des progrès , que dans un pays où la chasse et le lait des troupeaux forment les principaux moyens d'existence.

Les nègres des tropiques sont soumis à une subordination très - dure ; un grand nombre d'entre eux sont même attachés à la glèbe ; mais

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