‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 248 sur 276 · LIVRE III , CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE XXX

lonté n'étant point consultée quand on les marie , un homme peut en prendre plusieurs; il peut les vendre comme il les a achetées , toutes les fois qu'elles sont d'un rang inférieur au sien. Chacune des femmes vit avec ses enfans dans une case séparée; celles qui ne sont pas princesses, sont traitées également, ou du moins il n'y a pas entre elles d'autres différences que celles qu'il plaît au mari d'établir. Elles sont toutes confondues avec les esclaves ; si leur mari meurt, elles deviennent la propriété de son héritier (i).

Les princes choisissent pour leurs femmes les personnes qui leur conviennent , sans les consulter ni elles, ni leurs parens ; ils les renvoient ou les vendent, quand ils en sont mécontens. Les princesses choisissent pour mari l'homme qui leur plaît ; mais elles ne peuvent en avoir qu'un à la fois. Elles ont la faculté d'en changer aussi souvent qu'elles le jugent convenable. Il arrive souvent qu'elles prennent un homme riche; le ruinent, et le renvoient pour en prendre un autre qu'elles renvoient également après l'avoir ruiné. Les enfans ne succèdent jamais qu'à leur mère : moyen infaillible de conserver les biens dans les familles selon le principe du gouvernement féodal (â) .

Les principales prérogatives de la classe aris-

(1) J. Mathew's, lett. vi, p. 116. — L. Degrandpré, tome I, ch. ii, p. 101 , 102 et 149. — Raynal, Hist. philosop., t. VI, liv. xi, p. 92.

(2) Degrandpré, tome I, ch. 11, p. 109, 1 10, n 1.

tocratique consistant à vivre dans l'oisiveté , au moyen des travaux des autres classes ; le travail est le lot exclusivement réservé à la partie la plus avilie de la population. Les femmes cultivent les champs , sont chargées de tous les soins domestiques, et doivent, en général, pourvoira la subsistance et aux besoins de la famille. Le jour, elles se livrent aux travaux de la campagne; la nuit elles pilent le mil qui leur sert d'aliment (4).

Par l'effet de la distinction des rangs , le chef général domine sur tous les hommes et ne peut jamais se confondre avec eux. Les princes et les princesses dominent sur les grands et les traitent avec mépris, car ils peuvent les vendre . Les grands traitent leurs vassaux avec plus de mépris encore, et les tiennent à une plus grande distance. Enfin, les femmes, comme les êtres les plus faibles, forment le plus bas échelon de l'ordre social. Elles ne paraissent devant leurs maris que dans une posture humiliante. Elles leur servent à manger, et ne se nourrissent que de ce qu'ils ont rebuté. Cet état d'abjection, que nous avons trouvé chez les Malais et chez les nègres du grand Océan, est commun à toutes les femmes , il n'y a d'exception que pour les princesses. Dans leurs incommodités périodiques , elles sont obligées de se séquestrer dans une cabane séparée, comme chez les peuples cuivrés du nord de l'Amérique , et ne

(i) Mollicn, tome I, ch. iv, p. 292 et 293.

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