CHAPITRE XXXI
Des rapports observés entre les moyens d'existence et l'état social des peuples d'espèce mongole , de l'Orient et du centre de l'Asie.
L'Asie renferme des peuples d'espèce mongole, des peuples d'espèce caucasienne, et des peuples d'espèce malaie. Sur quelques points, des mélanges de races se sont opérés • mais le continent asiatique est cependant resté divisé de manière que chaque espèce a toujours eu la possession exclusive d'une fraction plus ou moins considérable du territoire .
Dans la partie la plus occidentale, la masse de ia population appartient à l'espèce caucasienne ; à l'extrémité australe et dans les îles voisines, on trouve des peuples d'espèce malaie ; dans les autres parties , la masse de la population appartient presque tout entière à l'espèce mongole, ou à des variétés de cette espèce. C'est uniquement des mœurs de celle-ci que nous avons à nous occuper dans ce moment (i).
(1) Il est bien évident que je ne m'occupe ici que des grandes niasses : je n'ai besoin, pour l'objet que je me
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En examinant quelles sont les parties de l'Asie sur lesquelles les facultés physiques et intellectuelles des nations d'espèce mongole sont le plus développées, nous avons trouvé les hommes les plus faibles, les moins intelligens, les moins nombreux, sous les climats les plus froids ; nous avons observé qu'à mesure qu'on approchait de la ligne équinoxiale, ils étaient plus grands, plus forts, plus intelligens, plus industrieux. Il s'agit de savoir maintenant si la gradation que nous avons observée relativement au développement des facultés physiques et intellectuelles , existe relativement au perfectionnement des mœurs ; si , en partant des climats les plus froids et en nous approchant de l'équateur , nous trouverons que les passions bienveillantes se développent, et que les passions contraires s'affaiblissent ou s'éteignent.
Les peuples de l'extrémité septentrionale de l'Amérique, ceux des îles Aléutiennes placées entre le nord de l'Amérique et de l'Asie , et ceux du nord-est de ce dernier continent , appartiennent tous à la même espèce d'hommes. J'ai fait connaître les mœurs grossières et barbares des premiers , en parlant des peuples de l'Amérique septentrionale ; on va voir que les mœurs des peuplades du nord-est de l'Asie et des îles qui semblent lier ce continent à celui d'Améri-
propose, ni de m'occuper des exceptions, ni de discuter l'origine de ces diverses populations.
48û TRAITÉ DE LÉGISLATION.
que, ne sont ni plus douces ni plus pures (4).
Les habitans des îles Aloutiennes et du Kamtschatka ne se sont jamais élevés au-dessus de l'état de peuples chasseurs et pêcheurs. La terre a donc toujours été. chez eux, propriété commune, comme les bords de la mer et les rivières. Ces nations ne connaissaient donc pas d'autres propriétés privées que leurs habitations , leurs instrumens de chasse ou de pêche , et leurs provisions. Ils n'avaient donc pas besoin de gouvernement en temps de paix , et en temps de guerre, il leur suffisait d'un chef pour les diriger dans leurs expéditions. Pour savoir quel était leur état social , il suffit donc de connaître leurs rapports de famille , et ceux qui avaient lieu d'individu à individu, et de peuplade à peuplade.
A l'arrivée des Russes dans ce pays , les femmes étaient traitées en esclaves ; un homme en possédait quelquefois cinq ou six, et pour les maintenir dans l'ordre , il faisait habiter chacune d'elles dans une jourte séparée. Les femmes étant considérées comme la propriété de leur possesseur, un mari qui recevait une visite , n'a-
(i) Depuis près d'un siècle que les Russes se sont emparés de ces contrées, les indigènes ont été presque entièrement détruits : leurs gouvernemens, lears mœurs, leur religion ont été presque complètement effacés. Le petit nombre d'individus qui existent encore dans les iles Aléutiennes ou dans la presqu'île du Kamtschatka ne sont plus en quelque sorte que des instrumens de chasse dont les Russes se servent pour se procurer des fourrures.