LIVRE III, CHAPITRE XXXI
vait rien de plus pressé que d'offrir une des siennes à son hôte ; s'il n'en avait qu'une, il lui offrait sa fille. Elles étaient échangées, louées, vendues , comme une marchandise ; en temps de disette , le mari qui donnait la sienne pour une vessie remplie de graisse ^ croyait faire un excellent marché. Le mépris pour les femmes entraînait les hommes dans un vice qu'on a cru longtemps particulier aux peuples des climats chauds : ce vice était devenu si commun, il inspirait si peu de honte, que plusieurs individus avaient un amant déguisé en femme.
Les rapports qui existaient entre les parens et les enfans, étaient analogues à ceux qui existaient entre les deux sexes. Un père traitait ses enfans comme ses femmes , en propriétaire : il les prêtait, les louait ou les vendait; pour en céder la propriété , il se contentait quelquefois de choses de la plus petite valeur. De leur côté, les enfans, lorsqu'ils étaient arrivés à un certain âge , les traitaient eux-mêmes comme ils avaient été traités dans leur bas âge ; ils n'avaient aucun respect pour les vieillards. C,es peuples n'avaient aucune idée de propreté ni de pudeur .
Dans leurs relations d'individu à individu, les insulaires étaient sans cesse en querelle , et ils commettaient le meurtre sans remords. Dans leurs relations de horde à horde, ils étaient toujours en guerre les uns contre les autres. Les femmes étaient le butin qu'ils se proposaient dans leurs expéditions. Dans leurs relations avec 2. 5i
les étrangers qui les visitaient , ils étaient grossiers et inhospitaliers (4).
Ces mœurs ont probablement été modifiées par le séjour et par la domination des Russes : il est difficile de croire, cependant qu'elles, aient beaucoup gagné , lorsqu'on voit que la population, loin d'augmenter en nombre, a beaucoup diminué; on aurait d'ailleurs quelque £eine à déterminer quel est le genre de vertu que la servitude a pu leur donner. Ces peuples paraissent, au reste, avoir été facilement subjugués ; au jugement des Russes , il n'y à nulle part des hommes plus dociles et plus disposés à se soumettre au joug, que les habitans du Kamtschatka . On ne peut cependant . attribuer leurs faiblesses ou leurs vices à la chaleur du climat, puisque l'hiver dure chez eux neuf ou dix mois , et que, pendant la plus grande partie de cette saison , le pays se couvre de neuf ou dix pieds de neige.
Les îles Kuriiles , qui lient en quelque sorte le Kamtschatka aux îles du Japon , et qui font évidemment partie de la même chaîne de" montagnes , stuit situées sous une latitude moins froide que les îles Aléutiennes. Les peuples qui les habitent sont étrangers cependant à la vie agricole : la chasse et la pêche leur fournissent leurs principaux moyens d'existence. Ces peuples , si on les juge par ceux de l'île Saghalien, avec lesquels
(1) Coxe, Nouvelles découvertes des Russes, ch. x, xi, xm
et xv.