‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 257 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXXII

cupation consiste à maintenir leur domination, et à vivre sur la multitude qui travaille (4). L'oisiveté, l'orgueil , l'ignorance , le mépris pour les classes laborieuses , sont les caractères des descendans des conquérans , dans l'empire chinois , comme dans tous les pays du monde , sous quelque latitude qu'ils soient situés. Les honneurs qu'ils sont forcés de rendre à l'agriculture, ne prouvent que l'influence qu'exerce un peuple civilisé , sur les barbares qui l'ont subjugué.

Quoique le chef tatar qui est à la tète de l'empire, ait pris la langue, les lois et le costume de la nation vaincue, quoiqu'il soit né dans le pays et que plusieurs générations se soient écoulées depuis la conquête , il conserve pour tous les descendans des conquérans! la partialité que ses ancêtres avaient naturellement pour leurs compagnons ; il se considère toujours et est considéré par ses sujets comme Tatar; c'est parmi les Tatars qu'il prend ses soldats, ses officiers, ses ministres, ses serviteurs de confiance, ses femmes , ses concubines , ses domestiques et jusqu'à ses eunuques (2).

La partialité du chef de l'empire pour les nom-

(i ) « En Chine, tout mâîe d'origine tatare reçoit une paie depuis le moment de sa naissance, et est incrit parmi les serviteurs du prince. Ces Tatars forment la garde à laquelle il confie la sûreté de sa personne. » Macartney , Voyage en Chine et en Tartarie , tome III, ch. n, p. i32 et i33; t. V, ch. ii, p. 235, 236 et 243.

(a) Macartney, tome III, ch. 11, p. i3a.

mes d'origine tatare, se trouve dans chacun de ses agens : dans toutes les difficultés qui ont lieu entre les Tatars et les Chinois \ dit Macartney , la partialité se manifeste ; et l'on ne doit guère s'attendre que la balance de la justice soit tenue d'une main ferme entre le conquérant et le vaincu . Ce mal se fait cependant peu sentir dans les provinces méridionales , où l'on ne trouve d'autres Tatars que ceux qui sont élevés aux premiers emplois (4). L'orgueil et la supériorité qu'affectent les hommes de cette race, sont encore tels, qu'ils épouvantent les descendans des vaincus , et qu'un Chinois , quel que soit son rang , ose à peine s'asseoir devant un Tatar d'un rang égal au sien (â). Cela nous étonnera peu, si nous faisons attention qu'un peuple industrieux , agriculteur et ami de la paix , est soumis à une armée d'un million de fantassins et de neuf cent mille hommes de cavalerie (3).

Une secrète antipathie règnè entre les deux races. Les Chinois considèrent leurs conquérans comme des barbares , ignorans , fourbes , grossiers et médians ; ils font des vices des Tatars les sujets habituels de deurs conversations ; ils désignent la trahison et la méchanceté par le nom même de leur nation (A). De leur côté, les Ta-

( i ) Voyage en Chine et en Tartarie, tome IV, ch. i, p. 4<y. (2) Barrow, Voyage en Chine , tome II, ch. vm , p. 217. — Macartney, tome III, ch. 11, p. 43.

(H) Macartney, tome IV, ch. 11, p. 122. (/,) Macartney, tome III, ch. il, p. 1 33 et i3/| ; et ch. 111,

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