LIVRE III, CHAPITRE XXXII. /(
tars, convaincus de la haine que l'oppression engendre , ressentent pour les Chinois l'antipathie qu'ils leur inspirent, et savent mal s'en cacher ; quelque4lombreuse que soit leur armée, ils n'ont aucune confiance dans la durée de leur domination. Ils semblent convaincus qu'un peuple asservi ne peut mettre un terme à ses humiliations et à ses souffrances que par l'expulsion ou la ruine de la race de ses vainqueurs -, et comme ils ne veulent pas laisser les restes de leurs ancêtres chez un peuple ennemi , ils les font porter dans la terre qui fut le berceau de leur puissance (1).
Les Chinois , pour la répression des délits ; ne font presque pas usage de la peine d'emprisonnement. Ils paraissent ne pas connaître non plus les peines que nous nommons purement infamantes j ils ne punissent , par conséquent , les délits que par des châtimens corporels : le fouet, l'exil et le bambou pour les petits délits , et pour les grands , la strangulation . La première de ces peines peut être graduée, depuis la simple menace jusqu'au supplice le plus cruel; elle laisse donc une latitude immense à l'arbitraire. Elle atteint indistinctement tout le monde, depuis le premier ministre jusqu'au dernier des manonvriers; elle
]). 338. — Les Chinois se rappellent encore que, lorsque les Çartares s'emparèrent de Pékin, pour ïa première fois, ils plantèrent des tentes pour eux, et logèrent leurs chevaux dans les palais des empereurs chinois. Ibid.
(i) Macartney, Voyage en Chine et en Tartarie, tome V, ch. m, p. 339.
tombe sur l'individu d'origine ta tare avec autant de rigueur que sur le Chinois. Pour la faire infliger , il ne faut qu'une plainte et l'ordre d'un officier civil ; elle est souvent infligée jtetr la colère, et d'une manière cruelle (A). Ces peines annoncent sans doute la présence du despotisme ; mais il est remarquable que ce despotisme est exactement de la même nature que celui qui s'exerce dans le nord de l'Europe et de l'Asie. La seule différence qu'on observe entre Fun et l'autre , c'est que le despotisme des pays froids est le plus ancien et le plus violent (â).
Sur un grand nombre de points > les lois pénales de cette nation sont moins sévères et plus prévoyantes que celles de la plupart des peuples de l'Europe ; elles prévoient surtout beaucoup mieux les abus que les agens du gouvernement peuvent faire de leur autorité (3).
(1) Barrow, Voyage en Chine, tome I, ch. iv, p. 270, 271 et 3oi; et tome II, chap. vin, p. 167 et i63. — Macartney, tome IV, ch. 1, p. 39 et 40.
(2) « Non- seulement le peuple ( dans le dernier siècle ) était attaché à la servitude de la glèbe ; mais les grands, les princes mêmes dont les ancêtres avaient été des souverains, étaient, au moindre signe du despote , déchirés par les fouets ou meurtris par les baguettes.
« Si, ce qui n'était pas rare, une dame de la cour, dans up état d'ivresse, manquait à quelqu'un de ses devoirs, elle était publiquement fouettée. » Leveque , Histoire de Russie, tome IV, p. 1 34 et i35.
(3) Ta-Tsing-leu-lèc , ou Lois fondamentales du Code