LIVRE III, CHAPITRE X. l
de latitude sous lesquels les uns et les autres sont placés; ils doivent s'apprécier surtout par la position de chaque pays. Les vents d'est et du sud n'arrivent en Espagne , en.Sicile et en Italie qu'après avoir été rafraîchis par la Méditerranée : tandis qu'ils n'arrivent sur quelques parties des côtes septentrionales d'Afrique qu'après avoir été échauffés par les sables brûlans du Désert. Ne faudrait-il pas conclure de ces circonstances , si la chaleur du climat était une cause de faiblesse et de lâcheté, que les habitans de Tunis et de Maroc sont les tributaires des rois de Naples et de Sicile?
Des voyageurs et des physiologistes ont observé, parmi les habitans de l'Egypte, trois variétés d'hommes : des Coptes, des Indiens et des individus de race berbère; mais personne n'a observé que la chaleur du climat eût rendu quelqu'une de ces races inférieures à ce qu'elles sont sous des climats moins ardens ; là , comme ailleurs , les hommes sont forts ou faibles , selon que les alimens sont abondans ou rares , selon qu'ils se livrent à 'un exercice modéré ou à des travaux excessifs.
Si nous portons maintenant les yeux sur l'Europe, il nous sera difficile d'y trouver des nations auxquelles quelques degrés de chaleur de plus ou de moins aient donné une constitution physique plus ou moins mauvaise. Il n'est point de nations, si l'on excepte la nation anglaise, qui, 1 dans les quinze premières années de ce siècle,
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n'ait vu; sur son territoire, de nombreuses armées de presque tous les pays ; et nulle part on n'a remarqué qu'aucune d'elles eût une supériorité physique sur les autres. Les troupes d'élite de chaque peuple sont aussi belles que les troupes d'élite des peuples voisins ; et les soldats pris sans distinction de taille sont à peu près partout les mêmes. En jugeant de la population russe par ses armées , on peut croire que la classe la plus belle est celle dans laquelle sont pris les officiers ; mais il est remarquable que c'est la classe sur laquelle l'influence du climat se fait le moins sentir. C'est celle qui a les moyens de se'soustraire soit aux rigueurs du froid, soit aux excès de la chaleur, et qui peut jouir tout à la fois des avantages que lui procure son propre climat , et des productions des climats du midi . Les classes qui sont obligées de se borner aux productions de leur sol , et qui sont le plus soumises à l'action directe ou indirecte de leur climat, loin d'être supérieures aux classes correspondantes des autres pays de l'Europe , leur sont au contraire de beaucoup inférieures. Il n'y a pas de comparaison à établir entre les paysans russes et les habitans les plus pauvres de la Grèce , d'Espagne ou d'Italie CO
( i ) « La hauteur des plus grands Lapons , dit Regnard , n'excède pas trois coudées, et je ne vois pas de figure plus propre à faire rire. Ils ont la tête grosse , le visage large et plat, le nez écrasé, les yeux petits, la bouche large, une barbe épaisse qui leur pend sirr/î'estomac. Tous leurs membres sont