ART. II. — PÉRIODE DES LÉSIONS MATÉRIELLES
Les lésions matérielles de l’herpétisme apparaissent ' ordinairement à un âge avancé de la vie et constituent une seconde phase des manifestations de cette maladie. Ce serait une erreur de croire qu’elles ne se rencontrent jamais qu’à cet âge, et qu’elles n’existent pas chez l’enfant et l’adolescent; mais comme elles n’ont pas alors le caractère de ténacité et de permanence qu’elles auront plus tard, il y a lieu de les attribuer plus spécialement à l’âge adulte et surtout à la vieillesse.
Ces lésions ont pour siège, tout d’abord les parties tégumentaires, la peau et les membranes muqueuses ; plus lard les articulations, les os et surtout le système circulatoire.
Les manifestations tégumentaires, variables de forme, habituellement superficielles, n’entraînent à leur suite aucune destruction des tissus, si ce n’est dans quelques cas la chute des poils et des ongles. Celles du système circulatoire se révèlent par l’épaississement
TRAITlî DE LMIEIIPÉTISME.
et quelquefois aussi par l’amincissement, la dilatation des tuniques des artères et des veines avec leurs conséquences : oblitération ou rupture de ces vaisseaux, épanchements sanguins et désordres nutritifs des organes. Les lésions articulaires et osseuses ont pour caractère, sinon dès leur début, du moins plus tard, des productions ostéophytiques et des destructions cartilagineuses suivies de déformations spéciales qui leur ont valu la dénomination d’ostéites ou d’arthrites déformantes. Nous allons passer en revue chacun de ces désordres.
§1. — Lésions cutanées. Herpétides exanthématiques.
La peau est l’un des organes les plus exposés aux désordres matériels de l’herpétisme. Çette maladie y détermine des lésions variables ayant la plupart des formes élémentaires généralement décrites en pathologie cutanée, et comme toutes ces formes se rencontrent assez souvent chez un même individu, on conçoit le peu d’importance de la classification de Willan. Bazin a fait des herpétides cutanées l’objet d’une étude spéciale, et ce qu’il en a dit est généralement exact. Toutefois, cet auteur, partageant les idées de son époque et considérant comme rhumatismales la plupart des douleurs localisées aux articulations, notamment l’affection désignée à tort sous le nom de rhumatisme chronique, a été conduit à rattacher à l’artliritis et à décrire sous le nom d’arthritide un certain nombre de lésions cutanées se rapportant en réalité à l’herpétisme.
Les affections herpétiques de la peau se révèlent par
NOSOGRANIIK.
des éruptions superficielles qui disparaissent sans laisser de cicatrices. Ges éruptions, malgré leurs formes diverses, ont une physionomie spéciale et caractéristique qui résulte d’une communauté d’origine, à savoir un désordre primordial du système nerveux.
Le prurit, un de leurs caractères les plus constants, les précède souvent, les accompagne toujours et les suit quelquefois. Ce symptôme consiste, soit en une sensation comparable à celle que détermine la présence d’une multitude d’insectes en mouvement à la surface de la peau, ou en uii sentiment de cuisson semblable à celui qui résulte d’une brûlure superficielle, soit en des sensations de picotements qui rappellent celles que produisent des piqûres d’orties ou d’épingles, ou enfin, en des élancements et des battements désagréables. En général plus marqué la nuit que le jour, il est plus intense si l’éruption est sèche que si elle est accompagnée d’un exsudât, c’est-à-dire humide : ainsi, les démangeaisons sont plus vives dans l’urticaire que dans le psoriasis, dans la période érythémateuse de l’eczéma que dans la période vésiculeuse de cette affection.
La symétrie, signe distinctif non moins important, tient à ce fait que les éruptions herpétiques occupent ordinairement des régions qui se correspondent: l’eczéma dartreux, par exemple, se rencontre sur les parties latérales du cou, derrière les oreilles, sur les joues, les plis du coude, la face interne des deux cuisses. Le psoriasis et la plupart des herpétides sont également symétriques, et cette circonstance est une nouvelle preuve à l’appui de l’origine nerveuse de ces affections.
La mobilité est un autre caractère de ces désordres.
TRAITÉ DE L’IIERI'ÉTISME.
qui souvent ab.Tiulonnenl un point pour reparaître sur un autre, viennent et s’en vont avec la même rapidité, d’où l’idée de répercussion des aflcctions dartreuses si répandue parmi les auteurs du moyen Age. En réalité celte mobilité n’est qu’un efîet de la subordination de ces affections au système nerveux.
Les éruptions herpétiques se manifestent quelquefois dès l’enfance, mais elles se montrent de préférence au moment des grands actes physiologiques de l’organisme : la puberté, la ménopause, la grossesse, ou encore aux changements de saison, et sous l’influence d’une irritation quelconque du derme.
Le début de ces manifestations est tantôt insidieux et lent, tantôt brusque et rapide. Leur marche a lieu par poussées d’une intensité variable, elle est plutôt chronique qu’aiguë. Leur pronostic est bénin en ce sens qu’elles n’ont aucune tendance à la destruction; mais elles sont parfois accompagnées de malaises divers, d’état gastrique et de légers mouvements fébriles, comme les lésions articulaires dont il sera question plus loin.
Le siège des herpétides cutanées n’a rien de bien particulier; cependant ces lésions occupent de préférence la tête et le cou, les orifices naturels, le voisinage des articulations, sans doute à cause de l’abondance des terminaisons nerveuses en ces points. Les éléments éruptifs, aux contours ordinairement sinueux et irréguliers, ont une disposition variable : d’abord isolés et disséminés sur une certaine surface, ils se réunissent ensuite pour former des plaques rosées ou rouges qui se confondent et s’étendent à une ou plusieurs régions du corps. Ils
NOSOGRAPHIE
sont constitués les uns par de simples élevures (urticaire, lichen), les autres par une production abondante de squames (psoriasis, pityriasis, etc.), les derniers enfin par une exsudation séreuse à réaction alcaline tellement faible qu’ils sont plus souvent secs qu’humides (eczéma, pemphigus, etc.).
Ces éruptions, si l’on tient compte de leurs caractères objectifs et de leur mode de terminaison, peuvent, malgré leurs nombreuses variélés, se grouper sous un petit nombre de chefs : éruptions érythémateuses et papuleuses; éruptions squameuses; éruptions vésiculeuses.