QUATRIÈME FAMILLE
Grand’mère, 80 ans. Arthrites déformantes.
Fils, 53 ans. Calvitie, migraines, hémorrhoïdes, eczéma, furoncles, accès de coliques hépatiques, douleurs articulaires.
ÉTIOLOGIE ET
Petite-fille, 35 ans. Névropathe, douleurs très vives aux époques menstruelles, prurit vulvaire, migraines, eczéma, angine granuleuse, etc.
Petit-fils, 20 ans. Asthme nasal, prurit, acné, eczéma.
PATIIOGÉNIE.
Petite-fille, 22 ans. Urticaire, migraines, accès de névralgies avec gonfiement de la face, hjstéralgie.
Arrière-petile-fille, 5 ans. Poussées d'urticaire et de bronchite avec toux quinteuse.
Je pourrais citer les exemples de plusieurs autres familles offrant une succession d’accidents semblables. Dans une de ces familles que je soigne en ce moment même, la grand’mère,âgéede soixante-douze ans, atteinte d’arthrites sèches, a été prise récemment d’accès d’asthme trachéal qui ont cédé rapidement à l’emploi de laquinine; la fille, âgée de quarante-huit ans, a eu des migraines, puis des névralgies, des éruptions eczémateuses des oreilles, des furoncles, des hémorrhoïdes, etc. ; le petitfils, âgé de vingt-deux ans, est traité pour un psoriasis presque généralisé.
D’un autre côté, il est commun de constater l’existence d’arthrites déformantes chez des personnes dont les ascendants étaient simplement migraineux, asthmatiques, ou eczémateux. Les faits de ce genre qu’il m’a été donné d’observer ne sont pas moins nombreux que les précédents. Par conséquent, ce qui se transmet en pareil cas, ce n’est pas telle ou telle affection locale, mais une manière d’être anormale du système nerveux, en vertu de laquelle surviennent des désordres multiples et variés dans 1 organisme. Cette circonstance des plus importantes prouve nettement que le rhumatisme chronique, 1 asthme, 1 eczéma, etc., sont des affections localisées qui ont entre elles un rapport intime, et non pas des entités pathologiques distinctes, et quel’herpétisme au contraire
TRAITÉ DE I/IIERPÉTISME.
^'.onslilLie une espèce nosologique définie. Envisagée de la sorte, l’hérédité de cette maladie est un fait constant, puisque le descendant n’échappe jamais entièrement à toutes les alîeclions présentées par l’ascendant. Ainsi l’herpétisme est une modalité de l’organisation des individus dont il fait en quelque sorte une race à part.
Ce type est susceptible de modifications de la part des agents physiques qui sont capables, soit de l’améliorer, soit au contraire de le faire apparaître, ou de l’accentuer. Nous parlerons plus loin, à propos de la prophylaxie, des améliorations que peuvent lui imprimer les agents extérieurs; ici nous nous occuperons simplement des circonstances étiologiques propres à le modifier dans un sens défavorable, c’est-à-dire des causes adjuvantes ou occasionnelles de l’berpétisme.
II. — CONDITIONS EXTÉRIEURES PROPRES A FAVO- RISER LE DÉVELOPPEMENT DE L ’ H E R P É TIS M E , OU
CAUSES ADJUVANTES
Ces conditions, qu’il faut se garder de confondre avec la prédisposition interne ou héréditaire, se groupent naturellement sous trois chefs : influences climatériques et hygiéniques; influences physiologiques; influences pathologiques.
Influences climatériques et hygiéniques. — Les climats et les saisons ont une action manifeste sur l’apparition des accidents de l’herpétisme. Les pays chauds sont ceux dans lesquels s’observent de préférence les affections cutanées; les pays froids, ceux où prédomi-
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE.
nent les désordres des voies respiratoires. Le printemps, qui pousse aux congestions et aux hémorrhagies, est l’époque de l’année où les épistaxis, les hémoptysies, les hémorrhagies cérébrales même s’observent le plus Généralement, et aussi celle où se manifestent d’ordinaire les éruptions cutanées. Rien n’est plus commun que l’apparition de ces éruptions à chaque changement de saison, mais surtout au moment des grandes chaleurs, à la suite de transpirations un peu abondantes. Ces éruptions sont très variables, revêtent le plus souvent la forme papuleuse ou vésiculeuse, mais quelquefois aussi simplement la forme érythémateuse ou squameuse. Elles sont sèches ou presque sèches, circonscrites ou disséminées sur une grande partie de la surface cutanée, et par fois associées à un mouvement fébrile : dans tous les cas elles sont précédées ou accompagnées de sehsations de picotements, de cuisson, et d’un prurit plus ou moins violent.
La nature de l’alimentation n’est pas absolument indifférente dans une maladie telle que l’herpétisme; mais le rôle que joue tel ou tel aliment n’est pas assez connu pour que nous puissions en parler sciemment. Le régime alimentaire des Chartreux et de quelques autres religieux, dans lequel les légumes secs entrent pour une forte proportion, a été considéré par quelques médecins comme une cause d’athérome artériel; mais outre que ce fait n’est pas prouvé, il y a lieu de remarquer que les personnes qui font partie des communautés religieuses sont en général des gens nerveux, habituellement prédisposés aux lésions de l’herpétisme. Rien ne prouve sûrement qu’un régime spécial puisse engendrer les
TlUITÉ DE L’IIEHPÉTISME.
manifeslalions de riicrpéLisnie, mais, par contre, certains aliments parviennent à provoquer leur apparition. Indépendamment de certains aliments qui peuveni occasionner des éruptions cutanées diverses, l’usage des substances acides, celui du vin en particulier, contribue pour une large part à la production de la dyspepsie si commune chez l’herpétique; les fruits, les soupes et les bouillons gras sont mal tolérés, aussi la plupart de ces substances doivent être proscrites.
Les boissons alcooliques méritent une mention spéciale , car elles sont d’ordinaire mal supportées ; c’est pour ce motif, sans doute, que la plupart des herpétiques ont des habitudes de sobriété. Les cas d’alcoolisme sont rares parmi eux, et ne se rencontrent qu’exceptionnellement; je n’hésite donc pas à dire : ne s’alcoolise pas qui veut.
Le thé et surtout le café sont des boissons excitantes qui non seulement déterminent de l’insomnie et des palpitations chez les névropathes herpétiques, mais qui souvent aussi éveillent ou entretiennent des sensations prurigineuses insupportables et peuvent même provoquer des éruptions cutanées.
Les professions n’ont, dans l’espèce, qu’une influence restreinte; toutefois celles qui exigent une préoccupation incessante de l’esprit, et celles qui ne permettent pas la régularité des repas, contribuent à amener des troubles dyspeptiques de l’estomac. Quelques autres, comme celles d’épicier et de boulanger, peuvent provoquer des éruptions diverses sur les mains ou sur diverses parties du corps. Un petit nombre enfin n’ont aucun inconvénient particulier.
ÉTlOLOGlt; ET PATllOGÉNIE. 271
Influences physiologiques. — Les cliangemenls qui s’opèrenl normalement dans l’organisme et le modifient peu à peu éveillent, dans beaucoup de circonstances, du moins chez les individus prédisposés, des désordres pathologiques qui n’al tendaient qu’une occasion pour se développer. Les manifestations morbides de la plupart des maladies chroniques, celles de l’iierpétisme en particulier, sont de celte façon intimement liées à l’âge, au sexe et aux grandes révolutions physiologiques.
L’influence exercée par l’âge sur les désordres pathologiques de l’herpétisme est tellement importante que, des deux phases présentées par cette maladie, l’une, celle des troubles fonctionnels, appartient presque uniquement au jeune âge, l’autre, celle des lésions matérielles, à la vieillesse. Ainsi, une intime solidarité unit la physiologie à la pathologie, et la maladie n’est en réalité qu’un état physiologique anormal.
Deux époques de la vie, la puberté et la ménopause, ont plus spécialement la propriété d’éveiller les manifestations de l’herpétisme. La puberté est le moment des pertes séminales, et aussi celui où se montrent Tacné de la face et beaucoup d’autres éruptions cutanées, les épistaxis, les hémoptysies, et enfin des désordres nerveux divers tels que migraines et névralgies. La menstruation est d’ailleurs, à tous les âges de la vie, l’occasion d’affections multiples, savoir : éruptions cutanées, migraines, etc. Une jeune femme que je soigne présente à chaque période menstruelle des boutons, des varicosités et des rougeurs du visage qui la défigurent momentanément; une autre de mes malades est prise trois ou quatre jours avant son époque d’une
372 TRAITÉ DE LTIERRÉTISME.
plaque d’herpès sur la région fessière ; une troisième enfin présente à ce même moment une éruption de larges papules au niveau de plusieurs articulations. Celte influence des règles sur les affections de la peau est bien connue des auteurs, dont quelques-uns même lui ont consacré des travaux spéciaux'. Lagrossesseproduitdeseflfets assez semblables, et cela ne doit pas surprendre quand on connaît les modifications qu’elle fait subir au tégument extérieur. L’accouchement peut quelquefois aussi éveiller des lésions cutanées : j’ai vu une jeune femme être prise, sept jours après sa délivrance, d’un pemphigus aigu généralisé qui dura plus de trois mois.
La ménopause, ce moment delà vie où le système sensitif se trouve généralement excité, favorise non seulement l’apparition des éruptions herpétiques, mais encore celle de certains désordres nerveux, tels que goitre exophthalmique, dyspepsie, etc. ; elle est de plus la cause déterminante habituelle des lésions matérielles de l’herpétisme et principalement de l’arthrite déformante et de j’athérome artériel.
Les excès de différents genres et surtout les excès vénériens provoquent souvent aussi, du moins chez les jeunes gens, des troubles divers, notamment du côté des fonctions digestive et circulatoire : dyspepsie, palpitations cardiaques, artérielles, etc.
Influences pathologiques. — Ces influences ont la propriété d’éveiller des manifestations herpétiques nombreuses et diverses. Les affections engendrées par le froid, certains embarras gastriques, la grippe et
1. Dinlos, Élude sur la menstruation au point de vue de son influence sur les maladies cutanées. Paris, 1874'.
ÉTIOLOGIE ET PATIIOGÉNIE.
la plupart des fièvres parviennet dans quelques cas, à provoquer la migraine, les névralgies, l’asthme, l’eczéma et jusqu’aux arthrites.
La névralgie, dans ces conditions, est loin d’être rare, mais sa signification pathologique échappe habituellement. Tantôt en effet, dans la grippe, par exemple, elle est rapportée parerreur à la maladie qui l’occasionne, tantôt au contraire, comme dans l’embarras gastrique, elle constitue pour quelques auteurs toute la maladie, ce qui est également faux. H importe donc de savoir qu’un des meilleurs moyens de combattre ces désordres est de s’adresser d’abord à l’état pathologique qui les a provoqués, après quoi il y a lieu de diriger contre eux une médication appropriée ; le sulfate de quinine est dans l’espèce l’agent qui offre le plus de chances de succès.
g 2. Pathogénie.
Rechercher la nature des manifestations morbides, en démontrer l’unité pathologique et en déterminer la place dans le cadre nosologique, tel est le but de la pathogénie. Ce but, dans l’état actuel de la science, est difficile à atteindre, mais il est bien permis cependant de le poursuivre.
Lorsqu’on envisage les nombreuses manifestations de l’herpétisme, on ne tarde pas à reconnaître qu’un désordre nerveux préside au développement de chacune d’elles. Qu’il s’agisse de névralgie, de spasme, de congestion ou d’hémorrhagie, et même de lésions matérielles telles que arthrite déformante et athérome artériel, tou-