CHAPITRE PREMIER
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La variabilité et la mobilité des manifestations de riierpétisme rendent l’étude de cette maladie particulièrement difficile et délicate, car décrire isolément chacune des affections qui s’y rattachent, c’est mettre le lecteur dans l’impossibilité de saisir la physionomie de l’ensemble, et étudier seulement l’ensemble, c’est risquer de laisser dans l’ombre bien des détails. A notre avis, lorsqu’il s’agit d’un état morbide aussi complexe, il y a intérêt à tracer tout d’abord une esquisse générale de la maladie et à décrire ensuite et successivement ses diverses manifestations : c’est précisément ce que nous allons faire.
Supposons un malade atteint d’herpétisme et suivonsle dans le cours de son existence en le gratifiant de la plupart des affections qui se rattachent à cette maladie, nous aurons de la sorte un type artificiel et, à la rigueur , possible. Dès sa naissance, l’être fictif en question ne diffère pas physiquement des autres en- ‘fants; néanmoins il a des aptitudes morbides spéciales qui ne tarderont pas à se révéler, car, à propos du plus léger accident : un refroidissement, une indigestion,
il sera atteint cTaiïections spasmodiques diverses : accès de faux croup, convulsions passagères des membres, de la tète, etc.
Le faux croup, ou spasme glottique, sorte d’accès d’asthme infantile, affection qui donne le mieux la mesure de la susceptibilité réflexe du système nerveux de l’enfant, est l’une des premières manifestations del’herpétisme. J’ai pu m’assurer de ce fait depuis plusieurs années en interrogeant les parents des enfants atteints de cette affection. A ce premier syndrome s’ajoutent quelquefois d’autres désordres, tels que : incontinence des urines, rêves, agitation durant le sommeil, etc., phénomènes qui persistent pendant plusieurs années et souvent même se continuent jusqu’à la puberté. Alors, le jeune herpétique, en vertu de son excitabilité réflexe, est sujet à des pertes séminales involontaires; il offre une pâleur habituelle, qui par instants fait place à des congestions de la face, a des épistaxis fréquentes, et presque toujours un certain degré de chlorose ou de chloro-anémie. On rencontre souvent, chez les jeunes gens de seize à dix-huit ans, quand surtout ils sont fatigués ou par le travail ou par les excès, des troubles dyspeptiques faciles à combattre, mais qui ne manquent guère de revenir plus tard. Dès cette époque, mais surtout à partir de l’âge de vingt ans, les accidents névralgiques commencent à se faire sentir; ils sont de deux ordres, suivant que le grand sympathique ou les nerfs sensitifs sont en cause, on les désigne généralement sous les noms de migraine, névralgie et viscéralgie. J’aurai à re- ' venir sur ces accidents dont l’intermittence est un des principaux traits distinctifs.
NOSOGRAPHIE
Des éruplions diverses de la peau se manifestent dès les premiers temps de l’existence; l’urticaire est l’une des plus communes, viennent ensuite par ordre de fréquence l’eczéma, le lichen, le psoriasis, etc. Toutes ces éruptions ont pour caractère de coexister avec des désordres de la sensibilité, à savoir : prurit, cuisson ou douleurs. Un peu plus tôt ou un peu plus tard, se montrent la sécheresse de la gorge, l’angine granuleuse, puis les varices, les hémorrhoïdes qui remplacent les épistaxis et les hémoptysies.
Pendant sa première jeunesse, l’herpétique se fait à peine remarquer soit par ses qualités physiques soit par ses qualités morales; mais au furet à mesure qu’il avance dans la vie, sa physionomie s’accentue, ses traits s’accusent : il est ordinairement sec, nerveux, alerte, remuant, actif, s’il ne tombe dans Thypochondrie. L’accroissement n’est pas plutôt terminé que souvent la déchéance commence, car aux affections déjà énoncées s’ajoutent des lésions diverses, et tout d’abord une sorte de pityriasis du cuir chevelu avec atrophie des bulbes pileux, qui finit par la chute plus ou moins complète des cheveux des régions antérieure et supérieure de la tête. Cette calvitie, qui se montre parfois dès l’âge de vingt ans, se distingue par son siège à la partie antérieure et supérieure de la tête, tandis qu’une couronne de cheveux persiste sur la circonférence, à la base du crâne.
Les systèmes osseux et musculaire sont ordinairement développés; par contre, le tissu cellulo-adipeux est peu prononcé ; aussi la plupart des herpétiques sont minces et grêles. L’obésité est rare parmi eux, et lorsqu’elle se
manifeste, c’est en général à un âge avancé, tant à cause de leur organisation spéciale que de la nécessité dans laquelle ils se trouvent de rester sobres. Souvent même l’amaigrissement s’accentue avec l’âge, principalement quand des lésions matérielles se sont produites.
Chacun des désordres pathologiques qui se rattachent à l’herpélisme a son moment spécial d’apparition qu’il importe de signaler : les troubles spasmodiques du larynx et des bronches appartiennent au jeune âge; les migraines, les accès d’asthme, les spasmes vésicaux, les hyperhémies et les hémorrhagies externes, la polyurie et la gravelle se rencontrent principalement dans l’âge adulte; ainsi des désordres surtout dynamiques sont le propre de la croissance et de la virilité. Par contre, des lésions matérielles se montrent vers l’âge de quarante à cinquante ans, alors que commence la période de déchéance organique. C’est dans cette période ou un peu plus tôt que surviennent des lésions articulaires à marche lente et chronique, auxquelles s’ajoutent parfois des poussées aiguës. Ces désordres affectent de préférence les articulations du métacarpe et du métatarse avec les phalanges, celles que ces derniers os forment entre eux, plus rarement les grosses articulations des genoux, du coude, des épaules et de la hanche, souvent enfin la plupart des articulations du corps à des degrés divers. Précédées de sensations douloureuses, d’élancements, de cuisson, de brûlure, ces lésions articulaires sont accompagnées de phénomènes réactionnels locaux au moment des poussées aiguës; mais en dehors de cet état elles se révèlent par une hyperostose des extrémités osseuses au pourtour des surfaces articulaires, par l’usure des carli-
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lages et les craquements qui en sont la conséquence. A ces symptômes s’ajoute encore, dans quelques cas, la présence de corps étrangers, la raideur, la difficulté ou l’impossibilité d’exécuter certains mouvements, et enfin une déformation plus ou moins accusée des extrémités osseuses. Cet ensemble phénoménal est généralement désigné sous le nom de rhumatisme chronique, rhumatisme noueux, arthrite sèche, déformante, etc. En même temps, les ongles des pieds, ordinairement modifiés, présentent des saillies linéaires transversales, des cannelures ou même un épaississement suivi d’une sorte de desquamation et d’une destruction plus ou moins complète.
Les artères, assez généralement affectées de battements dans le jeune âge, deviennent nexueuses, rigides, perdent leur élasticité, et s’élargissent avec les années ; de là une hypertrophie cardiaque plus ou moins accentuée qui se traduit par une impulsion forte, énergique, avec abaissement de la pointe, ou encore par un dédoublement du second bruit cardiaque. Ces désordres vasculaires ont enfin pour conséquence des lésions nutritives des principaux organes, et particulièrement du cerveau et des reins. Ce sont ces diverses lésions qui le plus souvent mettent fin à l’existence de l’herpétique. Alors on constate les différents symptômes de l’ischémie cérébrale, du ramollissement ou de l’hémorrhagie du cerveau, l’existence d’une albuminurie, sinon persistante, du moins passagère et intermittente. Ajoutons que, dans cette phase avancée de l’herpétisme, les affections spasmodiques des voies respiratoires ont disparu et sont quelquefois remplacées par une trachéite qui a pour
TRAITÉ DE L’IIERPÉTISME.
cfîet des quintes de toux opiniâtres, ou par une bronchite chronique ordinairement accompagnée d’une expectoration abondante muqueuse ou muco-purulente.
Telles sont les dilîérentes localisations qui peuvent se montrer dans le cours de l’iierpétisme. Rarement tous ces désordres se rencontrent chez un même individu, car plusieurs d’entre eux peuvent faire défaut. Néanmoins il nous faut reconnaître que, comme la plupart des manifestations des maladies chroniques, celles de Therpétisme présentent dans leur fdiation deux phases distinctes, caractérisées, l’une par des désordres purement fonctionnels et rarement dangereux, l’autre par des lésions matérielles qui Unissent généralement par compromettre l’existence et amener la mort. Nous allons passer en revue d’abord les troubles dynamiques, ensuite les lésions matérielles, ce sera suivre l’évolution de la maladie qui nous occupe.
art. I. — PÉRIODE DES DÉSORDRES FONCTIONNELS OU DYNAMIQUES
Les désordres qui appaiTieiinent à cette phase ont pour point de départ habituel le système nerveux sensitif don l’impressionnabilité et l’excitabilité réflexe sont toujours plus ou moins exagérées chez les herpétiques.
Ces désordres, nous les plaçons en première ligne, d’abord parce qu’ils sont les plus fréquents, ensuite parce qu’ils sont le point de départ assez habituel des troubles mentaux, moteurs ou vaso-moteurs qui viendront ensuite.
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§ 1. — Désordres de la sensibilité.
Les désordres sensitifs, qui tiennentiin rang si important chez l’herpétique, ont pour siège les nerfs du tact, ceux de la sensibilité générale et enfin les nerfs sympathiques; ils consistent en des sensations subjectives diverses de prurit, de cuisson, de brûlure, de douleurs, eic., qui exigent chacune une étude séparée.