PRURIT
Sous le nom de prurit, nous désignons un désordre de la sensibilité de la peau et des membranes muqueuses voisines des orifices naturels, caractérisé par une démangeaison insupportable, passagère ou persistante, sans aucune lésion matérielle appréciable.
Le prurit est généralisé ou circonscrit. Généralisé, il s’étend à une grande partie de la surface du corps et se manifeste par des sensations subjectives de picotements et de démangeaisons qui irritent et agacent au point de faire frissonner et d’obliger à se gratter, d’abord faiblement avec le bout du doigt et ensuite plus énergiquement avec les ongles, des corps durs et acérés, jusqu’à déchirer l’épiderme et le derme. Au bout d’un certain temps, celui-ci rougit, se tuméfie, devient le siège de sensations de chaleur, de cuisson ou de brûlure qui finissent par s’apaiser pendant un moment, mais pour reprendre bientôt après, avec une nouvelle intensité, et cela pendant des heures entières. Le seul phénomène objectif consiste en des raies noirâtres, plus ou moins
TRAITÉ DE L’IIERPÉTISME.
longues, produiles par du sang coagulé à la suite delà déchirure opérée par les ongles.
Circonscrit, et c’est le cas le plus ordinaire, le prurit se localise de préférence aux parties génitales chez la femme et à l’anus chez l’homme. Le prurit des partiesgénitales se fait sentir principalement à l’approche des épocpies menstruelles, sur la face interne des lèvres, la membrane muqueuse vaginale et le clitoris. Le besoin de se gratter est tellement impérieux que les ma lades ont recours aux moyens les plus violents pour combattre la démangeaison. L’accès de prurit n’en persiste pas moins pendant une demi-heure, une heure et plus, puis disparaît insensiblement; une violente brûlure, une sensation de chaleur dans les parties sexuelles, la rougeur et l’exagération de sécrétion de la muqueuse en sont les suites ordinaires. Que les attouchements auxquels se livrent les malades sur cette région spéciale puissent faire croire à l’onanisme ou à la nymphomanie, la chose est facile à concevoir; aussi certaines femmes vraiment chastes éprouvent -elles de cruels remords sous le poids de ces préoccupations fautives, et cependant cette manifestation n’est en aucune façon l’expression d’un désir déréglé, de l’excitation sexuelle. Si cet état vient à durer pendant un certain, temps, la membrane muqueuse vulvaire, hyperhémiée, s’épaissit, prend une teinte noirâtre; celle du vagin, d’un rouge foncé et chaude au toucher, sécrète un muco-pus plus ou moins abondant et crémeux.
Le prurit anal, le plus souvent lié à une dilatation des veines rectales et à une fluxion hémorrhoïdaire, donne lieu aune sensation extrêmement pénible et gênante;
NOSOGRAPHIE
mais il est moins grave et a moins d’inconvénients que le prurit vulvaire.
Qu’il soit généralisé ou circonscrit, le prurit se fait sentir aux changements de saison et principalement lorsque le froid commence; il disparaît pendant la saison chaude, alors que la peau transpire facilement; il est intermittent, cesse et reparaît,' cela pendant des années, au point d’altérer la santé générale et de troubler la nutrition. Le soir est le moment où il se manifeste, ou encore la nuit, sous l’influence de la chaleur du lit; aussi est-il une cause d’insomnie et de fatigue physique et morale.
Ce désordre n’est pas spécial à l’herpétisme, il se rencontre dans la goutte avec des caractères assez peu différents, mais alors il n’est pas aussi particulièrement localisé aux parties génitales et à l’anus.