‹ Traite de lithographieChapitre 20 sur 63 · PRESSE LITHOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

PRESSE LITHOGRAPHIQUE

inventée par M. de la Morinière , officier du génie maritime (i).

« Dans la plupart des presses lithographiques, la pierre, au lieu de rester fixe « sur le sommier, est placée sur un chariot qu'on fait avancer sous le rafeau. « Cette disposition a plusieurs inconvéniens. En effet, quelque petite que soit « la saillie du rouleau portant le chariot au-dessus des coulisses, le bout de la « pierre du côté du moulinet se trouve toujours un peu soulevé au commen- « cernent du tirage.

« Lorsque le râteau est au milieu de sa course, la pierre est à peu près hori- « zontale; mais à la fin del'opéralion la partie soulevée porte, à son tour, sur « les coulisses, pendant que l'autre extrémité est parvenue sur le rouleau.

o M. de la Morinière, ayant remarqué que les oscillations de la pierre sous le « râteau, qui est parfaitement fixe, nuisaient à la netteté du tirage, la pression « n'étant pas égale sur tous les points de la surface et occasionnant souvent la a rupture des pierres, a eu l'idée de faire construire une presse exempte de ces « défauts.

« La pierre Q ( Pl. xn, fig. 1 ) est immobile sur le sommier B, et le râteau F est « maintenu par un boulon comme à l'ordinaire; mais comme il doit parcourir « toute l'étendue du châssis C, quand il est rabattu sur la pierre, il e9t réuni à « un chariot très solide E, qui chemine le long d'une forte barre D, garnie de « fer, au moyen de lanières de cuir G , qui s'enroulent sur un moulinet H, muni « d'une manivelle I. Cette barre est disposée de manière que sa face inférieure, « qui appuyé sur le chariot, est toujours parfaitement parallèle à la surface de la « pierre; elle se trouve solidement arrêtée à ses deux extrémités par deux « étriers J, K, sur lesquels appuyent deux leviers L, M, dont les bras les plus « longs sont abaissés par l'intermédiaire de deux bielles en fer O, O, fixées à la

(i) Elirait du bnllelin de la Société d'enconraçement , >5* année ( i8a6), p. 3oi.

« pédale P. Comme on peut faire varier à volonté les points d'appui des leviers « L, M, sur les bielles N, N, et la longueur des bielles O, O, qui les font bais- « ser, il est aisé d'approcher ou d'éloigner le râteau d'une quantité aussi petite « qu'on le désire.

« Quand on veut manœuvrer la presse, on commence par relever la barre et « le châssis garni de peau , dans la position indiquée par des lignes ponctuées. « Pour cet effet la barre tourne sur un boulon S de l'étrier postérieur R; elle est « aidée dans son mouvement ascensionnel par un contre-poids suspendu à une « corde F, passant sur une pouli™ attachée au plafond ou au mur de l'atelier. « Apres avoir encré la pierre et l'avoir couverte de la feuille à imprimer, on rabat a k la fois le châssis et la barre, réunis l'un à l'autre par une petite corde *, et « on arrête la barre par un mentonnet a, fixé à l'étrier J. On donne alors la « pression en appuyant sur la pédale P; et, tournant la manivelle 1 du moulinet « H fixé au boHt de la barre, on fait parcourir toute l'étendue de la pierre au « râteau.

o Une semblable presse, mais exécutée sur une plus grande échelle, est étan blie au ministère de la marine où elle sert à tirer des planches de plus d'un « mètre carré.

Construction.

« A (Pl. xir , Fig. 1 ), bâtis de la presse; B sommier; C, châssis garni de cuir sur a lequel passe le râteau; les bouts des tringles longitudinales sont taraudés et re- « çoivent des écrous, au moyen desquels on j>eut tendre le cuir; D, forte barre « de bois ferrée sur ses quatre faces, et qu'on abat sur le châssis; E, chariot qui a glisse le long de la barre et se trouve arrêté au bout de sa course par un petit •< butoir; F, râteau; G, courroies ou sangles qui tirent le râteau; H, moulinet « sur lequel s'enroulent ces courroies; I, manivelle; J, J, étrier de devant qui « retient la barre D ; R, R, étrier de derrière, sur lequel tourne la barre; L, le- « vier qui fait baisser cet étrier; M, autre levier qui tire l'étrier J , J ; N, N, biel- « les percées de trous pour faire varier les points d'appui des leviers; O, O, O, « autres bielles pour régler le degré de pression; P, pédale sur laquelle l'ouvrier « appuyé pour opérer la pression ; Q, pierre posée sur la presse; a, a , meriton- « net de l'étrier J, J; 6, poulie sur laquelle passe une corde c, portant un « poids d, pour tenir la pédale élevée; c, corde qui réunit le châssis C à la barre « D;/, autre corde chargée d'un poids et destinée à tenir la barre D soulevée; ■ S"»;?» galels du chariot E; /', boulon qui réunit les bielles O, O, â la pédale;

« X, broches de fer qui déterminent sur les bielles précédentes le degré de « pression que l'on veut obtenir; m, trou percé dans la barre D et dans lequel a passe le mentonnet a; n, vis servant à régler la hauteur de la peau du châs- « sis au-dessus de la pierre; o, écrous pour tendre la peau \y, butoir qu'on place « dans les trous de la barre D pour arrêter la course du chariot E, et la régler « suivant les dimensions de la pierre; il y en a un semblable du côté de la bar- « re: l'un et l'autre sont munis d'une vis pour obtenir le degré d'écartement né- « cessa ire. »

Observations.

Cette presse occupe peu de place : elle est d'une construction simple, et d'un mouvement prompt et facile. Elle pourrait être utilement employée par de simples amateurs ou par des administrations qui ne font que des tirages peu importans; et aussi pour l'impression de planches à l'encre, exigeant peu de pression. Car je suis persuadé que sous un effort considérable et pour un tirage qui aurait lieu sur une grande pierre, le mouvement de la manivelle serait trop dur, surtout en arrivant vers la fin de la course, où l'arbre se trouverait considérablement grossi par plusieurs tours des deux sangles qui tirent le chariot. On pourrait facilement obvier à cet inconvénient, en remplaçant la manivelle par un moulinet; mais cette disposition rendrait la barre trop lourde et trop embarrassante à manier; d'autres causes encore s'opposeraient au tirage de grandes pierres, sous une forte pression. Le sommier n'étant soutenu qu'aux quatre coins, pourrait fléchir au milieu: ce qui entraînerait la rupture de la pierre; le même accident arriverait si le sommier venait à se déjeter. La barre elle-même, à moins de la faire très-lourde, doit fléchir un peu, et la pression être plus forte aux extrémités qu'au milieu. Tous ces iuconvéniens n'ont point lieu sur les presses où la pierre, placée dans un chariot, passe sous le râteau. Les mouvemens sont alors parallèles et la pierre est soutenue immédiatement au-dessous de la pression du râteau par un gros rouleau qui forme un point d'appui parallèle à la pierre. Quant aux oscillations du chariot d'une presse à moulinet, que M. de la Morinière redoute, elles sont nulles ou si douces, qu'elles ne peuvent avoir aucune influence sur les épreuves.

Le mécanisme pour hausser et baisser le râteau, et augmenter ou diminuer ainsi la pression, est trop compliqué. Il faut chaque fois déplacer quatre chevilles ou boulons, dont deux sont situés sous la presse et assez mal commodes à atteindre, On ne réussira jamais au premier coup à les placer parfaite-

ment juste, et de manière que la pression soit convenable et uniforme d'un bout de la barre à l'autre. Ce ne sera qu'après plusieurs tàtonncmcns, qui occasionnent une perte de temps, qu'on réussira à la régler comme il faut.

Je ne pense pas que cette presse pût durer longtemps sans réparations, si elle était placée dans un établissement où elle serait soumise à un travail continuel. Toutes les parties qui la composent ne me paraissent pas susceptibles de résister à un effort constamment répété. Les galets de petite dimension qui roulent le long de la barre et soutiennent tout l'effort de la pression, seraient surtout promptement usés. Ce n'est que comme système particulier que je donne cette presse et pour en compléter la série; mais, telle qu'elle est, je ne conseillerai à aucun établissement de l'employer.

PHESSK PORTATIVE d'aLOYS SEWEFELDER.

A l'époque où Senefeldcr se rendit à Paris pour y fabriquer et vendre ses cartons lithographiques, il offrait en même temps au public une petite presse portative ayant la forme d'un nécessaire de voyage. Il avait annoncé que ce petit appareil serait d'une grande utilité aux maisons de commerce et aux voyageurs, pour multiplier, par le moyen de l'authographie , des circulaires, des avis, etc. Il en vendit un grand nombre; mais malheureusement pour ceux qui s'en procurèrent, ils ne purent s'en servir. Ce n'est pas qu'entre les mains d'un lithographe expéri inenté, il n'eût été |>ossible d'en obtenir de bonnes épreuves, en se servant toutefois d'une pierre au lieu de son carton; mais ces acheteurs n'étant pas généralement au fait des procédés lithographiques et n'ayant jamais acquis la pratique de cet art, se trouvèrent arrêtés à chaque instant par des incidens nouveaux auxquels ils ne savaient pas parer. Aussi cette presse se lrouve-t-e)le sans utilité aujourd'hui; mais comme il en a été beaucoup parlé dans le temps, je pense être agréable à mes lecteurs en leur en donnant la description , qui d'ailleurs ne sera pas longue.

Construction.

Cette presse se compose d'une boîte ou caisse en bois a (Pl. xu,Jig. 2), qui renferme tout le mécanisme. Son couvercle b, est à charnières, et se rabat en arrière, où il repose alors sur le support c. Il porte deux liteaux J, d, dans lesquels entre à coulisse la planche e, sur laquelle on fixe le papier ou carton servant de planche/; g, châssis s'ouvrant à charnière sur le côté. 11 fait les

fonctions de tympan, et porte le cuir A, qui est fixé par un bout sur ce châssis, et par l'autre, sur une traverse en bois l, qui sert à le tendre au moyen des deux vis à bois le, k. Une manivelle /, montée sur l'axe de fer ///, opère l'allée et Ja venue du râteau en bois «, à l'aide de trois lanières ou sangles o, o, et o ; les deux premières, attachées au râteau, sont destinées à le faire marcher de gauche à droite, pour opérer le tirage de l'épreuve, en s'enroulant sur l'axe m. La sangle du milieu o', qui s'enroule en sens inverse et passe au fond de la boîte sur deux tiges de fer p,p, est fixée sur la semelle q du râteau, et ramène celuici de droite à gauche, quand on détourne la manivelle, après que l'épreuve est tirée. La semelle q, qui porte le râteau n, glisse à frottement sur le fond de la boite, qui doit être graissé. I,a pression s'opère au moyen du levier r, dont les deux branches mobiles dans les supports s, s, viennent s'appuyer sur la traverse de fer t fixée sur le couvercle. L'extrémité de ce levier s'engage sous le. crochet tournant tt. La patte à crochet c, qui forme le support du couvercle lorsqu'il est ouvert , sert à le soulever lorsqu'il est fermé.

Usage.

On commence par déployer le levier r, le couvercle b et le châssis g. On encre la planche/, on ferme ensuite le châssis g, et on pose dessus la feuille de papier qu'on veut imprimer. On rabat le couvercle b sur ce papier et on le serre contre le râteau au moyen du levier r, qu'on arrête en tournant le crochet «, et on fait agir la manivelle. Le râteau «, tiré d'un bout de la boite à l'autre, presse successivement le cuir et le papier contre la planche lithographique, et produit l'épreuve. lorsque le tirage est achevé, on soulève le couvercle et on retire l'é-. preuve. On ouvre le châssis , et enfin on ramène le râteau à l'extrémité opposée de la boite, en détournant la manivelle.

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