PRESSES ANGLAISES
Constitu tion de la première presse.
A (Pi. xiii, Fig. I }, table sur laquelle la presse est dressée. B, B, montans de la presse, fixés sur cette table par les pieds C. A leur partie inférieure est fixé le sommier D, qui porte deux coussinets E, E, sur lesquels repose l'arbre F. Au milieu et entre les deux coussinets, cet arbre porte un cylindre G qui a une entaille, et engrène par ce moyen avec la pièce II, de manière à former ensemble un mouvement de leviers excentriques qui agissent en tournant ,
et destiné à soulever la pièce I, qui porte le cylindre K. Lorsqu'on abat le levier L, fixé à l'extrémité de l'arbre F, les pièces se trouvent dans la position indiquée par des lignes ponctuées, fig. 2, et la pièce H repose sur celle G par sa partie concave M; de manière à rester en repos pendant le tirage, et jusqu'à ce qu'où relève le levier L dans sa position primitive. N, manivelle adaptée au cylindre K., et qui sert à faire avancer le chariot au moment de la pression. O, O, coulisses qui supportent le chariot P. Q, châssis. R, porte-rateau à coulisse sur les montans B, et soutenu par la vis de pression S qui traverse l'écrou T. U, U, colonnes qui supportent les extrémités des coulisses O, O.
Manœuvre.
Lorsque l'imprimeur a encré la pierre, posé la feuille de papier et fermé le châssis, il pousse de la main gauche le chariot sous le râteau jusqu'au point où la pression doit commencer. Jusques-là le charriot est libre dans son mouvement, puisqu'il glisse simplement sur les coulisses O, O, et ne touche pas le cylindre K qui se trouve à quelques lignes au-dessous du niveau de ces coulisses. Alors l'ouvrier abat le levier L, avec la main droite. Par ce mouvement, l'excentrique adaptée sur l'arbre F fait élever le support I, et avec lui le rouleau K, dont l'axe tourne dans deux coussinets W, W, fixés sur ce support. Ce rouleau élevant à son tour le chariot, presse la pierre contre le râteau X. L'impri» meur tourne alors la manivelle N, jusqu'à ce que le chariot soit arrivé au point où la pression doit cesser; puis il relève le levier L, et, en saisissant le chariot par la poignée Y, il le ramène à sa place. On remarquera que dans cette machine , . le chariot n'est mu ni par une sangle, comme dans les presses à moulinet, ni par une crémaillère, comme dans celle de M. Naumann. U n'est sollicité en avant que par la simple différence entre le frottement du cylindre qui touche le fond du chariot et du râteau appuyé sur le cuir. Celui-ci étant graissé, glisse plus facilement sous le râteau que ne pourrait le faire le fond du chariot sur le cylindre, dont on a rendu à cet effet la surface rude en y creusant de légères cannelures en longueur.
Construction de la seconde presse .
A (Pl. xiv.), table qui supporte la presse. B, B, montans en fonte fixés sur le plateau O. C, C, traverses qui supportent le charriot. D, chariot soutenu par les ressorts E, E, de manière à passer sur le cylindre qui se trouve audessous, sans le toucher lorsqu'on le pousse sous le râteau. Ce n'est qu'au
moment où on donne la pression, que les ressorts cèdent, et qu'il vient alors s'appuyer sur le cylindre. F, châssis. G, râteau, mobile dans les coulisses H, H, pratiquées dans les mon tans B, B, et soutenu par la vis 1, dont l'écrou est formé par une pièce K, mobile à coulisse dans la traverse L. Cette pièce est liée au moyen d'un mouvement excentrique au levier M. N, manivelle fixée sur l'axe d'un cylindre qui fait résistance à la pression. Ce cylindre est légèrement cannelé comme celui de la presse (Pl. xm), afin d'entraîner le chariot par son mouvement, sans le secours de sangle ni de crémaillère.
Manœuvre.
L'imprimeur, après avoir encré la planche, y pose le papier, ferme le châssis et le pousse sous le râteau, en le faisant glisser sur les supports C, C. Alors il abat le levier M pour donner la pression, fait tourner la manivelle N, jusqu'à ce que la pierre soit parvenue au point où la pression doit cesser : puis d'un coup de main il relève le levier M qui prend une position verticale.
Observations.
Ces deux presses ont toute la légèreté qui caractérise les machines construites en fer. Il s'y trouve des mouvemens ingénieux et des formes bien combinées , qui indiquent qu'elles ont été exécutées dans un pays où on a l'habitude de ces sortes de travaux. Si telles qu'elles sont, elles ne présentent pas la réunion de toutes les dispositions désirables pour leur usage, si on leur trouve encore quelques défauts, auxquels il ne serait pas difficile de remédier, les constructeurs de presses y trouveront bien des idées simples et ingénieuses, qui pourraient leur être fort utiles dans d'autres combinaisons.
On reproche à la presse, Pl. xm, de manquer de solidité. Il paraît que la machine remue par l'encrage; mais on pourrait remédier à cet inconvénient en remplaçant les colonnes l . I , par des supports plus solides, et en donnant plus de force aux pieds de la presse C, C. Le même défaut ne se rencontre pas dans la presse, Pl. xiv, dont les montans ont une forme qui leur donne une grande solidité; mais j'y trouve un autre inconvénient : c'est que le chariot, étant placé sur quatre ressorts, doit céder plus ou moins aux efforts que fait l'imprimeur pour encrer la piene, et elle doit présenter par là une mobilité gênante. Sous ce rapport , le système de pression de la première nie paraît préférable, en ce qu'il dispense des ressorts qui, outre la mobilité du chariot, ont encore l'inconvénient de se relâcher ou de casser s'ils ne sont pas très-bien faits, et d'exiger
de fréquentes réparations. Il manque aux deux presses des butoirs qui fixent le commencement et la fin de la course du râteau; et l'imprimeur est obligé de chercher ces points à tâtons, ou de se contenter d'une marque à la craie sur le cuir. Un autre défaut que présentent ces machines, et surtout la seconde, d'est que leur pression n'a aucune élasticité, et pour peu qu'une pierre ne fût pas parfaitement parallèle, il serait impossible de l'y imprimer. Je ne pense pas non plus que ces machines offrent une pression suffisante pour des planches au crayon. Elles ne paraissent pas non plus construites pour ces sortes de tirages, et sont spécialement destinées à de petites planches dessinées à l'encre.
PRESS h DE MM. FRA.ICÇOIS JEUNE ET BEXOIST , A. TROYIS.
Extrait du Bulletin de la Société d encouragement , 27» année, p. 356.
« Le quatrième concurrent qui a pris pour de vise, j'aurai du moins l'honneur « de'Vawir entrepris, est de tous celui qui a le plus approché du but. Il a fait « une heureuse application du cylindre employé dans les presses de la grâce vureen taille-douce. La commission, qui a vu fonctionner cette machine, a « constaté qu'elle peut donner au moins cinq épreuves par minute (i), en im- « primant alternativement à droite et à gauche; mais la commission ne doit pas « laisser ignorer que M. Séb. Lenormand a déjà eu l'idée de substituer au râteau « un cylindre en fer, qui , entre autres avantages, présente celui de n'agir sur le « cuir, sur le papier et sur la pierre que par simple pression. On trouve dans « les Annales de l'industrie, tome XIII, page 175, la description d'une presse à « cylindre, que M. Lenormand fit construire en 1817 et dont on obtient les a résultats les plus satisfaisans.
« Mais la Société n'a pas demandé par son programme une invention nouç. velle, elle n'a voulu qu'un emploi plus parfait du système déjà essayé. D'a- « près ces considérations la commission propose d'accorder au concurrent, « M. François jeune, mécanicien de Troyes, un encouragement de 1200 fr. et « de publier sa description et le dessin de sa presse par la voie du Bulletin.
(i) Dans le» considérations générales qui se trouvent au commencement de ce chapitre, j'ai estimé à ao secondes le temps nécessaire à humecter et encrer la pierre, a poser le papier et à l'enU Ter. Si donc en présence de la commission, un ouvrier n'a mis que 12 secondes à tirer une épreuve , il • réduit ce temps de moitié par une adresse particulière cl un travail excessif, qu'il n'aurait pu soutenir toute une journée, et non par la perfection de la presse.
Extrait du Bulletin de la Société d 'encouragement, 28e année, p. 80.
« Les presses employées dans la plupart de nos établissemens lithographi- « qucs diffèrent de celles des imprimeurs en taille-douce et des presses typo- « graphiques, en ce que la pression, au lieu de s'exercer entre deux cylindres a ou au moyen d'une platine qu'une vis fait descendre sur la planche, s'exerce « par le frottement d'un râteau attaché à un chariot qu'on amène à l'aide de « cordes enroulées sur un treuil (i). Ce râteau appuyé fortement, par l'effet d'un a levier, sur un cuir tendu dans un châssis et qu'on rabat sur la pierre. Cette « précaution a été jugée nécessaire pour éviter la rupture des pierres, qui doi- « vent être assujetties d'une manière invariable et parfaitement de niveau; mais « ces presses sont d'une manoeuvre longue et fatigante, et le râteau étant sus- «'ceptible de se déranger, il en résulte une perte de temps et des inégalités de « pression qui peuvent produire de mauvaises épreuves.
« Pour remédier à ces inconvéniens, la Société d'encouragement proposa eu « 1826 un prix de 2100 fr., pour celui qui lui présenterait une presse à laquelle « une puissance mécanique quelconque pourrait être appliquée et qui procu- « rât économiquement un tirage au moins aussi parfait que celui obtenu par « des ouvriers adroits des presses à bras actuellement en usage.
« MM. François et Benoist, auteurs de la presse dont nous allons nous oc- « cuper, n'ont rempli qu'une de ces conditions; mais la Société ayant recona nu qu'ils avaient fait une heureuse application du cylindre employé dans les « presses en taille-douce, leur a décerné un encouragement de 1200 fr. dans sa a séance générale du 3 Décembre 1 828.
« A (Pl. xv ), bâtis de la presse, qu'on peut construire en bois ou en fer; B, « cylindre inférieur en bois, porté par deux coussinets sur les grandes traver- • ses supérieures du bâtis; C, roue en fonte de quatre-vingts dents, fixée sur « l'axe du cylindre B; D, chariot en bois, garni en fer; il s'appuye sur le cylin- « dreB, et reçoitla pierre lithographique; E, E, E, roulettes àgorge du chariot, « qui cheminent sur des tringles a, «, établies sur le sommier de la presse;
■ F, F, F, étriers adaptés aux quatre angles du chariot à travers lesquels pas- « sent les axes G, G, des roulettes; H, cylindre de pression, qu'on peut faire en
■ carton ou en fonte de fer; I, I, supports en fonte fortement assujettis sur le
( i ) C'est une erreur , jamais le râteau n'est attaché au chariot.
« bâtis par des boulons à écrous; l'un de ces supports reçoit l'axe de la mania velle. Indépendamment du mouvement de rotation, le cylindre de pression « peut prendre entre les supports un mouvement vertical, qui se règle sur l'é- « paisseur des pierres; J, pont faisant saillie en dehors du bâtis et portant le « coussinet de l'axe de la manivelle K; L, rouleau en bois dont l'axe tourne sur « des coussinets en cuivre è, qui peuvent monter et descendre entre deux cou- « lisses c, c; M, peau de veau suffisamment épaisse, cousue ou lacée et enve- « loppant le petit rouleau L, et le cylindre H, de manière à former manchon; « N, deux vis d'ajustage sur lesquelles s'appuyent les coussinets du rouleau, et « qui servent à élever ou baisser ce rouleau pour donner à la peau une ten- * sion plus ou moins forte; O, roue en fonte de fer de 33 dents, montée sur « l'axe de la manivelle K; elle engrène avec la roue C du cylindre inférieur B, « et transmet à ce cylindre le mouvement qu'elle reçoit de la manivelle. P, « étriers qui tiennent suspendu le cylindre de pression H; leurs tiges filetées « passent dans les talons de la traverse Q, sur lesquels elles s'appuyent au « moyen des écrous U; en serrant ou en desserrant les écrous, on règle la position a du cylindre d'après l'épaisseur de la pierre; Q; traverse servant à maintenir « l'écartement des supports I, I, et à recevoir les tiges des étriers P; un système « de roues d'engrenage est placé à l'extrémité opposée à la manivelle, pour trans- « mettre au cylindre supérieur H, le mouvement imprimé à celui inférieur B; « deux de ces roues sont fixées sur les axes des cylindres; deux autres roues in- « termédiaircs sont disposées de telle sorte qu'elles suivent le mouvement verti- « cal du cylindre H, sans cesser d'engrener; leur objet est de faire tourner le « cylindre de pression quand il ne se trouve pas encore ou ne se trouve plus en « contact avec la pierre; S, pierre lithographique indiquée ici dans les plus « grandes dimensions usitées; T, deux brides de pression suspendues aux axes « du cylindre II ; elles portent à leur extrémité inférieure des étriers d, suspen- « dus par des vis e, de manière à pouvoir allonger ou raccourcir les brides, sui- « vant l'épaisseur de la pierre. Deux grands leviers de pression Z, Z, mobiles « sur des boulons/,/, passent dans les étriers; V, troisième levier de pression « mobile sur l'axe gt\ X, barre ronde de fer, dont les bouts, taillés en gorge, « s'appuyent sur les extrémités des leviers Z, Z; c'est sur le milieu de la lon- « gueur de cette barre que vient presser le troisième levier V; Y, poids en « fonte de fer de 10 kilogrammes , dont on peut varier la position à volonté, « pour faire appuyer plus ou moins le cylindre H, sur la pierre.
Manœuvre de la presse.
« Après avoir placé sur le chariot la pierre dessinée et l'avoir ajustée pour « que sa surface soit bien horizontale, on élève, d'après l'épaisseur de la pierre « et au moyen des étriers P, le cylindre de pression II, de manière qu'il puisse « appuyer de tout son poids sur la pierre; ensuite on règle les brides T, et les « étriers d, afin de faire prendre aux leviers Z, Z, une position horizontale, et « on tourne la peau M autant qu'il est nécessaire pour que la couture ne vien- « ne pas en contact avec la pierre, quand cette dernière se présentera sous le « cylindre de pression.
« Il est à observer que le chariot à dû être amené préalablement à l'aide de « la manivelle, soit à droite, soit à gauche du cylindre de pression; en sorte que « ce cylindre se trouve suspendu uniquement sur les deux étriers P, et laisse a ainsi à découvert la partie du chariot sur laquelle la pierre doit être placée.
« L'imprimeur, ayant mis l'encrier vis à vis de la manivelle, mais à une dis- « tance qui ne puisse gêner la manœuvre, prend de l'encre avec son rouleau et « le passe sur la pierre d'après le mode usité. La pierre étant encrée, il pose « dessus une feuille de papier et fait tourner la manivelle pour amener le cha- « riot sous le cylindre de pression.
« On conçoit qu'au moyen des deux roues dentées C et O, le mouvement est a donné au cylindre inférieur B, et que ce cylindre le transmet au chariot qui « appuyé dessus et au cylindre de pression H, par l'intermédiaire des engrène nages placés sur les deux cylindres.
« Dans cette opération , le cylindre de pression tourne d'abord par ses toua niions sur les étriers P; mais aussitôt qu'il se trouve en contact avec la pier- « re, il la comprime de tout son poids, aidé par celui suspendu au levier V, qui a fait baisser les leviers V et Z.
« La pierre étant parvenue à l'autre coté du cylindre, l'imprimeur arrête son a mouvement; il enlève la feuille imprimée, encre de nouveau, met une autre « feuille et ramène le chariot en tournant la manivelle en sens contraire. Il « opère ainsi alternativement à droite et à gauche, c'est-à-dire que dans une « allée et venue il imprime deux feuilles.
« Cette presse, dont la manœuvre est moins fatigante que celle des presses à . « râteaux, est susceptible d'être appliquée au tirage des registres par l'emploi « du tympan de la presse typographique ; elle a l'avantage de ne pas faire ba- « vocher l'encre, et donne 2500 bonnes épreuves dans un travail de douze heu-
« res (i). On la voit en activité chez M. Mantoux, imprimeur-lithographe, rue a du Paon-St-André, n° 1 , à Paris. Son prix est de 1 100 fr. pour le format carré « et de 1 200 fr. pour le format dit nom de Jésus.
Extrait du Bulletin de la Société a* encouragement, 29e année, p. 455.
a La troisième presse présentée au concours, est de MM. François jeune et « Benoist , qui , en 1 828 , ont déjà reçu de la Société un encouragement de 1200 ■ fr. pour une machine de même genre, où la pression était exercée par un cy- « lindre. C'est le même agent de pression que ces habiles mécaniciens emploient « encore, sans que ce soit le même mode. La différence importante qui existe « entre la nouvelle machine et l'ancienne, consiste en ce que le cylindre qui « produit l'impression, ayant un mouvement plus lent que celui que lui com- « tnuniquerait la pierre, s'il était entraîné par elle, il agit à la fois comme cylin- « dre et comme racle. On aperçoit facilement de quelle importance peut être « une disposition qui permet de combiner entre eux ces deux moyens, dont les a effets ont été appréciés séparément, et de conserver la possibilité d'admettre les « rapports les plus variés dans la quantité d'action qu'on peut demander à cha- « cun : cette idée féconde a produit les plus heureux résultats. Des épreuves « de la plus grande beauté sont sorties de cette presse, dans des essais variés « et répétés bien des fois.
« Votre commission, Messieurs, a dù apporter les plus grands soins dans « l'examen de cette machine, et une sorte de défiance, en raison de ce que la « simplicité de sa construction et de son mode d'action présentait une combi- « naison plus séduisante pour l'esprit, et faite pour avoir déjà été essayée bien « des fois. C'est à l'expérience qu'elle a dù demander des lumières, d'après les- « quelles elle a porté le jugement qu'elle vient soumettre à votre approbation. « Des préjugés existaient contre l'emploi de cette machine, et ils étaient un « ]>eu justifiés par la manière dont fonctionne, dans certains cas, la presse des « mêmes mécaniciens, pour laquelle vous avez jugé ne devoir accorder qu'un •• encouragement. Cette première presse, qui tirait très-bien et très-rapidement « l'écriture, s'était montrée avec infériorité dans le tirage des dessins. 11 était « donc d'une grande importance de soumettre , sous ce rapport, la nouvelle
(i) A raison de 5 épreuves par minute, îa heures de travail donneraient 36oo épreuves. Puisque ' la commission n'en cite ici que a5oo , ce serait déjà une preuve que Fourrier ne peut soutenir une journée entière le tirage de 5 épreuves par minute, qu'il a fait en sa présence.
« presse aux expériences les plus rigoureuses, et votre commision n'a négligé « aucune des exigences qu'elle a pu exercer. C'est ainsi que diminuant de plus « en plus les maculatures, on est parvenu a ne tirer qu'une simple feuille de « papier, qui a donné une épreuve d'une beauté remarquable et qui n'a laissé « de doute que sur le degré de supériorité qu'elle pouvait avoir comparative- « ment à celles tirées dans les conditions ordinaires. Des pierres portant des a dessins de genres très-variés, depuis les plus riches, les plus recherchés, les a plus délicats en travaux, jusqu'aux plus simples croquis, ont été placées sous la
* presse et tirées dans des positions variées, sans qu'aucune disposition parti- « culière fût prise dans les différentes parties de la machine : à tous ces genres « d'examens, la presse de MM. François et Benoit! à répondu par les produits « les plus parfaits.
« C'est dans l'impression de l'écriture que la presse de MM. François et Be- « noist a offert la supériorité la plus marquée sur celles présentées au con- ■ cours, et la commission est restée convaincue qu'un ouvrier, assisté d'un en- « fant qui mouille les pierres et lève les feuilles imprimées, peut obtenir des « produits doubles de ceux que l'on obtient avec les autres presses.
« La presse à cylindre s'applique également bien à l'impression en taille-dou- « ce, et la possibilité de son emploi pour la typographie, a été démontrée à la « commission , par les expériences faites en sa présence, par un de nos plus ha- « biles imprimeurs, M. Rignoux.
a Cette machine, dont l'exécution entièrement en métaux, n'est pas moins « louable que la sagesse et la simplicité de sa composition, présente pour carac- « tères particuliers.
« 1° Une pression par cylindre, mais avec frottement à quantité variable, « ainsi que nous l'avons dit plus ltaut.
« 2° La suppression complète des cuirs et châssis et par cela même une gran- « de amélioration pour sa manœuure.
a 3° Une pression qui se règle suivant tous les besoins, et reste invariablement « fixée, sans exclure le tirage des pierres inégales d'épaisseur.
« 4° Une diminution si grande dans la dépense de force nécessaire pour la « faire agir, qu'un ouvrier peut, avec une grande facilité, tirer des épreuves qui
* sur les presses à racles exigent le concours de deux hommes.
« 5° D'être à simple effet, c'est-à-dire que le chariot qui porte la pierre ne « presse qu'une fois sous le cylindre qui opère la pression et que l'encrage a lieu « successivement de l'un et de l'autre côté du cylindre.
« 6° De pouvoir être manœuvrée au moyen d'un moulinet et avec lenteur « quand il s'agit de dessins au crayon et de pouvoir, par l'emploi d'une mani- « velle, prendre une grande rapidité quand il s'agit d'écritures ou de dessins « analogues.
« 7° De se prêter mieux qu'aucune autre au tirage des pierres cassées, parce « que le cylindre qui opère la pression, est d'un diamètre trop fort pour pénéo trer comme la racle dans le vide de la cassure.
« Les dimensions de cette presse ne sont pas moins étendues que celles des « presses à racles, et il est nécessaire que la lumière arrive à cette machine « par l'un de ses côtés et non par l'extrémité, comme aux presses anciennes.
« Nous devons nous borner à rendre un compte sommaire de la composition « de cette machine, parce que les dessins et l'explication en seront publiés « dans le Bulletin.
« lia presse de MM. François et Benoist présente, dans son ensemble, les « caractères d'une machine bien conçue; l'expérience a mis hors de doute sa « supériorité sur toutes celles qui lui ont été comparées; elle joint en outre à « tous ces avantages celui de remplir la condition essentielle de votre program- « me. Par toutes ces considérations, la commission vous propose d'accorder à « MM. François et Benoist le prix de 2400 fr., proposé pour cette question. »
Obseiva lions.
Après les éloges que contient le rapport de la commission de la Société d'encouragement, et que je me suis fait un devoir de rapporter en entier et littéralement, afin que mes lecteurs puissent juger cette presse en parfaite connaissance de cause; après le prix décerné à MM. François et Benoist par une Société qui jouit ajuste titre de l'entière confiance du puhlic, j'éprouve un certain embarras à manifester une opinion contraire à celle des savans distingués qui ont été chargés d'examiner cette presse. Mais je me suis imposé le devoir de dire en tout ce qui me semblerait être la vérité, lorsque j'ai entrepris la publication de cet ouvrage, et j'espère que les personnes dont je vais combattre l'opinion, ne verront dans cette manière d'agir que le désir de faire jaillir la lumière d'une discussion impartiale.
La presse de MM. François jeune et Benoist est construite selon les règles d'une, pure mécanique. Elle réunit la solidité à la simplicité de principe; par sa combinaison, elle économise plusieurs inonvemens sur les presses ordinaires, comme ceux qui ont pour but d'ouvrir et de fermer le châssis, de marcher
cher sur la pédale, etc. Par là elle o£fre sur ces dernières une petite économie de temps. Ce sont sans doute ces avantages qui ont séduit les membres de la commission , et ces Messieurs, qui ne sont pas initiés à la pratique de la Lithographie, ne se sont pas aperçus que cet appareil pèche par la base même sur laquelle il est établi. La pression au rouleau, qui leur a semblé un grand perfectionnement, est au contraire un défaut capital qui s'oppose à l'adoption de cette presse, qu'on ne voit fonctionner que dans une seule lithographie; celle qui possède les modèles soumis à la Société d'encouragement; et encore là, ne peuton les employer qu'aux ouvrages les plus ordinaires.
Je ne puis comprendre comment une idée bien simple n'a point frappé les membres de la commission. La Lithographie, au moment de sa naissance, a dû chercher naturellement à imprimer ses planches sur les presses déjà employées alors à d'autres usages. 11 suffit d'ouvrir l'histoire que Senefelder a écrite luimême de sa découverte, pour voir que la première presse dont il se servit était à cylindres, et que ce n'est qu'après en avoir reconnu les graves inconvéniens qu'il eut recours à l'emploi du râteau. Depuis, bien d'autres lithographes ont essayé comme lui les presses a cylindres, et tous les ont abandonnées pour revenir aux râteaux. On aurait donc dû penser qu'ils avaient des motifs puissans pour préférer un mode de pression qui augmente cependant d'une manière considérable la résistance et le frottement des presses. Je ne reviendrai pas sur la comparaison de ces deux moyens de pression, les ayant analisés dans les considérations générales qui sont en tête de ce chapitre. J'ai fait voir comment la pression d'un cylindre de 6 pouces de diamètre s'opère sur une partie beaucoup plus large que celle du râteau, et exige une pression d'autant plus forte; ce qui augmente dans la même proportion la chance de rupture des pierres. Cette largeur est bien plus grande encore pour le cylindre de MM. François jeune et Benoist, qui a 14 pouces de diamètre; aussi ai-je vu dans la cour de la seule imprimerie qui emploie encore ces presses, un grand monceau de pierres brisées par suite de leur usage, quoique, comme je l'ai dit plus haut, on n'y imprime que des écritures , et qu'on se serve d'une encre plus faible que pour les presses ordinaires. Il n'arrive déjà que trop souvent que, malgré toutes les précautions, des pierres se brisent dans les presses ordinaires à râteaux, et une machine qui augmente cette chance dans une proportion aussi considérable que celle dont nous nous occupons, est, je n'hésite pas à le dire, une mauvaise presse lithographique.
Je conçois qu'on puisse tirer sur celte maçhine de petites pierres fort épais-
ses et parfaitement dressées; mais je suis convaincu qu'il y aurait beaucoup de danger à vouloir s'en servir pour imprimer des planches de fortes dimensions, surtout si elles étaient couvertes de dessins au crayon d'une grande valeur. Je rogrelte que le rapport de la commission ne dise rien à cet égard, et je dois en conclure qu'on n'a tiré que de petites planches on sa présence.
Ou a signalé comme un perfectionnement ajouté par MM. François et Denoist à leur presse, d'avoir fait tourner le rouleau de pression plus lentement que la planche dont on opère le tirage, et d'avoir produit par là un frottement qui donne un effet égal à celui du râteau. Mais est-ce donc parce que le râteau frotte sur le cuir, qu'il est préférable au cylindre? Certainement non, car si ou pouvait éviter ce frottement sans perdre les autres qualités du râteau, c'est-à-dire l'élasticité et la moindre pression, ce serait un grand avantage. Que peut ajouter ce frottement à l'effet que produit le cylindre sur la pierre? Lui donnent- t-;l plus d'élasticité? Faudra-t-il moins de pression pour opérer le tirage, et les chances de rupture en seront-elles diminuées? Non sans doute. 11 me semble au contraire que, loin d'être avantageux, il fait perdre à cette presse le seul avantage apparent qu'elle avait, celui de remplacer le frottement de première espèce du râteau, par celui de seconde espèce du cylindre, tournant sur son axe. Il augmente sans utilité la fatigue de l'imprimeur et n'est à mon avis qu'un défaut de plus.
Mais cette presse tire 2500 épreuves par jour : c'est le double de ce que peut rendre une autre presse, d'après l'avis même de la commisssion. 11 est vrai que le même rapport ajoute que deux personnes étaient occupées à ce tirage. La machine d'ailleurs est si grande qu'elle occupe au moins la place de deux presses ordinaires; elle coûte le double: il me semble donc que, même en admettant que le chiffre de 2500 tirages ne soit pas le produit d'un travail forcé, l'avantage que présente cette presse serait bien petit.
On a fait valoir encore comme un avantage de cet appareil, qu'il est à simple effet, c'est-à-dire que le chariot ne passe qu'une fois sous le cylindre pour produire une épreuve. 11 est vrai que, dans les presses ordinaires, on doit ramener le chariot à sa place après que l'épreuve est tirée. C'est un mouvement perdu , mais ce mouvement exige certainement moins de temps et d'effort qu'il n'en faut de la part de l'imprimeur et de son aide, pour se porter toute la journée d'un côté de la presse à l'autre, avec la machine de MM. François jeune et Benoist.
Tout cela posé, je soutiens que cette presse pèche par son principe, et je re-
garde comme inutile de s'occuper des détails de sa construction. Cependant je ferai observer en passant que le système employé pour régler la pression me parait trop compliqué. Il faut pour cela faire jouer les deu* vis e et celles des étriers P, et les mettre toutes quatre parfaitement d'accord. En outre, il faut placer le poids Y et la barre X aux points convenables ; ce qui exige de la part de l'imprimeur des soins et un raisonnement qu'il n'a pas toujours, et le force à faire plusieurs fois le tour de la presse. Ainsi on éprouve une perte de temps à la mise en train de chaque pierre, et toutes les fois qu'on veut augmenter ou diminuer la pression.