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OUTILS A L'USAGE DES DESSINATEURS- LITHOGRAPHES

Je me propose de décrire dans ce chapitre tous les outils à l'usage du lithographe et du dessinateur-lithographe. Quelques-uns sont d'une grande simplicité; tandis que d'autres sont assez compliqués pour que le nom d'outils ne leur convienne peut-être pas beaucoup : ce sont plutôt des appareils, des machines même; mais afin de ne pas trop multiplier les chapitres, il m'a semblé qu'il n'y aurait aucun inconvénient à réunir ces instrumens aux outils proprement dits.

Pupitre à l'usage des dessinateurs-lithographes.

Nous avons vu à la fin du troisième chapitre que, partout où la main touche une pierre, on court le risque de voir le noir attiré par la matière grasse déposée par ce simple contact. Par conséquent lorsqu'on dessine sur une pierre, il est important que la main ne pose pas sur la pierre même, et qu'elle soit soutenue à une petite distance de sa surface. A cet effet, beaucoup de dessinateurslithographes se contentent de poser une planchette sur deux bandes de carton collées sur les marges de la pierre; mais je conseillerai à ceux qui s'occupent habituellement de ce genre de travail, de faire usage d'un pupitre fort commode, dont voici la description.

Pupitre.

Sur le pupitre A (pl. xxvi , fig. 1 ), sont fixées deux paires de planchettes en bois li, C, B, C, destinées à supporter la planchette D. Comme les pierres sont

d'épaisseur fort différente, il est nécessaire que ces supports puissent s'exhausser et se baisser à volonté, afiu de maintenir la planchette ou garde-main toujours, à la distance convenable delà surface de la pierre. A cet effet, les planchettes sont partagées en deux : celles inférieures B, B, sont fixées sur le pupitre, et portent quatre plaques de fer divisées aussi eu deux, dans lesquelles les vis E, E, E, E, sont fixées au moyen de collets. les planchettes supérieures C, C portent quatre écrous fixés dans l'épaisseur du bois en dessous, et dans lesquels passent les vis E , E, E, E. Il suffit de tourner ces vis pour mettre les supports à la hauteur convenable. D, planche mince servant de garde-main. Elle est taillée en bixeau , c'est-à-dire , que la partie tournée vers le corps , a environ 6 lignes d'épaisseur ; tandis que celle opposée n'a qu'une ligne : ce qui permet à la main d'approcher de la pierre le plus près possible. Cette planchette est échancrée au milieu, afin que le dessinateur puisse approcher suffisamment delà pierre; tandis que les côtés plus larges servent de support aux coudes ; ce qui donne de la fermeté à la main. A ses extrémités et en dessous, sont cloués deux petits liteaux F, F qui l'empêchent de glisser tout à fait d'un côté; précaution sans laquelle elle finirait par quitter les supports, et tomberait sur la pierre. A la partie supérieure des tringles C , C, est assujettie, au moyen de charnières, la planchette G, sur laquelle est posé le modèle. Une seconde planchette H est attachée à la précédente par deux charnières, et porte à son centre un miroir I, destiné à réfléchir le modèle en sens inverse. Afin de pouvoir donner à ce miroir l'inclinaison convenable, on a placé sur la droite de ces planchettes le quart de cercle K, passant dans un ajustage en fer fixé à la planchette H, qui est maintenue à l'inclinaison voulue, par la vis de pression L. Les deux planchettes G et II se rabattent sur les pièces C, C, et forment ainsi un couvercle destiné à mettre la pierre à couvert de la poussière, ou de tout autre accident. Pour cela on a ménagé dans la planchette G les ouvertures M, M, qui reçoivent les deux vis supérieures E, E. Si on le jugeait à propos, on pourrait même munir ce couvercle d'une serrure.

Au milieu du pupitre se trouve un plateau rond N, destiné à porter la pierre. Il est fixé à son centre sur un arbre en fer, et se trouve soutenu par quatre galets placés dans l'épaisseur du bois. Cette disposition permet de tourner avec facilité la pierre la plus lourde.

La propreté étant de première nécessité pour le dessinateur-lithographe, il fera bien d'adapter à la table sur laquelle il travaille, un tiroir placé à son côté gauche, et destiné à recevoir les rognures, en taillant les crayons. Il résulte

deux avantages de cette disposition : 1° que les rognures ne traînent pas sur la table et souvent sur la pierre, où elles forment des taches; 2° que ces rognures sont garanties de la poussière, et peuvent être employées à faire de nouveaux crayons, qui sont d'ordinaire meilleurs que ceux de première fusion. Sur la droite du pupitre, on fera bien de ménager un second tiroir pour loger les différens outils dont on a besoin.

Gomme les pierres sont tahtôt plus épaisses , tantôt plus minces, tantôt plus grandes ou plus petites, il ne serait pas commode d'être toujours assis à la même hauteur. Un tabouret à vis (fig. 2jest donc nécessaire au dessinateur-lithographe. Les vis en bois prennent promptement du jeu et se dérangent, de manière que le siège n'est plus fixe et, par son ballottement, ôte de la fermeté à la main. Une vis en fer bien faite, tournant dans un écrou en cuivre, et placée dans un long tuyau logé dans l'intérieur du pied, est bien préférable. Cette vis porte à sa partie supérieure une croix sur laquelle est fixé le siège.

Grattoirs.

\jh lithographe fait usage de grattoirs de plusieurs sortes , et il ne sera pas sans utilité pour le lecteur, de connaître la forme de tous ceux qu'on a exécutés de manières différentes, suivant les divers usages auxquels ils sont destinés. J'en ai pris les modèles chez M. Bancelin , coutelier, rue de Seine, N° 50, à Paris, qui s'occupe spécialement des outils employés en lithographie.

I^e grattoir représente par la figure 1 ( pl. xxvu ), s'ouvre en deux à l'extrémité opposée à la lame, afin de recevoir une aiguille qui se loge dans une petite rainure A, et se trouve maintenue par la virole B, destinée à serrer les deux parties de l'instrument.

Les figures 2,3, 4,5 représentent des grattoirs simples, d'une seule pièce, sur le milieu de laquelle est rivée une garniture en bois d'ébène, qui les arrondit, afin qu'on puisse les tenir commodément.

Le N° 6 est plus spécialement destiné au nettoyage du papier de Chine, quoiqu'on puisse aussi l'employer à d'autres usages.

Le W 7 est une lame eu acier A, A, appelée communément pointe à rabaisser. Lorsqu'on veut s'en servir, on la fixe dans le manche B, en serrant la vis de pression C. Ces pointes sont en acier parfaitement trempé. Elles sont principalement destinées à la reliure; mais elles sont aussi fort bonnes et très-commodes pour couper le papier de Chine, et en général toute espèce de papier.

La figure 1 ( pl. xxvin ) représente un grattoir à l'usage des graveurs sur pierre

11 est formé d'une pointe à trois faces, un peu bombée au milieu. Afin que ses arêtes soient plus vives, les faces sont légèrement évidées sur leur longueur. Ce sont les mêmes grattoirs dont se servent les graveurs sur cuivre. Si on n'en a point sous la main, on peut les remplacer par une lime de même forme, qu'on fait aiguiser sur ses trois faces par un rémouleur. A cause de la bonne qualité de leur acier , les limes forment d'excellens grattoirs.

Pierres à aiguiser.

Dans chaque lithographie, on doit avoir une petite meule , pour repasser les outils. Il est essentiel en outre d'avoir, dans l'atelier des écrivains, une pierre à huile, dont ils peuvent avoir besoin à chaque instant. Celles qu'on désigne dans le commerce sous le nom de pierres du Levant sont les plus mordantes , et celles qui durent le plus longtemps. Si on veut avoir des tranchans très-doux , on peut aussi se servir de ces pierres à rasoirs, jaunes, dont le revers est ordinairement noir, et qu'on a si souvent confondues avec les pierres lithographiques, quoique leur nature soit entièrement différente. La pierre lithographique n'est pas assez dure pour user l'acier qui, au contraire, la raie facilement; ce qui la rend tout-à-fait impropre au repassage.

Pointes à graver.

Les pointes à graver doivent être de très-bon acier, et parfaitement trempées, afin d'attaquer vivement la pierre, et de sécher le moins vite possible. On peut se servir , pour les faire , d'acier anglais , ou d'acier fondu en broches. ()n commence par leur donner, au moyen d'une lime, la forme qu'elles doivent avoir; puis, pour les tremper, on en présente la pointe vis-à-vis de l'ouverture d'un chalumeau, en interposant entre eux, une chandelle dont la flamme, qui s'allonge par l'action du vent , et dans laquelle on plonge cette pointe , la rougit promptement. On continue à souffler jusqu'au rouge blanc, et alors on enfonce la pointe dans le suif d'une chandelle , pour la tremper. Si on a bien réussi , on voit une légère pellicule se détacher du métal , et celui-ci parait alors avec un faible éclat. L'emploi convenable du chalumeau demande une certaine habitude. On doit souffler sans s'interrompre, même pour reprendre haleine, jusqu'à ce que l'opération soit terminée. A cet effet, on enfle d'abord fortement les joues, et l'air qui y est comprimé alimente le chalumeau; tandis qu'on respire par le nez. On ne doit pas s'attendre à réussir du premier coup dans cette manoeuvre;

mais avec un peu d'exercice, on en vient aisément à bout Les pointes ainsi trempées, ne le sont que jusqu'à une certaine distance du bout; aussi lorsque cette partie est usée, il faut retremper l'instrument. Il est beaucoup plus commode , pour éviter cet embarras , de se procurer des égalisoirs d'horlogers , sortes de broches d'acier à cinq faces, très-bien trempées, et qui sont d'un excellent usage.

Au reste, qu'on fasse usage de broches d'acier ou d égalisoirs, il faut toujours les enchâsser dans un manche de bois cylindrique, de la forme d'un crayon ; ce qui permet de les manier commodément. Le moyen le plus simple est de former ce manche de deux morceaux de bois collés ensemble , comme le sont habituellement les crayons. A. cet effet, on fait préparer deux morceaux de bois tendre , d'environ six pouces de longueur, sur quatre lignes de large et deux lignes d'épaisseur. On enduit de colle l'une des faces larges de chacun de ces morceaux; on pose l'égalisoir ou la broche sur l'un d'eux, en le plaçant au milieu, et de manière que sa pointe dépasse le bois de quelques lignes. On recouvre ensuite avec l'autre pièce de bois , en appliquant l'une contre l'autre les deux surfaces enduites de colle, et on serre avec force dans une presse. Par cette pression , l'égalisoir ou la broche s'enfoncent dans le bois qui se comprime , et dont les deux fragmens adhèrent fortement ensemble. Lorsque la colle est sèche , on fait arrondir la pièce au moyen d'un rabot à fer demi circulaire , ou bien on la fait tourner. A mesure que la pointe s'use, on taille le bois comme on le ferait d'un crayon , et on aiguise ÏSLcierfJig. 2 ).

On peut se procurer chez MM. Neuber frères , et chez M. Bancelin , des manches à pointes, fort commodes. Ils se composent d une pièce A (fig. 3), fendue dans sa longueur, afin de lui donner la faculté de se serrer, et percée, ainsi qu'une partie du manche, d'une ouverture dans laquelle on peut enfoncer librement la pointe B , longue d'environ trois pouces. La base de cette pièce D est taraudée. Une virole C, dont l'intérieur est conique, recouvre la pièce A et, en se vissant sur la partie taraudée D, elle force les extrémités à se serrer, et à presser fortement la pointe, qui alors ne peut plus bouger. On a de ces manches à ouverture de diverses dimensions. On en a même dont la pince présente une ouverture ovale E, pour les pointes qui servent à faire les renflemens et les gros traits.

Quelques graveurs pour la topographie se servent de jxnntes en acier doubles (Jig. 4 ) pour graver les routes , les canaux et autres lignes très-rapprochées et parallèles. Il faut beaucoup d'habitude pour faire un usage convenable de

cet instrument , à cause de la difficulté qu'on éprouve à faire marquer à la foi» et également les deux pointes.

Burins en diamant.

Lorsqu'il s'agit de graver des travaux très-fins , certains lithographes se servent de burins en diamant (Jig. 5). Ils se composent d'un manche A, dans lequel est fixé, au moyen d'une virole B , une tige de fer C, au bout de laquelle est solidement incrusté un éclat de diamant D , choisi de manière à présenter une pointe aiguë. Le diamant étant beaucoup plus dur que l'acier, cette pointe ne s'émousse pas sur la pierre, et comme on peut alors la choisir très-déliée, elle entaille plus facilement la pierre, et forme des lignes d'une finesse extrême. 11 n'y a ordinairement qu'un côté du diamant qui soit parfaitement tranchant; c'est pour ne pas s'y tromper, qu'on fait sur le manche une petite marque £, qui sert à indiquer la manière dont il faut le tenir, pour qu'il marque très-bien.

Malgré l'avantage incontestable que présente un burin en diamant, peu de graveurs s'en servent pour des travaux à la main , parce que l'extrémité de ce burin étant tronquée, pour pouvoir y fixer le diamant , empêche de voir assez exactement où on en place le bout. Ce n'est que par une longue pratique , qu'on parvient à s'en servir convenablement. Mais c'est surtout pour les machines à graver , que ces burins sont indispensables. Il serait en effet impossible de faire une teinte unie avec une pointe en acier. Non seulement elle ne donnerait pas sur la pierre des raies aussi fines et aussi égales ; mais en outre elle s'userait pendant le travail, et deviendrait toujours plus grosse, à mesure qu'on avancerait.

Comme il est très-difficile d'assujettir solidement les éclats de diamant au bout de tiges en fer, et que ces burins coûtent fort cher, M. Neuber a imaginé line pince (fig. 6), qui peut les remplacer. Elle se termine en pointe à sa partie supérieure , pour recevoir un éclat de diamant A. Sa partie inférieure D , forme un cône renversé, et se termine par un pas de vis B, sur lequel est ajusté un petit manchon C. Lorsqu'on fait monter ce manchon, en le tournant entre les doigts, il appuie sur la partie conique D, et l'oblige à se fermer et à serrer fortement le diamant. Par ce moyen ingénieux, on remplace en un instant et trèsfacilement un diamant qui se serait brisé ou usé, par un autre éclat dont on peut avoir une provision. Ces éclats coûtent de 2 à 3 fr. la pièce. Il y a longtemps que nous nous servons d'une pareille pince, pour tous les travaux que nous exécutons à la machine à graver, et nous en sommes fort satisfaits.

Instrument pour faire les te'les de notes.

En Allemagne, on imprime beaucoup de musique au moyen de la lithographie, et comme il serait beaucoup trop long de faire les tètes de notes à la plume, et que d'ailleurs on n'arriverait que difficilement ainsi à les avoir égales, les lithographes de ce pays se servent, pour cet usage, d'un petit instrument fort commode, d'un emploi facile, prompt et régulier. 11 se compose d'un tube en laiton ou en argent A 7 ), fermé en haut par un bouton à vis B, et se terminant en bas par un bec C, dont l'extrémité D est de la grandeur des notes qu'on se propose de faire, et, suivant la forme qu'on veut leur donner, tantôt ronde, tantôt ovale. Ce bec est percé d'une ouverture qui laisse arriver jusqu'à son extrémité l'encre lithographique qu'on introduit par l'ouverture E. Si l'encre était abandonnée a elle-même, et soumise seulement à l'action de son propre poids, il se présenterait de graves inconvéniens. Si l'ouverture du bec était assez petite pour ne laisser passer chaque fois que la quantité d'encre nécessaire, et pour la retenir ensuite à cause de la capillarité, le bec ne tarderait pas à se boucher, par la dessiccation de l'encre. Si au contraire on fait l'ouverture trop grande, afin qu'elle ne s'obstrue pas, l'encre 'sécoulc trop abondamment. Pour mettre l'instrument à l'abri de ces deux défauts, on a ajusté dans l'intérieur de l'ouverture qui traverse le bec, une tige en métal F, qui ne présente entre elle et les parois, que la place nécessaire pour laisser couler une faible quantité d'encre, et qui agit assez par la capillarité, pour la retenir. Cette tige dépasse un ]>eu l'ouverture inférieure D ; de sorte qu'elle se relève chaque fois qu'on pose l'instrument sur la pierre ; mais aussitôt qu'on cesse d'appuyer , elle est forcée de redescendre, par la pression d'un ressort à boudin G, qui pousse continuellement son extrémité opposée. Par cette ingénieuse disposition , cette tige opère un frottement continuel contre l'ouverture du bec; ce qui l'empêche de s'encrasser. Pourvu qu'on ait soin de tenir constamment une quantité à peu près égale d'encre dans le tube, et que celle-ci présente la fluidité convenable, on pourra faire de suite et très-promptement une grande quantité de tètes de notes parfaitement égales. Il est superflu de dire aux lithographes soigneux que chaque fois qu'on s'est servi de cet instrument, on doit le démonter et le nettoyer bien proprement ; car si on y laissait sécher l'encre, elle s'y solidifierait, et il faudrait nécessairement l'enlever, lorsqu'on voudrait de nouveau employer l'instrument.

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