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Id. Id. Id. N° 2; 9 Id. Id. Id. N

11 opère à l'ordinaire , pour la cuisson de l'huile, jusqu'au moment de l'inflammation; mais il ne laisse continuer la combustion que tant que la flamme reste bleuâtre. Aussitôt qu'elle passe au jaune, il l'étouffé, et pour faire acquérir à l'huile le degré de consistance nécessaire , il y ajoute alors la résine en plus ou moins grande quantité, selon qu'il veut faire du vernis faible, moyen ou fort.

M. Lemercier assure dans son mémoire , que le vernis fait avec addition de

résine, a plus de moelleux que celui obtenu avec de l'huile seule; qu'il jouit de la propriété de ne graisser ni empâter la pierre , de décharger son noir sur le papier, sans exiger une aussi forte pression; que les demi-teintes ont plus de transparence et les noirs plus de valeur ; enfin , que sa fabrication est plus facile et moins dangereuse. M. Lemercicr étant à juste titre reconnu comme un des plus habiles lithographes de Paris, je me suis empressé de fabriquer du vernis par son procédé, dès que j'en ai eu connaissance. Ce vernis me fournit en effet de belles épreuves aux premiers tirages. Les demi-teintes surtout venaient remarquablement bien; mais comme il ne file pas autant que celui à l'huile seule, et que la couleur qu'on en fait, n'a pas autant de tirant, le rouleau ne pouvait arracher la couleur qui se trouvait de trop sur la pierre. 11 en résultait qu'après chaque épreuve, il restait un peu plus d'encre sur la planche; de sorte qu'après le tirage d'une vingtaine d'exemplaires , la pierre se trouvait tellement empâtée, qu'il fallait recourir à l'essence, pour la nettoyer. Cette expérience que j'ai répétée plusieurs fois, et sur différentes planches, m'a donné constamment le même résultat. Ne pouvant croire que M. Lemercier eut présenté à la Société d'encouragement un vernis qui n'aurait pas été préférable à l'ancien , et que cette Société lui eût décerné le prix, si son efficacité n'avait été suffisamment démontrée , je me persuadai que j'avais commis quelque faute dans la préparation. Je pris alors des informations qui m'apprirent que d'autres lithographes avaient rencontré les mêmes inconvéniens que moi, et que M. Lemercier lui-même ne faisait plus usage depuis longtemps du vernis couronné parla Société d'encouragement.

M. Lemercier est un homme trop honorabje pour qu'on puisse supposer qu'il ait présenté au concours une recette dont il aurait reconnu la défectuosité, et je suis persuadé (pie lui-même, ainsi que la commission «le la Société d'encouragement, se sont laissé tromper par les qualités apparentes de ce vernis, sans avoir tiré de nombreux exemplaires de planches chargées d'un travail serré et vigoureux.

C'est en broyant le vernis avec du noir, qu'on obtient l'encre d'impression, dont je donnerai la préparation au chapitre Impression.

Indépendamment du vernis que je viens de décrire, les lithographes en emploient un auu-c pour les planches gravées. J'en parlerai à l'article Gravure.

Crayons.

Ijx préparation des crayons lithographiques est un point fort essentiel pour

la bonne réussite des dessins, et on ne saurait y donner trop de soins. Comme l'effet du dessin sur pierre n'est qu'apparent, et que le tirage ne dépend pas du noir qu'on pose sur la planche en dessinant; mais bien de la partie graisseuse qui y pénètre et se lie avec elle, en formant un savon métallique insoluble qui attire l'encre d'impression, il est facile de comprendre que la composition des crayons joue un des principaux rôles dans l'impression des planches lithographiques. Aussi, depuis Senefelder, la composition et la préparation de ces crayons ont été un objet constant d'étude pour les lithographes qui cherchent à concourir aux progrès de leur art.

Les crayons peuvent être considérés comme composés de trois parties : 1° La partie savonneuse, propre à former avec la pierre un savon calcaire, dont j'ai suffisamment parlé à l'article Théorie de Tart lithographique, dans le chapitre m.

2° Une substance compacte qui lui donne du liant, et le rende assez ferme pour qu'il puisse être taillé d'une grande finesse, et résister à la pression de la main.

3° Une partie colorante, afin que le dessinateur voye les traits qu'il trace, et puisse ainsi juger de l'effet de son dessin.

J'ai déjà dit que le tirage d'une pierre n'est dû qu'à la partie grasse du crayon, qui forme avec la pierre, un savon calcaire, capable d'attirer l'encre du rouleau; et* que la matière colorante introduite dans le crayon , n'a d'autre but que de guider le dessinateur dans son ouvrage. Aussi lorsque, dans les crayons, la proportion des parties graisseuses est trop forte, relativement à la quantité de matières colorantes , l'épreuve vient au tirage plus noire que le dessin ne paraissait sur la pierre. Si, au contraire, il y avait une trop forte proportion de noir, le tirage présenterait une épreuve plus pâle que le dessin sur pierre. Un crayon bien fait doit donc avoir les qualités suivantes :

1" La graisse et le noir doivent s'y trouver dans une proportion telle que l'épreuve présente exactement le même effet que le dessin sur pierre.

2" 11 doit être assez compacte pour qu'on puisse le tailler très-fin, et présenter en même temps assez d'élasticité, pour que la pointe ne se casse pas trop facilement. Cependant, il doit avoir aussi une fermeté suffisante pour qu'on puisse faire les traits les plus déliés, sans que sa pointe se replie.

3° Il doit se conserver longtemps , sans s'altérer ni se ramollir.

Les crayons lithographiques , d'après toutes les expériences faites jusqu'ici, et les matières qu'on fait entrer dans leur composition , paraissent ne pouvoir être

autre chose qu'un savon alcalin. On sait en effet que les alcalis, outre la propriété dont ils jouissent de dissoudre les matières grasses, en les convertissant en acides qui présentent une certaine solidité lorsqu'ils sont isolés, ont aussi celle de les faire pénétrer plus facilement dans la pierre , et contribuent par là à fixer le dessin d'une manière plus solide. J'ai fait des crayons de savons métalliques, en mêlant de la litharge aux parties grasses. Ils étaient bien plus durs que ceux à savon alcalin, et étaient loin de se fixer aussi bien sur la pierre; ce dont on se rend aisément compte, d'après ce que j'ai dit, en donnant la théorie de l'art lithographique.

Les premiers crayons que nous préparions dans mes ateliers, d'après les recettes qui me furent communiquées à Munich, se composaient comme suit :

12 parties cire vierge; 8 Id. savon ;

10 Id. gomme lacque;

1 ld. dissolution de soude ;

2 Id. suif;

4 Id. noir de fumée.

Ces crayons étaient bons tant qu'ils étaient frais ; mais ils se ramollissaient à l'air, et on était obligé, pour les conserver, de les tenir dans des flacons bouchés.

Nous avons reconnu plus tard que les savons de résine attirent l'humidité de l'air, et se ramollissent très-promptement. Cette découverte nous a engagés à supprimer la gomme lacque , dès-lors nos crayons se sont parfaitement conservés. Du reste, nous avons vu dans la partie théorique, que les savons ou dissolutions de gomme-lacque ne se combinent pas avec la pierre, et ne forment point de savon métallique. Il faut donc les éviter partout où on peut s'en passer. Aujourd'hui nous composons nos crayons comme suit : .'12 parties cire. Nous prenons de la cire jaune , parce qu'elle est meilleur marché que la cire vierge , et que nous trouvons qu'elle produit le même effet.

24 Id. savon blanc de Marseille. Ce savon étant plus pur que celui qui est marbré, nous lui donnons la préférence. Beaucoup de lithographes emploient du savon de suif; mais nous avons trouvé que celui fait avec de l'huile mérite la préférence, en ce qu'il pénètre mieux dans la pierre.

4 Id. suif.

1 Id. sel de nilre , dissoute dans

7 parties eau.

7 Id. noir de fumée.

Quelques personnes mettent dans leurs crayons de la potasse , ou mieux encore de la soude. Dans nos ateliers , nous préférons le sel de nitre (salpêtre, ou chimiquement parlant, nitrate de potasse ), parce qu'il donne aux crayons plus de dureté que la soude. Comme on le met dans la matière lorsqu'elle est parvenue à une haute température , ce sel se décompose et cède sa potasse aux acides gras , pour achever de les saponifier; tandis que l'acide nitrique se décomposant , a abandonné une partie de son oxigène aux corps gras, a contribué ainsi à les faire passer à l'état acide, et les a rendus plus facilement saponifiables. De plus une partie de l'eau qu'on introduit par ce mélange dans la matière, après la première et la plus forte flamme , y reste combinée et donne aux crayons une élasticité qu'ils n'auraient pas sans ce mélange (i).

Manipulation.

Comme pour la confection des crayons et de l'encre, il est nécessaire de poser à plusieurs reprises le chaudron sur le feu, et de l'enlever pendant que la matière est en combustion, on pourrait courir le risque, en opérant sur une certaine quantité, de se brûler ou de renverser le chaudron, si on voulait manœuvrer simplement à la main. Il est plus prudent de disposer son appareil de la manière suivante. On attache au manteau de la cheminée, sous laquelle on opère, une chaînette A ( planche xxxxi,Jig. 1 ), portant un levier à bascule en fer B. C. Lorsqu'on ne s'en seri pas, ce levier est posé sur deux crochets D, D, afin de ne pas gêner. Au moment d'enlever le vase du feu, on engage le crochet B dans l'anse du chaudron , et on l'enlève doucement en appuyant sur l'extrémité C. On le place ensuite à côté du feu sur 1 atre, en décrivant une portion de cercle.

On met dans un chaudron , assez grand pour que les matières réunies ne le remplissent qu'au tiers, la cire et le suif, et on les laisse fondre. Lorsque ces corps sont très-chauds, on y jette successivement et par petites portions, le savon qu'on a eu soin de couper en petits morceaux. Il est essentiel d'employer

( i } La recette de crayons que publie M. Tudot , page 3g de son Traité de Lithographie, est exactement la nôtre. Il la donne comme étant cclle'dc M. Lemcrcier, cl fait observer que celui qui a eu le premier l'idée de mettre du sel de nitre dans le mélange, n'est pas connu. C'est dans notre établissement que le premier emploi de sel de nitre a été fait, et je ne doute pas que notre recette n'ait été communiquée à M. Lemercier par quelqu'un de nos élèves.

du savon sec, sans quoi il se boursoufle trop fortement avant de fondre; ce qui retarde l'opération. En même temps qu'on met le chaudron sur le feu, on place à côté, dans un petit poêlon , le sel de nitre et l'eau , afin qu'il fonde pendant l'opération, et que cette dissolution se trouve au degré de l'ébullition au moment où on doit l'employer. Par là on évite qu'elle refroidisse trop le mélange lorsqu'on l'y verse. On continue à chauffer ce mélange de cire , de suif et de savon , jusqu'à ce qu'il s'enflamme. Alors on enlève le vase du feu, et on le laisse brûler environ 2 minutes, pour les crayons tendres , et 3 minutes pour les crayons durs. Cependant on ne peut déterminer d'une manière parfaitement exacte, la durée de la combustion; car elle dépend de l'intensité de la flamme.

Lorsqu'on pense que la matière a brûlé assez longtemps, on étouffe la flamme en posant le couvercle sur le chaudron. Ce couvercle doit avoir dans le milieu un renfoncement conique, qui se termine par un petit trou d'environ 1 millimètre de diamètre. C'est par cette espèce d'entonnoir qu'on verse très-doucement la dissolution de nitre. L'eau se vaporise au moment même où les gouttes tombent dans la matière très-chaude, et cause un boursouflement considérable dans toute la masse : de manière qu'elle dépasse même quelquefois les bords du vase, lorsqu'on n'opère pas avec assez de précaution. Lorsque toute la dissolution est introduite dans le chaudron , on enlève son couvercle et on le replace sur le feu jusqu'à ce que la matière s'enflamme de nouveau. On l'enlève aussitôt de dessus le feu , et on étouffe immédiatement la flamme. Cela fait, on ajoute le noir de fumée, et on replace de nouveau le vase sur le feu. Pendant toute cette partie de l'opération, il importe de remuer continuellement la matière avec une spatule à long manche de bois {fig. 2), -afin de ne pas se brûler les mains; mais à présent, il est préférable de se servir d'une forte cuillère en fer , de forme ronde, ayant également un manche de bois (Jig. 3 ). On en frotte, en tournant continuellement, le fond du vase, pour broyer les parties de noir qui sont agglomérées, et opérer parla un mélange parfait. On travaille ainsi la matière jusqu'à ce qu'elle s'enflamme de nouveau , en ayant soin de ne pas pousser le feu trop vivement, afin d'avoir le temps de bien triturer la masse. Alors on l'enlève du feu, et on étouffe la flamme sur-le-champ.

Lorsque la matière est assez, refroidie pour que les bords commencent à se figer, on en prend une cuillerée, qu'on verse dans le moule. On laisse refroidir les crayons qu'en obtient ainsi, pendant un jour; car ce n'est qu'au bout de ce temps qu'ils prennent toute leur consistance. On les essaye alors. S'ils se trouvent trop mous, on remet la matière sur le feu, et on la laisse encore un peu

brûler; si, au contraire ils étaient trop durs, il n'y aurait d'autre moyen de les corriger, que de faire une seconde portion de matière plus molle, et de mêler ensuite les deux.

Il est bon, après avoir enlevé cet échantillon d'essai du chaudron, de laisser entièrement refroidir la matière, même dans le cas où on supposerait qu'elle est au degré convenable, et de la refondre ensuite pour couler les crajons. Le mélange se fait d'une manière plus intime par cette seconde fusion , et les crayons en deviennent plus homogènes.

Beaucoup de lithographes se contentent de verser la matière sur une pierre ou sur une assiette, et lorsqu'elle est à demi-refroidie, de la couper en bâtons en y faisant des entailles parallèles, au moyen d'un canif et d'une règle. Ils n'obtiennent ainsi que des bâtons carrés, assez irréguliers. Des crayons ronds, d'une longueur et d'une épaisseur constante, étant bien plus commodes, et s'adaptant mieux dans les porte-crayons, j'ai imaginé un moide qui a été depuis employé par beaucoup de mes confrères. Il consiste en deux plaques de laiton A B et I K. (fig. 4), dans lesquelles se trouvent autant de rainures demi-cylindriques, qu'on veut couler de crayons à la fois. La plaque A B est soudée sur un support en tôle de cuivre C D, et repose sur un plan E F. Elle porte deux chevilles G, H, qui entrent dans des trous corresjKindans pratiqués dans la plaque supérieure I K., afin que les rainures des deux plaques s'ajustent parfaitement, et forment autant d'espaces cylindriques. Cette plaque I K. est fixée à un manche en bois L M. Pour empêcher la matière de dépasser la plaque inférieure lorsqu'on l'y verse, on a deux planchettes en bois N, O, garnies de cuivre intérieurement et par-dessus, afin que la matière n'y adhère pas, et qu'on pose des deux cotés du moule, ainsi que deux morceaux de fer carrés P, Q, placés en travers â leurs deux extrémités, et qui complètent un espace fermé, contenant tous les cylindres.

Lorsqu'on veut mouler «les cravons, on pose les deux planchettes 1S, O, des deux côtés du moule, et pour qu'elles s'y appuyent d'elles-mêmes, la plaque inférieure E F doit avoir ses bords un |mîu relevés. On pose ces deux morceaux de fer P, Q, immédiatement derrière les chevilles G, H. Afin (pie les crayons se détachent facilement du moule, on peut l'enduire intérieurement, avant chaque coulée, avec de la poussière de charbon délayée dans l'eau, mais il faut avoir bien soin de le laisser sécher avant d'y verser la matière; si non , l'eau qui se vaporiserait par la chaleur, formerait des soufflures. Cependant, lorsque le moule est bien poli, et qu'on a acquis en ce genre une certaine habitude, on

peut se dispenser de cette précaution. On obtient alors des crayons plus nets et plus polis; tandis que si on a frotté le moule de noir, ils sont mats et noircissent les doigts. En coulant la matière le moins chaud possible, elle ne s'attache point au moule, et on peut parfaitement se dispenser de toute préparation préalable. On verse ensuite sur le moule une couche de matière suffisante pour former l'épaisseur des crayons. Il est bon qu'elle ne soit que tout juste assez chaude pour être encore liquide; l'opération en est plus prompte et les crayons adhérent moins au moule, que si on la versait à une température plus élevée. On laisse refroidir un moment, jusqu'à ce que la matière ne coule plus. Alors on enlève les morceaux de fer P, Q et les planchettes N, O, et on presse avec force la plaque supérieure I K, en la faisant entrer dans les chevilles G, H. Par suite de cette pression, la matière excédante sort des deux côtés du moide, et on coupe les bavures qui en résultent, avec un couteau. On ôte ensuite la plaque supérieure, et on enlève les crayons les uns après les autres, en ayant soin île les redresser, si on les avait courbés en les détachant du moule, et île les poser sur une table platte, afin qu'en achevant île se refroidir, ils restent bien droits. Aussitôt une coulée enlevée, on en fait une seconde et ainsi de suite, jusqu'à ce que la matière soit épuisée. Comme le chaudron doit rester sur un feu doux pondant cette opération, afin de maintenir la matière au degré de fluidité convenable, il est bon de la faire aussi promptement que possible; car si la matière restait trop longtems sur le feu, ou que celui-ci fut trop fort, les dernières coulées pourraient devenir un peu plus dures que les premières.

La société d'encouragement a proposé en 182G, un prix «le 500 francs, pour les meilleurs crayons lithographiques; il a été élevé à 600 francs, en 1828, et n'a pas encore été remporté.

Encre pour la p lu/ne.

L'encre dont on se sert pour écrire ou pour dessiner sur pierre , a deux fonctions à remplir :

1° Elle doit pénétrer la pierre jusqu'à une certaine profondeur, et y former avec la chaux, un savon métallique insoluble, capable d'attirer l'encre d'impression.

2" Elle doit résister à l'action de l'acide qu'on passe sur les pierres pour les préparer au tirage.

Cette encre doit être assez liquide pour permettre à la plume de faire les traits les plus déliés, et il faut qu'elle puisse conserver le plus longtems possible cet

état de fluidité , sans devenir visqueuse et sans se prendre en une espèce de gelée. II est bon aussi qu'en séchant dans un temps convenable, elle durcisse et devienne assez fixe pour ne pas s'effacer par un léger frottement. L'huile rendue soluble par un alcali , ou pour mieux dire saponifiée, est très-propre à cet usage. D'abord elle pénètre facilement la pierre, et puis nous savons que, par l'action des acides, le savon alcalin se décomposant, les acides gras deviennent libres et se convertissent sur la pierre en savon de chaux. Voilà pourquoi le savon est toujours la base essentielle de l'encre lithographique pour la plume. On doit donner la préférence au savon blanc de Marseille, comme étant le plus put qui se trouve dans le commerce. Cependant , l'expérience a appris qu'il est bon d'y ajouter une petite portion de cire ou de suif. Les résines et particulièrement la gomme lacque ont aussi la propriété de rendre l'encre plus coulante; ce qui fait qu'on a soin d'en ajouter généralement.

S'il y a beaucoup de savon dans l'encre, et par conséquent un excédant d'alcali, elle se dissout très-facilement ; mais elle présente alors l'inconvénient de devenir très-vite visqueuse , et de n'être plus assez liquide peu de temps après qu'on l'a broyée. Il est donc bon d'y mettre le moins de savon possible, sauf à frotter un peu plus longtemps pour la dissoudre. 11 faut cependant que l'encre ne soit pas non plus trop coulante, car alors les traits s'étendent en largeur, et il est impossible de faire un travail fin et serré. L'encre dissoute dans l'eau a le degré de viscosité convenable pour permettre les travaux les plus fins. Si on la dissolvait dans de l'alcool, elle resterait toujours parfaitement liquide, mais il serait impossible de faire un trait fin avec une pareille solution , à cause de la facilité avec laquelle eUe s'étendrait sur la pierre , autour du dessin. ,

La composition suivante, qui nous a été communiquée par M. Desmadryll ati,é, habile dessinateur lithographe, est celle qui nous a constamment le mieux réussi :

40 Parties de cire vierge pure, ou à défaut, cire jaune;

10 Id. mastic en larmes ;

28 Id. gomme lacque;

22 Id. savon blanc; 9 Id. noir de fumée léger.

On fait fondre la cire dans un chaudron , et on la chauffe jusqu'à ce que sa vapeur s'enflamme par le contact d'une baguette allumée. On ùte alors le vase du feu, et on y jette par petites portions le savon , la gomme lacque et le mastic, en dirigeant l'opération de manière que la flamme ne s'éteigne pas, et que,

d'un autre côté, elle ne devienne pas trop forte, lorsque toutes ces matières . sont réunies, on étouffe la flamme en posant le couvercle sur le chaudron. On v met ensuite le noir et on replace le tout sur le feu, en l'y maintenant jusqu'à ce que la matière s'enflamme de nouveau. Ainsi que je l'ai indiqué à l'article crayons, il est bon de triturer le mélange avec une cuillère en fer, afln de bien écraser le noir. On éteint ensuite la flamme, et on coidc un échantillon , qu'on essaye le lendemain. Si la dissolution qu'on en fait devient trop tôt visqueuse, on remet la matière sur le feu, et on la laisse encore un peu brûler.

On peut couler la composition sur une pierre lithographique, préalablement frottée avec du savon, et la couper en gros morceaux carrés, si l'on n'aime mieux lu pétrir et la rouler entre les mains pendant qu'elle est encore molle, pour en faire des bâtons ronds. Mais ces moyens sont longs, peu commodes et les bâtons ne deviennent pas égaux. J'y ai substitué une autre méthode. J'ai fait faire un moule composé de deux pièces de laiton A et B (Jig. 5 ), dans lesquelles sont pratiquées des rainures de la grosseur convenable, rodées ensemble pour qu'elles soient bien rondes et polies. Ces pièces sont soudées sur deux réservoirs creux en tôle de cuivre C, D, fermés de tous côtés, et n'ayant que les ouvertures E, F, G, H. Il faut avoir en outre une plaque de cuivre I K., sur laquelle on puisse poser le moule, lorsque les deux parties sont réunies. Pour les tenir ensemble , et afin que les rainures se cotres pondent parfaitement, la pièce B porte deux chevilles qui entrent dans des trous percés dans la pièce A, comme cela a lieu au moule à crayons. Pour couler l'encre , on réunit les deux parties du moule, et on le pose sur la plaque I K, de manière que les ouvertures E, F, G, II, soient en l'air. Dans cette position, l'orifice inférieur des cannelures se trouve fermé par la plaque L K. On verse alors dans ces cannelures, au moyen d'une cuillère à beCjla matière qu'on a laissé refroidir jusqu'au point où les bords commencent à se figer. On a soin ensuite de verser encore une certaine quantité de matière sur le moule, car l'encre se retire en se refroidissant et forme des trous ronds au milieu des bâtons, si on n'a pas la précaution de les combler à mesure qu'ils prennent naissance. Si on laissait le refroidissement s'opérer de lui-même, les bâtons seraient fort longtemps à se durcir assez pour être retirés du moule , et il faudrait trop attendre lorsqu'on voudrait faire plusieurs coulées de suite. Pour hâter ce refroidissement, on verse de l'eau froide par les ouvertures F, II, jusqu'à ce que les réservoirs se trouvent remplis. A mesure que cette eau s'échauffe, on la laisse écouler par les ouvertures E, G, en dressant le moule, et on la remplace par une nouvelle portion d'eau

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froide. Quand on pense que les bâtons sont assez solides, il suffit pour les détacher de couper la matière qui dépasse le moule, d'enlever la plaque I KL, en la faisant glisser à frottement, et de séparer les deux parties du moule.

Encre molle pour la plume.

On a indiqué plusieurs recettes pour faire cette encre. Quelques dessinateurs donnent la préférence à celle dont la composition suit, et que nous devons également à M. Desmadryll. Elle coule bien et permet de faire des traits déliés; mais elle ne durcit pas autaut que la précédente, et offre plus de danger d'être effacée par un léger frottement.

16 parties suif;

10 Id. cire;

10 Id. savon;

14 Id. gomme lacque; 5 Id. noir de fumée léger.

Pour la faire, on opère de même que pour la précédente.

Encre pour le pinceau.

Pour l'usage du pinceau, une encre plus visqueuse est préférable à celle préparée pour la plume. J'ai trouvé que la composition suivante réussit bien. 6 parties cire; G Id. savon ; 3 Id. suif; 2 Id. noir de fumée.

11 suffit que ces matières soient fondues ensemble et chauffées jusqu'à ce qu'elles s'enflamment: elles n'ont pas besoin de brûler longtemps.

Encre pour la plume, de M. Lemcrcier.

La Société d'encouragement a proposé en 1820 un prix de 000 fr. pour une encre lithographique supérieure à celles connues jusqu'alors. Ce prix a été porté en 1828 à 800 fr., et décerné en 1833 à M. I^mercicr.

Voici la composition de cette encre, telle que la donne l'auteur :

« 2 parties cire jaune;

« 1 i/a ld. suif;

« 6 «/* Id. savon blanc de Marseille;

« 3 parties gomme lacque;

« 1 i/a Id. noir de fumée léger.

« On commence par faire fondre la cire et le suif; ensuite on ajoute peu à « peu le savon. Il ne faut pas en mettre trop à la fois, et avant d'en mettre a de nouveau, il faut attendre que le précédent soit fondu, autrement on s'ex- « poserait à faire répandre la matière par-dessus les bords de la casserolle. « Quand le tout est fondu, on ajoute la gomme lacque par petites pincées, a agitant continuellement le mélange. Cet amalgame étant terminé, on aug- « mente le degré de chaleur jusqu'au moment où la vapeur blanche commence « à s'épaissir; alors on retire la casserole du feu, puis on enflamme la matière, « et supjiosant les proportions précédentes prises par onces, on laisserait brute 1er pendant une minute; puis on fait l'amalgame du noir, le délayant pente dant quelques minutes, après lesquelles on remet la casserole sur le feu en « agitant continuellement la matière. On laisse cuire un quart d'heure environ , « et lorsque la cuisson de l'encre est terminée, on laisse refroidir un peu et « on verse cette encre sur une feuille de papier collé, que l'on a frottée d'arc vance avec du savon, pour faciliter l'enlèvement de l'encre de dessus le papier, « lorsqu'elle est refroidie. Arrivée à ce point on fait refondre l'encre pour mieux « mélanger et raffiner la pâte, moyen bien préférable à celui du broyage, qui « est très-difficile attendu qu'il ne peut se faire qu'à chaud. En faisant refondre « la p;'ite, il est essentiel de la remuer continuellement et de la maintenir à une « chaleur modérée. Cette opération étant terminée, on coule l'encre dans un « cadre posé sur un marbre ou une pierre, que l'on a préalablement frottés « avec du savon. Avant que l'encre ne soit entièrement refroidie, on la coupe « par morceaux et on la laisse sécher parfaitement. »

Cette encre contenant une forte dose de savon, se dissout facilement; mais elle a le défaut de devenir promptement visqueuse. Elle coide bien et permet d'exécuter les travaux les plus fins. Cependant elle parait résister moins bien à l'acididalion que celle de INI. Dcsmadryll, et j'ai remarqué que les traits fins et les déliés viennent moins purs au tirage, que lorsqu'ils sont faits avec cette dernière.

Encre pour le huis lithographique

<S parties cire; 3 Id. suif ; G Id. savon ;

6 parties gomme lacque; 3 Id. noir de fumée.

Après avoir fondu ensemble ces substances par le même procédé que pour l'encre lithographique, on y ajoute 8 parties d'encre ordinaire d'impression, et on la coule en gros bâtons.

Couleur grasse , ou encre de co/isert>atwn.

Lorsqu'on veut conserver une pierre dessinée, il ne faut pas la laisser recouverte d'encre d'impression (i). D'abord l'huile s'étend sur la pierre, sèche lorsqu'elle y séjourne pendant un certain temps, et les épreuves perdent par là leur finesse et leur pureté. Plus tard, cette huile finit par sécher entièrement, et on ne peut plus l'enlever à l'essence pour y faire prendre d'autre encre, lorsqu'on veut faire un nouveau tirage (a). 11 convient donc, pour conserver les pierres, de les débarrasser de l'encre d'impression et d'y passer un rouleau chargé d'une autre encre qui ne présente pas les mêmes inconvéniens, et dans laquelle des substances grasses qui ne se dessèchent point, et des résines, remplacent l'huile épaissie ou vernis lithographique. (>n a l'habitude de donner à cette substance le nom de Couleur grasse , il serait plus juste de l'appeler Encre de conservation. Chaque lithographe a la sienne qu'il prépare d'une manière qui lui est particulière.

Observons que l'encre de conservation ne doit contenir que des corps gras qui ne sèchent point; c'est-à-dire qui restent toujours de même, quel que soit le temps qu'on les laisse sur la pierre. La cire et le suif seuls rempliraient bien ces conditions; mais l'encre doit en même temps devenir assez dure pour résister aux légers frottemens, et surtout aux acides lorsqu'on veut faire des rétouches. Aussi est-il bon, pour lui donner cette qualité, d'ajouter à ces deux substances une certaine quantité de gomme lacque. Mais comme cette dernière résine ne se mêle pas à la cire et au suif, il faut procéder par voie de saponification. On commence donc par faite de l'encre lithographique pour la plu- « me, en ayant soin cependant de prendre du savon de suif au lieu de savon d'huile, puisque cette dernière substance se dénaturant par l'âge, ne peut con-

(i) On verra plus tard que celte encre se compose de vernis (bnile épaissie ; et de noir de fumée, broyés ensemble.

(a) Voir la Théorie de Fan lit/wgritjjkr>/ne, et l'article hnilrt.

venir à la préparation de l'encre de conservation ; tandis que le suif y est trèsutile, tant pour que les pierres s'encrent facilement et avec pureté, que pour la bonne conservation des parties grasses. On opère ensuite comme il va être dit.

L'encre de conservation que l'expérience m'a fait reconnaître comme la meilleure, se compose d'encre dure pour la plume, qu'on dissout dans de l'eau pure eu la coupant en petits morceaux, et en la faisant bouillir jusqu'à parfaite solution. Comme l'alcali qu'elle cou rient est nuisible aux pierres, parce qu'il détruit la préparation en décomposant le savon calcaire, et est cause par là que les parties qui devraient rester blanches , prennent de la couleur, on l'en sépare en versant dans cette dissolution de l'acide muriatique jusqu'à ce qu'elle se coagule. On verse l'eau qui s'est séparée des grumeaux, et on lave ceux-ci à plusieurs reprises avec de l'eau, pour en dégager tout l'acide. On eu forme ensuite des boules en achevant d'en exprimer l'eau qui est restée dans les interstices, et on peut la conserver en cet état. •

On se rend facilement compte de la théorie chimique de cette opération. L'acide muriatique ( chlorhydrique ) décompose le savon, en s'emparant de la soucie. De là , formation de chlorhydrate de soude (chlorure de sodium) soluble, qui disparaît par les lavages. Les acides gras devenus ainsi insolubles, se précipitent et forment ces grumeaux dont j'ai parlé, et on s'est ainsi débarrassé de toute la soude du savon.

Pour employer cette encre de conservation , on met quelques-unes de ces boules dans une casserole qu'on pose sur un feu doux, jusqu'à ce qu'elles soient fondues. Alors on enlève le vase du feu , et on y verse de l'essence de térébenthine à peu près le double du volume de la matière. Cette opération doit se faire loin du foyer, car l'essence étant très-inflammable, elle pourrait facilement prendre feu si l'on n'usait pas des précautions convenables; et l'essence brûle avec une telle violence, qu'il serait fort difficile de l'éteindre. I^e seul moyen qui pourrait réussir, serait de couvrir le vase, et d'y jeter ensuite beaucoup de cendres. Lorsque celle dissolution est froide, eile doit avoir la consistance du cérat.

On fera bien d'avoir une pierre et un rouleau sj>écial pour cette encre. Lorsqu'on veut l'employer, on en étend un peu sur le rouleau et on l'égalise, en le passant sur la pierre; mais une fois que le rouleau et la pierre sont couverts d'une quantité asssez grande de couleur grasse, il suffit, quand on veut s'en servir, d'y verser un peu d'essence de térébenthine, et de frotter le rouleau sur la pierre jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment délayée. On continue alors de le rou-

1er jusqu'à ce qu'une partie de l'essence soit évaporée, et que la couleur ait pris la consistance nécessaire pour encrer purement la planche. La table sur laquelle se trouve la pierre et le rouleau à la couleur grasse , doit être munie d'un couvercle à charnière, afin de les garantir de la poussière et de toute autre malpropreté.

La gomme lacque ne 5* dissolvant pas dans l'essence de térébenthine, on a de la peine à enlever cette couleur grasse lorsqu'elle est bien sèche; d'ailleurs sa préparation est longue. Nous y avons substitué le mélange suivant, qui se fait à froid, toutes les parties étant solubles dans l'essence de térébenthine.

10 parties cire;

10 Id. asphalte; 4 Id. suif; 2 Id. noir de fumée.

On divise le tout en petits morceaux, et on y verse de l'essence de térébenthine. An bout de quelques jours ce mélange forme un corps visqueux, de la consistance du cérat, que l'on conserve dans un pot.

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