CHAPITRE XI
ACTOGRAPHIE ET COIfTRE-KPREUVES.
Je réunis dans un même chapitre ce qui concerne l'autographie et les contreépreuves, parce que ces deux méthodes ont entre elles la plus intime liaison, et ne font en réalité qu'un seul des nombreux moyens de reproduction que possède la lithographie.
On appelle autographic le procédé par lequel on multiplie par l'impression une écriture originale d'abord faite sur papier avec une encre graisseuse. Ce procédé, qui appartient à la lithographie seule, et qui ne peut être imité par aucune des autres manières d'imprimer, offre deux grands avantages : celui de donner un fac-similé parfaitement exact, puisque c'est l'écriture elle-même et non une copie qui se trouve reproduite; et celui d'une promptitude extraordinaire, qu'il sera facile de comprendre, lorsqu'on saura qu'il suffit d'écrire sur papier une circulaire, un mémoire, etc., pour pouvoir, peu d'instans après, en obtenir le nombre d'exemplaires désiré. La théorie de l'autographie est facile à saisir pour ceux qui connaissent la lithographie, et qui ont lu avec quelque attention le troisième chapitre du présent ouvrage. Us savent que ce sont les traces graisseuses faites sur une pierre, qui attirent plus tard l'encre d'impression. Pour produire ces traces graisseuses, il n'est pas nécessaire de les obtenir directement sur la pierre : si on les fait sur du papier, dont on applique ensuite la face écrite sur une pierre, et qu'on l'y presse fortement, tous les caractères qui s'y trouvent y adhéreront fortement, et Laisseront pénétrer dans la pierre une partie de leur graisse, qui s'y fixera à l'état d'un savon métallique calcaire, et
produira au tirage le même effet que si ces traces y avaient été faites directement.
L'autographie est un des procédés les plus délicats et les plus difficiles de la lithographie. La moindre négligence peut faire manquer une planche, et comme de pareils accidens arrivent ordinairement lorsqu'on est le plus pressé, parce qu'on croit pouvoir alors s'affranchir de certains soins indispensables, il est nécessaire qu'un lithographe qui veut s'occuper de cette partie avec succès et obtenir des épreuves pures et sans défaut, étudie à fond tout ce qui s'y rattache. Il y a cent recettes d'encre autographique, cent espèces de papier et autant de manières d'opérer le transport sur pierre. Presque chaque lithographe a la sienne, et cependant toutes ces méthodes ne diffèrent que dans quelques détails. Vouloir les décrire toutes, ou même seulement un certain nombre d'entre elles, serait aussi long que peu utile. Je n'entrerai point dans ce dédale, et je me contenterai de faire connaître le procédé que nous avons adopté comme le meilleur, après de nombreux essais. J'y ajouterai quelques notes sur le procédé de M. Cruzel, couronné par la Société d'encouragement; sur une méthode particulière d'autographie sur papier non préparé, pratiquée en Allemagne, et sur un autre procédé inventé par M. Bleibienhaus.
Préparations.
Avant de décrire ces divers procédés, il convient d'abord de faire connaître et d'indiquer avec détail les divers objets dont on aura besoin, et qui sont indispensables.
Papier autographe.
Le papier autographe ou autographique, est un papier ordinaire couvert d'une légère couche de matière gommeuse, qui a pour but d'en isoler entièrement l'écriture faite avec une encre grasse; de manière que celle-ci se transporte toute entière sur la pierre. Nous savons que toutes les gommes, ainsi que les colles végétales et animales sont imperméables aux corps gras, et, sous ce rapport, il eût été indifférent de choisir l'une ou l'autre. Mais pour que les contre-épreuves réussissent bien, il faut que cette couche ne se ramollisse que légèrement par l'humidité, qu'elle ne se dissolve pas avant que le transport sur pierre en soit fait, et que ce papier adhère assez fortement à la pierre pour qu'on puisse le passer plusieurs fois sous le râteau sans qu'il se dérange. Si, par exemple, on voulait employer du papier enduit de gomme arabique, l'écriture s'en détache-
rail trop facilement, et quelques parties se fixeraient déjà au papier sur lequel on humecterait la feuille; d'autres s'imprimeraient sur la pierre avant que le râteau n'y passât, et on n'obtiendrait que des résultats trés-iraparfaits. Si, au contraire, on employait la colle forte seule, elle se dissoudrait trop difficilement, et on ne pourrait détacher la feuille qu'avec de l'eau chaude. C'est pour ces motifs que le meilleur enduit doit être composé de matières qui se dissolvent lentement; mais cependant qui finissent par se ramollir assez pour permettre à l'encre de se séparer complètement. On y a ajouté du blanc d'Espagne, afin que ce corps absorbe une partie de l'eau dans laquelle l'encre est délayée, et que celle-ci s'étende d'autant moins en largeur. Enfin, le but principal de la gomme gutte est de colorer l'enduit, afin qu'on voie du premier coup d'œil de quel côté du papier il se trouve. Voici du reste la manière de préparer ce papier; les proportions que je donne sont celles que l'expérience m'a fait reconnaître comme les plus convenables.
4 onces amidon,
1 » gomme adragante,
2 » colle forte,
I » blanc d'Espagne en poudre très-fine , 1/2 » gomme gutte, 4 litres d'eau.
On met tremper dans une partie de l'eau la colle, la gomme adragante et la gomme gutte, chacune séparément, en observant de mettre la gomme adragante dans un litre d'eau; car elle augmente tellement que la dissolution deviendrait trop épaisse si on mettait moins de liquide. On les laisse ainsi se dissoudre pendant environ deux jours. Lorsqu'on veut faire le mélange, on fait à froid une bouillie épaisse en écrasant l'amidon dans peu d'eau ; et ce n'est que lorsqu'il est bien divisé et qu'il n'y a plus aucune agglomération , qu'on y ajoute le restant de l'eau et qu'on met le vase qui le contient sur le feu. On continue de remuer jusqu'à ce que cette bouillie arrive au degré de chaleur où elle perd sa couleur blanche et sa liquidité, pour devenir bleuâtre et visqueuse. Alors on y ajoute la colle forte, la gomme adragante et le blanc d'Espagne, et on laisse le vase sur le feu, jusqu'à ce qu'on obtienne une colle bien homogène. On la laisse alors un peu refroidir, et on y ajoute la gomme gutte. Si on faisait bouillir cette substance avec les autres, elle changerait de couleur et deviendrait brunâtre. On passe ensuite cette colle dans un linge ou un tamis de crin , et on en étend deux
couches bien égales et aussi minces que possible sur du papier à lettres. Nous nous servons pour cela d'une éponge fine et applatie d'un côté, parce qu'elle laisse bien moins de colle sur le papier, et qu'avec un peu d'habitude, on réussit à l'étendre plus également qu'avec un pinceau. Moins la couche de colle est épaisse et mieux on réussit, pourvu toutefois qu'il n'y ait pas un point qui n'en soit couvert. C'est pour ce dernier motif seul, que nous passons deux couches; car si on était bien sûr de couvrir parfaitement la feuille du premier coup, une seule couche suffirait. Il s'agit seulement d'interposer entre le papier et 1 écriture une matière soluble, pour que celle-ci s'en sépare ensuite entièrement. Si cette couche de colle est trop épaisse, elle devient gélatineuse lorsqu'on humecte le papier, et s'écrase sous le râteau. Il en est de même lorsque des parties seulement se trouvent recouvertes de trop de colle; elles ne peuvent que produire des imperfections dans la contre-épreuve. Lorsque le papier est sec, on en pose une feuille après l'autre sur une pierre polie, le côté encollé tourné contre la pierre, et on les passe sous le râteau, comme si on tirait une épreuve, pour les rendre très-lisses.
Il est bon de ne pas faire une trop grande provision de ce papier ; j'ai remarqué que lorsqu'il a été conservé pendant plusieurs mois, les contre-épreuves ne s'obtiennent plus aussi bien.
En 1826, la Société d'encouragement a proposé un prix de 200 francs pour le meilleur papier et encre autographique. Ce prix a été porté en 1828 à 400 fr., et décerné dans la séance générale du 29 Décembre 1830, à M. Cruzel, lithographe du ministère de la guerre.
Voici la description publiée dans la 30° année du Bulletin de la Société d'encouragement, du procédé de M. Cruzel.
Composition :
« 3 couches légères de gélatine de pieds de moutons, « 1 » d'empois blanc, « 1 » gomme gutte.
« On met la première couche avec une éponge trempée dans de la dissolution « de gélatine chaude, bien également sur toute la feuille et en petite quantité, ■ pour que la feuille étant étendue sur une corde, la gélatine ne coule pas; ce « qui produirait des épaisseurs et des cavités. Lorsque la première couche est « sèche on met la deuxième, et la troisième quand la deuxième est sèche. La der-
» nière couche de gélatine étant sèche, on met avec une éponge la couche d'em- « pois, qui doit être assez léger pour pouvoir s'étendre également sur le papier. « Cette couche d'empois étant sèche, on applique sur le papier une couche de o gomme gutte pilée récemment et dissoute dans de l'eau. Lorsque le papier est a sec, on le lisse à la presse lithographique; plus il est lissé, plus il est facile d'y « tracer à l'encre lithographique des déliés fins.
a La gélatine seule ne convient pas, parce qu'elle s'étend lorsqu'on humecte « le papier; mais employée de cette manière, elle facilite le départ de la couche « d'empois.
« L'empois à l'avantage de ne pas s'étendre lorsqu'il est humecté, mais on ne « pourrait l'employer seul, parce qu'il s'attache trop au papier, qu'il absorbe « l'encre, et que les transports seraient imparfaits si, pour obvier à cet incon- « véoient, on n'employait la couche de gomme gutte.
« La couche de gomme gutte seule réussirait quelquefois, mais elle ne tien- « drait pas lieu du procédé que nous indiquons.
« La gélatine doit être assez légère, pour qu'étant prise en gelée, elle puisse en- « encore être étendue facilement avec une éponge à froid, sur du papier non « collé; elle ne s'attache alors qu'à la surface.
« Lorsqu'on l'emploie à chaud, elle peut être plus forte parce qu'elle s'étend a davantage.
« La gomme gutte doit être employée le même jour qu'elle est dissoute, attendu a qu'à la longue la dissolution devient huileuse; elle ne nuit pas en cet état au « transport, mais elle donne un brillant au papier, qui pourrait rendre le tracé « plus difficile, surtout à des personnes peu exercées.
« L'empois ne peut s'employer qu'à froid, le lendemain qu'il est fait et après « avoir enlevé du vase qui le contient, la peau qui s'y est formée. »
M. Cruzel, employé autrefois dans ma maison, est un des plus habiles autographes, et un papier présenté par lui ne peut qu'être bon. Maintes fois nous avons transporté des autographies qu'il a faites, et toujours elles ont bien réussi ; et si nous préférons employer dans nos ateliers la recette que j'ai donnée, ce n'est uniquement que parce qu'il est plus simple de passer deux couches que cinq, et qu'il y a moins d'inégalités à craindre.
Enav autographique.
Toute encre lithographique peut à la rigueur servir à l'autographie; cependant, on doit donner la préférence à celle qui permet à la plume de tracer les ca-
ractères les plus coulans et les plus déliés. Il doit donc entrer dans cette encre une assez grande quantité de résine, et nous donnons la préférence à une encre qu'on peut tenir à l'état liquide pendant quelques mois. On sait que le savon , lorsqu'il est dissous dans l'eau, devient promptement visqueux; celte encre doit donc en contenir le moins possible, seulement la quantité exactement nécessaire pour favoriser la dissolution dans l'eau, des matières qui la composent, et qui sont les suivantes :
16 parties gomme laque, 10 » cire vierge,
8 » savon,
6 » sang dragon ,
5 » suif ;
On remarquera qu'il n'entre point de noir de fumée dans cette composition. Cette substance n'étant pas soluble, se précipiterait au fond du vase dans lequel on tiendrait cette encre en dissolution; l'addition du sang dragon donne une couleur assez foncée pour qu'on voie l'écriture.
On fait chauffer dans un chaudron la cire et le suif, jusqu'à ce qu'ils soient prêts à s'enflammer; on y jette alors le savon par petits morceaux, et on continue de chauffer jusqu'à ce que la matière s'enflamme. Pendant qu'elle brûle, on y ajoute la gomme laque et le sang dragon. Si la flamme devenait trop violente, on la tempérerait en l'éteignant de temps en temps avec le couvercle, et en y remettant le feu ensuite. On laisse ainsi brûler les matières réunies pendant environ cinq minutes. Si on veut dissoudre toute la quantité d'encre, on y ajoute tout de suite 150 à 200 parties d'eau pure bouillante, qu'on verse avec les précautions convenables dans la matière fondue, et on laisse bouillir jusqu'à ce que l'encre soit bien dissoute. Si on ne veut pas en dissoudre sur-le-champ la totalité, on la verse sur une pierre frottée de savon, et on la divise en la coupant en lanières avec un couteau. Lorsqu'on veut en dissoudre, on prend
1 partie de cette encre, 8 » eau pure;
on les fait bouillir dans un vase de terre propre, jusqu'à réduction d'un quart, et on la conserve dans des flacons bouchés.
L'encre ainsi obtenue se conserve liquide assez longtemps. Cependant à la longue, elle devient gluante. On peut alors lui rendre sa fluidité en y ajoutant
un peu d'eau, et en plaçant le flacon dans une casserole pleine d'eau froide, qu'on chauffe ensuite jusqu'au degré de l'ébullition.
M. Cruzel qui a, ainsi que je l'ai dit plus haut, remporté le prix de la Société d'encouragement pour son procédé autographique, fait son encre de la manière suivante :
« 8 grammes cire vierge,
«2 » savon blanc,
a 2 » gomme laque ,
« 3 cuillerées à bouche de noir de fumée ordinaire.
« On fait fondre ensemble la cire et le savon, et avant que ce mélange s'en- « flamme, on y joint le noir de fumée, que l'on remue avec une spatule; on « laisse brûler le tout pendant 30 secondes; on éteint la flamme, puis on ajoute « peu à peu la gomme lacque en remuant toujours; on remet le vase sur le feu, * pour parfaire l'amalgame, jusqu'à ce qu'il s'enflamme ou soit près de s'en- « flammer. On éteint la flamme et l'on ne verse dans les moules que lorsque l'en- « cre est un peu refroidie.
« On sera peut-être surpris de ne pas trouver de suif dans cette composition ; « nous avons observé que l'encre qui en contient une petite quantité, est bonne a quand on l'emploie de suite et que le transport se fait aussi de suite; mais que a le suif séchant promptement, son effet devient nul, et souvent des ouvrages « transportés quatre à cinq jours après qu'ils ont été écrits paraissent défectueux, « bien que faits par une main très-exercée. Si le suif est employé en plus grande « quantité, les traits s'étendent au transport, et si ce transport se fait longtemps « après le tracé, la défectuosité est encore plus sensible. »
N'ayant point employé cette encre, je ne puis dire quel est son effet, comparativement à celle que j'ai indiquée. Toutefois, je ne puis pas croire à la justesse du raisonnement de M. Cruzel, pour ce qui concerne le suif; car cette substance ne se dessèche point, comme il le suppose. Il faut que l'action qu'il a cru remarquer provienne de quelque autre cause.
La Société d'encouragement a décerné en 1832, une médaille d'or à M. Mantoux, pour une encre autographique dont voici la description (i).
(t) Extraite dn Traité complet de lithographie de MM. Chevalier et Langlumé, avec des notes de MM. Mantoux et Joumac.
Formule (i).
« Gomme copat, , 3 parties,
« Cire, 5 »
« Suif de mouton épuré, 5 »
« Savon, 4 »
a Gomme laque, 5 »
« Mastic en larmes, 5 »
« Soufre, 1/2 »
Fabrication.
« Mettez sur le feu la gomme copal placée dans une casserole en cuivre .-quand a elle commence à pétiller, joignez-y, pour en déterminer la fusion , deux cuille- « rées à bouche d'huile d'olive, et, lorsqu'elle est bien fondue, ajoutez la cire et « le suif; puis, ces matières étant suffisamment échauffées, enflammez-les et jea tez-y, par petites portions, le savon bien desséché et réduit en copeaux minces; « lorsque le savon est fondu, ajoutez, la combustion durant toujours, la gomme « laque et le mastic en larmes. Activez la flamme avec la fleur de soufre; cette « précaution est indispensable, parce qu'aux difficultés que présente la bonne « confection des encres lithographiques, se joint ici celle, plus grande encore, « du mélange parfait de la gomme copal avec les autres substances, mélange que « ce coup de feu a pour but d'opérer. Eteignez alors, pour refroidir un peu les « matières, puis enflammez de nouveau et laissez brûler lentement jusqu'à réduc- « tion d'un quart du volume total.
« En poussant la réduction trop loin, les corps gras se calcinent, et au transie port l'encre ne s'attache plus à la pierre, ou bien elle est enlevée par le rouleau « dans l'opération de l'encrage. Si la composition , au contraire, n'est pas suffi- « samment cuite, l'encre se coagule promptement : pour qu'elle puisse bien con- « server sa fluidité, sans rien perdre de sa solidité, il est important de bien saisir « le degré de cuisson.
« Lorsqu'on veut délayer cette encre, on en fait dissoudre une partie dans dix « parties d'eau, et on laisse bouillir jusqu'au moment où la liqueur prend une « couleur jaune pâle; alors on y trempe une plume taillée, pour s'assurer si elle
(i) A l'exposition de i834, M. Mantbox a reçu uoe médaille de bronze pour la
« ne coule pas trop aisément. Ce point obtenu, on essaie l'encre sur du papier a autographe, et si ses traces sont brillantes et donnent, en séchant, un beau re- « lief , elle est assez réduite.
« Lorsqu'elle est ainsi confectionnée, on peut la mettre dans un flacon bouché « à l'émeri; elle se conservera liquide pendant des années sans s'altérer et sans « déposer. L'encre ancienne est même préférable à la nouvelle.
« Lors du transport de l'autographic, on peut se dispenser de faire chauffer les « pierres, si elles ne contiennent pas d'humidité; mais pour peu qu'elles en ren- « ferment, il est indispensable de les chauffer pour la faire disparaître : sa prea sence est la cause la plus ordinaire de l'imperfection du décalque.
« Ceux qui la trouveraient trop pâle pourraient, lorsqu'ils veulent s'en servir, « la mettre dans un petit flacon et y ajouter soit un peu de carmin , soit un peu a d'encre de Chine bien délayée; il n'en faut préparer ainsi qu'une petite quan- « tité, parce que l'addition de ces corps étrangers, susceptibles de décomposition, « la détériore en peu de jours. »
Cette encre est très-bonne; elle coule bien et permet de faire les traits les plus fins et les plus déliés. Le transport s'obtient avec beaucoup de pureté, et je n'hésite pas à reconnaître cette recette comme la meilleure de toutes celles que j'ai encore essayées. L'encre est assez colorée pour qu'on voie ce qu'on écrit. D'ailleurs, outre les moyens que propose l'auteur pour la colorer davantage, on pourrait le faire aussi en remplaçant en tout ou en partie, dans sa composition, le mastic qui est une gomme blanche, par du sang dragon, dont la nuance est d'un rouge foncé.
De t Écriture.
On peut, sans inconvénient, tracer des raies au crayon de mine de plomb sur le papier autographique ; on peut même le frotter de sandaraque en poudre, en l'essuyant toutefois le mieux possible, sans que cela fasse du tort au transport. Pendant qu'on écrit, on doit se servir d'un garde-main, et avoir bien soin de ne pas toucher le papier autographique avec des doigts gras; car chaque trace graisseuse qui se trouve sur ce papier, se transporte sur la pierre en même temps que l'écriture, et prend le noir à l'encrage. Si on fait une faute, il ne faut pas la gratter, car on enlèverait en même temps la couche de colle, et ce qu'on écrirait à la place ne se détacherait plus du papier. Il vaut mieux enlever le mot ou la phrase mal écrite, en la lavant à l'essence de térébenthine, qui dissout l'encre sans altérer la couche gommeuse qui couvre le papier ; mais il faut avoir soin
alors de laver la place bien proprement, et de manière qu'il ne reste aucun vestige de l'encre sur le papier. Si on n'aperçoit une faute que lorsqu'une page est écrite, et qu'elle ne se trouve pas assez isolée pour pouvoir la laver à l'essence, on coupe avec un canif le morceau sur lequel la faute se trouve , et on colle derrière un petit morceau de papier autographique , sur lequel on refait la partie enlevée.
Transport.
Pour faire le transport de l'écriture, on met en presse une pierre poncée; mais on doit veiller à ce qu'il n'y reste aucun vestige d'un ancien dessin. Comme on acidulé ces pierres très-faiblement, on risquerait que ces traits anciens reparussent avec la contre-épreuve. Les pierres tendres sont préférables aux pierres dures pour les autographies. Elles viennent beaucoup mieux au tirage, sans doute parce que la graisse les pénètre plus promptement et plus facilement. On doit avoir soin , avant de procéder au transport, d'essuyer la pierre avec un linge . propre, afin d'en enlever la poussière et autres corps étrangers qui pourraient s'y trouver et s'interposer entre sa surface et la feuille écrite.
On pose alors la copie qu'on veut transporter, sur quelques feuilles de papier, le revers en-dessus, et on l'humecte légèrement avec une éponge trempée dans un mélange d'eau et d'acide muria tique, marquant 1 1/2 degré à l'aréomètre; le même qu'on emploie pour l'acidulation des dessins au crayon. On laisse agir un instant, jusqu'à ce que le papier en soit pénétré, et que sa surface jaune devienne un peu gluante. Il faut se garder de mouiller le papier trop fortement, car la colle devenant par là trop molle, permettrait au papier de glisser un peu sur la pierre, et de former des plis sous le râteau; ce qui dérangerait l'écriture, et le transport se ferait mal. J'ai même vu des cas où il y avait trop de colle sur le papier, et alors, parce qu'on l'avait trop mouillé, la pression successive du râteau a fait sortir la colle ramollie de dessous la planche, et l'a étalée sur les marges de la pierre. T.e papier étant ensuite posé sur la pierre, en ayant la précaution de ne pas le frotter, on le recouvre d'une douzaine de feuilles de papier de soie. Cette espèce de matelas a pour but de rendre la pression moins vive, et d'empêcher par là que l'encre ne s'étale. On abat le châssis, et on passe la pierre sous le râteau en donnant une faible pression. Cette première opération a pour objet de fixer la feuille sur la pierre. On change alors de place le papier de soie, afin que s'il s'y trouvait quelque inégalité, elle ne restât pas au même endroit, et on passe une seconde fois sous le râteau, en donnant une pression un peu plus
forte. On répète cette opération six à huit fois, en augmentant successivement la pression, afin d'appuyer bien solidement l'écriture sur h pierre. On mouille ensuite le papier avec la même eau acidulée dont on s'est servi pour l'humecter, et on la laisse pendant tpielques minutes jusqu'à ce que le papier commence à former des plis, qui sont la preuve que la matière gommeusc est suffisamment dissoute. On enlève alors la feuille qui ne doit contenir aucune trace de l'écriture, si l'opération a bien réussi. Après cette opération, il reste sur la pierre une partie de la couleur jaune qui recouvrait le papier autographique. Pour l'enlever, et achever d'aciduler la pierre, on y passe un blaireau, ou mieux encore un pinceau fait avec des cordes, dont on trouve la description au chapitre de la préparation des pierres, et qu'on a préalablement trempé dans l'eau acidulée qu'on a sous la main. Si l'autographie se compose de traits délicats, ou qu'on ait quelque autre raison d'appréhender que cette acidulation puisse l'altérer, on peut s'en dis|ienser; surtout si la pierre et le papier ont été maniés avec une grande propreté, et qu'il n'y ait aucune tache graisseuse à craindre. On peut se contenter d'y passer de la gomme en se servant d'une éponge douce.
Tout cela fait, on peut procéder immédiatement à l'encrage, surtout si on a acidulé et gommé la pierre. Mais si on n'a fait que la gommer, il vaudrait mieux la laisser sécher d'abord. On lave, à cet effet, la gomme avec de l'eau, et on procède à l'encrage sans laver la pierre à l'essence. On passe d'abord le rouleau lentement et en l'appuyant assez fortement, jusqu'à ce que l'encre ait bien pris sur tous les traits. On tire ensuite une épreuve, et si elle est bien, on peut continuer à tirer. Mais s'il y avait quelque tache ou parties écrasées, il faudrait les enlever au grattoir, et si des mots ou des lettres manquaient ou venaient dépouillées, il faudrait les retoucher après qu'on aurait laissé sécher la pierre.
Âtttogrçphie sur papier non préparé.
Beaucoup de lithographes de l'Allemagne font leurs autographies sur du papier ordinaire, sans le couvrir préalablement d'aucun enduit gommeux. Je suis convaincu que le procédé que je viens d'indiquer doit être préférable, en ce qu'il est plus sûr et surtout plus prompt, puisqu'on peut procéder au tirage immédiatement après le transport; ce qui est d'autant plus important, qu'on n'emploie ordinairement l'autographie que dans des cas où on est pressé. Cependant, pour compléter ce qui concerne l'autographie, je vais extraire de l'ouvrage sur la Lithographie, de M. Uantz, la description de son procédé autographique, et le lecteur pourra ainsi comparer les deux méthodes.
Encre autographique.
« 3 parties gomme laque,
« I » cire,
« G » suif,
« 5 » mastic,
« 4 » savon ,
« 1 » noir de fumée.
« On met le savon , la cire et la gomme laque dans un poêlon , et on les fait a chauffer jusqu'au moment où la masse cesse de jeter de l'écume. Ensuite, on « ajoute le mastic, et après que celui-ci est fondu, on ajoute le suif et à la fin le « noir.
« On conserve cette encre à l'état solide, et pour la dissoudre, on la frotte dans « un godet avec de l'eau pure, comme l'encre lithographique ordinaire.
« Tout papier à écrire lisse , est bon pour cette opération ; cependant les sortes « les plus minces sont préférables, à cause de la facilité avec laquelle l'acide peut « les pénétrer.
a Lorsque l'écriture est terminée et bien sèche, on pose la feuille sens dessus « dessous sur le papier mou , et on l'humecte par derrière avec un mélange de 1 partie acide nitrique, 3 » eau ,
« jusqu'à ce que l'écriture soit visible à l'envers, et que l'encollage du papier « soit détruit. On trempe ensuite la feuille dans l'eau pour enlever par le lavage « tout l'acide qui pourrait y être resté. Ceux qui pratiquent d'habitude ce moyen, « ont un baquet carré qui contient de l'eau, et un châssis qui puisse y entrer, « et sur lequel on a tendu des fils sur la longueur et la largeur; de manière à for- » mer une espèce de filet, dont les mailles ont uu pouce carré. On pose la feuille « acidulée sur ces fils, et on la plonge ainsi à plusieurs reprises dans l'eau. En- « suite, on la place entre des feuilles de papier fongeant pour en enlever l'eau « surabondante.
« La feuille est ensuite appliquée sur la pierre destinée à recevoir la contre- « épreuve, et qui doit être légèrement chauffée. On la recouvre de quelques ma- » culatures et on la passe sous le râteau avec une assez forte pression. La feuille « peut s'enlever facilement.
« On laisse refroidir la pierre. Pendant ce temps, on peut enlever au grattoir « les parties qui se seraient étalées, et ou retouche celles qui manqueraient.
« Cela fait, on gomme la pierre, et on la laisse encore un peu reposer. Ena suite, on enlève cette gomme, et on lave la pierre au moyen d'une éponge, « avec de l'eau gommée dans laquelle on a versé un peu d'acide nitrique; de ma- « nière à former sur la pierre des bulles de gaz à peine visibles. On frotte en- « suite un chiffon dans de la couleur d'impression , à laquelle on ajoute un peu « de suif, et on en frotte la planche pendant qu'elle est humectée de cette eau a gommée acide, jusqu'à ce qu'on voie que la couleur a pris partout sur l'écri- « ture. On enlève alors la gomme au moyen d'une éponge trempée dans l'eau , « et on procède à l'encrage comme de coutume. Si la planche prenait le noir en « certaines parties qui doivent rester blanches, on la laverait de nouveau avec « la gomme acide. »
Si, comme je l'ai dit, ce moyen me parait moins prompt et moins parfait pour l'autographie, que l'usage du papier couvert d'un enduit gommeux, il peut recevoir une autre application utile en l'employant au décalque de dessins dont le trait devrait être fait à l'encre. On prendrait, à cet effet, du papier végétal qu'on poserait sur le dessin à reproduire, et on y tracerait le calque avec l'encre autographique que je viens d'indiquer, en se servant d'une plume d'acier et d'un tireligne. On opérerait, comme il est dit ci-dessus , pour le transport sur pierre. Aussitôt le papier enlevé, on laisserait sécher la pierre sans la gommer, et on la terminerait au crayon. Ce moyeu serait d'autant plus utile pour l'exécution au crayon de dessins d'architecture, d'ornemens, de machines et autres qui doivent avoir un contour net et fin , qu'il est fort difficile de faire un trait fin à l'encre sur une pierre grenée. Le papier à enduit gommeux ne pourrait être employé pour cet usage, puisque les matières mucilagineuses dont il est couvert, se fixeraient en partie sur la pierre, et empêcheraient les travaux au crayon de tenir.
Procédé Je M. Bleibienhaus.
En 1820, M. Bleibienhaus de Salem, aux environs de Constance, imagina un procédé d'autographie différent de ceux que je viens de décrire, et qui a rendu de bons services avant qu'on eût perfectionné le papier autographique. Il nous le communiqua en 1822, et nous nous en sommes servis pendant plusieurs années. Ce procédé s'est même répandu à Paris hors de notre atejier, et plusieurs lithographes en ont fait usage.
T.a différence principale de ce procédé avec les autres, consiste dans l'emploi d'un papier verni pour y tracer l'écriture. M. Bleibienhaus prend, à cet effet, une feuille de papier fort , ou même de parchemin ; il la tend sur un châssis et la
couvre d'une couche de vernis lithographique, étendu d'essence de térébenthine, et il la suspend a l'air pour la laisser sécher. Mieux vaudrait encore faire pour cet usage du vernis composé d'une livre d'huile de lin qu'on fait bouillir avec 2 onces de litharge; il sécherait plus vite. On écrit sur ce papier verni avec de l'encre lithographique, on le pose ensuite sur une pierre légèrement chauffée, et on le passe sous le râteau, en donnant une pression moyenne. On enlève alors la feuille de papier verni, qui ne retient que très-peu d'encre, et on acidulé la pierre comme un dessin au crayon. La même feuille de papier verni peut servir pendant longtemps. 11 suffit pour cela tic laver avec de l'eau de savon et un chiffon de laine, ce qui est resté de l'encre lithographique, et de la rincer ensuite avec de l'eau pure; après quoi on l'essuyé avec un linge propre. Si on n'a pas le temps de faire du papier verni, ou qu'on ne veuille pas s'en donner la peine, on peut se servir de taffetas ciré qu'on tend sur un léger châssis de fil de fer. Comme la substance sur laquelle on écrit est lisse et élastique, l'écriture devient trèsnette et se reporte de même sur la pierre. Ce procédé est prompt et manque rarement; il n'y a même pas de doute, qu'avec une pression plus forte et une encre convenable, on ne réussisse à faire ces transports sur des pierres froides; ce qui abrégerait encore l'opération. Le seul inconvénient tpie pré-sente le procédé de M. Meibienhaus, consiste dans la difficulté qu'on a d'écrire sur le vernis, la plume s'engageant facilement dans cette substance molle, et c'est ce qui est cause qu'aujourd'hui on lui préfère le papier autographique.
Ce moyen pourrait être employé comme le précédent pour des décalques, et sous ce rapport, il aurait l'avantage que ceux-ci conserveraient la dimension exacte du modèle; tandis que ceux faits sur papier végétal s'allongent par le fort degré d'humidité qu'on est forcé de leur donner.
Reports, ou contre-épreuves des pierres lithographiques.
En partant du principe qu'une trace graisseuse faite sur une pierre, n'importe par quel moyen, suffit pour attirer l'encre d'impression, on comprendra facilement que si on tire sur un papier une épreuve avec une encre grasse, et que si on pose ensuite la face du papier ainsi imprimée sur une pierre neuve, il lui communiquera une plus on moins grande quantité de cette encre grasse, et que celle-ci à son tour pourra attirer l'encre d'impression, lorsqu'on y passera le rouleau. Aussi, tous les lithographes étaient convaincus de la possibilité de multiplier des planches par le moyen des contre-épreuves, et tous ceux qui se sont occupés d'étendre les limites de cet art nouveau, ont fait des essais nombreux
pour parvenir à un résultat aussi important. Mais on a rencontré dans l'application des difficultés très-grandes, et pendant longtemps on n'a obtenu (pie des résultats informes et grossiers. Ce n'est que depuis quelques années que plusieurs lithographes sont arrivés à une certaine perfection dans cette partie.
La multiplication des planches par le moyen des contre-épreuves, offre des avantages immenses sous le rapport de l'économie et de la prompte multiplication des objets. Lorsqu'on est bien au fait de ce procédé, il suffit de faire sur une planche une seule étiquette, par exemple, ou tout autre objet dont on veut tirer un grand nombre, pour en remplir ensuite une grande pierre et en tirer 10, 20, 50 à la fois; et si celle pierre vient à s'user, elle est refaite à l'instant par une nouvelle série de contre-épreuves de la pierre matrice qu'il suffit de conserver seule.
Je ne crois pas avoir besoin de dire que, dans mes établissemens, nous ne sommes pas restés en arrière en fait d'études de ce procédé, et après de nombreux °>ssais nous sommes à la fin parvenus à résoudre cette question de la manière la plus satisfaisante.
Le papier dont nous nous servons est couvert du même enduit gommeux que lé papier autographique, avec cette seule différence, qu'au lieu de papier à lettres collé, nous employons du papier sans colle. Et comme la première condition pour obtenir une bonne contre-épreuve est d'avoir une épreuve parfaite, nous employons à cet usage du papier de Chine.
L'encre avec laquelle on lire les épreuves, joue dans cette opération un rôle forl important. Elle doit donner des empreintes de la plus grande pureté; elle doit adhérera la pierre sans s'étendre par la pression, et y pénétrer autant que possible, pour former avec elle un savon métallique, indispensable à un bon tirage. L'encre d'impression seule ne remplirait pas ces conditions; aussi pour donner plus de fermeté à l'encre, et en même temps obtenir des épreuves plus pures, nous avons ajouté au vernis, de la cire et du suif; et pour que cette encre pénètre davantage dans la pierre, nous avons fait entrer une partie de savon dans sa composition. Enfin, pour augmenter son adhésion après le tirage de la contre-épreuve, nous y ajoutons de la térébenthine. En voici les proportions :
1 parlie cire,
1 » suif,
1 » savon noir, 12 » venus moyen,
6 » térébenthine de Venise.
On met sur le feu le vernis, la cire et le suif, dans un vase qui contienne au inoins le triple de leur volume, afln que ces matières qui augmentent considérablement par la fusion, ne passent pas par-dessus les bords. Lorsque la cire et le suif sont fondus, et que le mélange est parvenu à peu près au degré de chaleur de l'eau bouillante, on y ajoute le savon par petites parties, en ayant soin que l'ébullition causée par l'eau d'une partie qui se vaporise, ait cessé avant d'en ajouter une autre. Sans cette précaution , on courrait le risque qu'il s'élevât une telle quantité d'écume, qu'elle déborderait le vase, et qu'on ne serait plus maître de l'opération. Lorsque tout le savon est incorporé, et que l'ébullition a entièrement cessé, on enlève le vase du feu, et on y ajoute la térébenthine.
C'est avec ce vernis et la quantité de noir de fumée nécessaire, et qui n'a pas besoin d'être aussi considérable que pour l'encre d'impression ordinaire, qu'on broyé l'encre avec laquelle on tire les épreuves. Ce vernis se prend en masse lorsqu'il est refroidi; mais il se ramollit sous la mollette, et forme une encre qui produit un tirage d'une grande pureté.
On lave à l'essence la planche dont on veut faire des contre-épreuves, et on Vencrc avec la couleur dont je viens de donner la composition. Cette encre doit être plus forte que l'encre d'impression ordinaire. L'imprimeur doit mettre le plus grand soin à obtenir des épreuves pures qui, d'ailleurs, n'ont pas besoin d'être très-vigoureuses; car le défaut des contre-épreuves est plutôt devenir trop noires que trop claires. Tous les efforts doivent donc tendre à les obtenir nettes et pures. On tire les épreuves sur le côté jaune du papier de Chine dont j'ai parlé ci-dessus. Comme ce papier devient gluant par l'humidité, il faut se garder de l'humecter, car il se collerait tellement sur la pierre, qu'on ne pourrait l'enlever qu'en lambeaux. Lorsqu'on tire des épreuves de planches dessinées à la plume, on peut l'imprimer à sec; mais s'il s'y trouve des travaux très-fins et gravés, il faut l'humecter légèrement en le plaçant quelques secondes seulement entre du papier humide. Dans cet état, il se colle sur la pierre par le tirage, mais n'y tient pas assez pour qu'on ne puisse l'enlever en y mettant les soins convenables. L'imprimeur doit s'attendre à en déchirer quelques feuilles avant de saisir tout juste le degré d'humidité nécessaire. Dans tous les cas, il faut laisser sécher la planche avant d'y poser le papier. On peut liâler sa dessiccation en agitant l'air au-dessus avec une feuille de papier.
Il faut en général, apporter dans toutes les opérations la plus grande propreté, et bien se garder de toucher les épreuves avec des doigts gras; car ce n'est qu'à cette condition qu'on peut espérer un résultat satisfaisant.
Il est rare qu'où ne transporte qu'une seule épreuve sur une pierre. Si on fait cette opératiou , c'est ordinairement pour en garnir une planche d'un certain nombre, qui doivent être placées dans des divisions régulières. Il serait trop long et trop difficile de les poser l'une après l'autre, et on aurait de la peine à arriver à les ranger avec une parfaite régularité. 11 vaut mieux prendre une feuille du même papier dont on s'est servi pour tirer les épreuves, afin qu'en l'humectant elle s'allonge dans la même proportion que les épreuves. On fait sur cette feuille, au moyen d'un crayon de mine de plomb, la division dont on a besoin; on découpe exactement les épreuves, et on les place dans ces divisions en les collant légèrement par les quatre coins. Mais, ainsi que je l'ai dit ci-dessus, cette opération doit être faite avec délicatesse, et en ayant soin de ne toucher les épreuves que le moins possible, et sur les marges ou autres places blanches, afin de ne pas faire de taches. On met alors la feuille entière ainsi disposée, entre du papier humide, et on l'y laisse jusqu'à ce qu'elle soit humectée partout également, et qu'elle ne fasse plus de plis.
Pendant ce temps, on place dans la presse une pierre polie à la pierre ponce, et sur laquelle il ne doit exister aucune trace d'un ancien dessin. 11 est bon de remarquer que, ainsi que les autographies, les contre-épreuves viennent mieux sur les pierres tendres que sur celles qui sont dures. On ajuste le râteau, on essuyé la planche avec un linge propre, et ou y pose ensuite la feuille qui contient les épreuves. Cette feuille doit, comme pour les autographies, être humide au point seulement de se coller sur la pierre par la pression; mais l'enduit gommeux ne doit pas en être ramolli. On la recouvre d'une douzaine de feuilles de papier de soie, et on la passe plusieurs fois sous le râteau avec une pression progressive, ainsi que je l'ai décrit à l'article des autographies. On mouille ensuite la feuille au revers, et on l'enlève aussitôt qu'elle se détache. Cela fait, on mouille les épreuves qui sont fortement collées sur la pierre , et on enlève le papier à mesure que la gomme se dissout. On passe ensuite de la gomme sur la pierre au moyen d'une éponge et ou la laisse sécher. Le lendemain , on lave la gomme à l'eau, et on passe sur la pierre un rouleau chargé de l'encre à contre-épreuves, à laquelle on ajoute du vernis moyen pour la rendre plus liquide et faciliter son adhérence. Cette opération a pour but d'augmenter la couche de matière grasse sur les lignes transportées, et de faciliter par là leur combinaison avec la pierre. On y passe ensuite de la gomme, en laissant de nouveau reposer la pierre jusqu'au lendemain ; alors on répète la même opération, et ce n'est qu'au troisième jour qu'on lave la pierre à l'essence, et qu'on passe à l'encrage avec l'encre d'impres-
sion (1). Si elle vient bien, on peut tout de suite en continuer le tirage; mais il faut, surtout au commencement, la traiter avec soin, et la donner à un bon imprimeur, ces pierres étant plus délicates que celles sur lesquelles on a dessiné directement. Si la pierre ne venait pas bien et exigeait des retouches, ou si on voulait y faire quelque changement, il faudrait la mettre sous la couleur grasse, et attendre, au moins un jour avant d'y toucher, que cette couleur fût bien sèche. 11 est probable que, si après l'avoir mise en couleur grasse, on la laisse sans gomme, les retouches qu'on y fera à l'encre tiendront, parce que sur les pierres neuves la couche de gomme insoluble ne parait pas être aussi bien fixée que si elles sont gommées depuis longtemps. Cependant , pour être plus sur de son fait, U vaut mieux la laver à l'eau mêlée de jus de citron , ainsi qu'on le verni à l'article des retouches.
On remarquera que ces pierres ne sont point acidulées, et que la gomme seule est employée comme moyen de préparation. C'est par ce motif qu'elles doivent être traitées avec une grande propreté; car la moindre trace graisseuse ferait une tache au tirage. On pourrait cependant, lorsqu'elles sont en couleur grasse, y passer un léger acide, si l'état des planches le rendait nécessaire; mais ordinairement c'est une opération inutile.
On peut, avec de l'habitude et de l'adresse, obtenir par ce procédé des contre-épreuves de planches dessinées au crayon. Cependant, surtout si on voulait opérer sur des dessins très-soignés, cm aurait de la peine à atteindre la finesse du modèle. Ordinairement les dessins qui ont subi cette opération deviennent plus lourds et d'un grain plus gros; mais pour des dessins à la plume et des planches gravées, les personnes qui ont acquis une certaine pratique dans cette opération, obtiennent des épreuves qu'un connaisseur setd pourra distinguer de celles de la planche originale.
On peut par le même procédé, faire des transports de pierres gravées; mais cette opération est plus difficile que lorsqu'il s'agit de dessins à l'encre; nonseuleinent parce cpie les travaux sont ordinairement plus fins; mais parce qu'ils sont en creux; et que pour en obtenir de bonnes épreuves, il faut que le papier SOlt humide. Or, comme on ne peut l'humecter que jusqu'à un certain point, ahn de pouvoir encore l'enlever de la pierre, c'est dans l'expérience que l'imprimeur aura acquise danscette opération, que résideront tous les élémens de succès;
(') t>aas le cas où on serait pressé, on pourrait abroger ces délai*.
car pour le reste, l'opération est exactement la même que celle que je viens de décrire. On encre la pierre avec l'encre à contre-épreuves rendue plus liquide en y mêlant de l'essence de térébenthine. Lorsque la pierre est encrée, on la fait sécher, et on y pose alors la feuille de papier à contre-épreuves, qu'on recouvre d'un drap bien feutré, et on tire l'épreuve. En la relevant, il faut non-seulement avoir soin de ne pas la déchirer; mais comme on doit tirer assez fortement, il ne faut pas tirer toujours à la même place pour ne pas allonger le papier dans cet endroit, et ne pas déformer par là l'épreuve; surtout si on opère sur des cartes géographiques ou autres planches qui exigent une grande régularité.
En employant les mêmes moyens, on peut transporter sur pierre des épreuves fraîches typographiques, et faire ainsi une espèce de stéréotypie. Il suffit pour cela, de faire tirer par un imprimeur une épreuve bien pure, avec l'encre à contre-épreuves qu'on peut, au besoin, rendre un peu plus liquide, en y ajoutant de l'essence de térébenthine, sur du papier à contre-épreuves, et de la transporter ensuite sur pierre par le procédé que j'ai indiqué.
Ce moyen serait certainement employé souvent, si le tirage beaucoup plus cher de la lithographie que celui de la typographie, n'y mettait obstacle; car des livres imprimés par un transport bien fait, seraient plus beaux que ceux tirés avec les caractères; puisqu'il n'y aurait pas de foulage. Je ne connais qu'un seul cas où ces transports pourraient avoir une application utile; c'est celui où on voudrait imprimer un ouvrage dans lequel on intercallerait lieaucoupdc dessins au milieu du texte. On laisserait alors les espaces vides dans la composition typographique, on tirerait une épreuve sur papier préparé, et on pourrait ensuite y dessiner à la plume, et par le procédé autographique, des figures simples. On pourrait tirer, toujours sur papier à contre-épreuves, des épreuves de pierres ou mêmes de planches de cuivre, les coller dans les intervalles, et transporter le tout ensemble; ou bien faire seulement le transport de l'épreuve typographique, et tracer ensuite directement sur la pierre les figures qu'on voudrait intercaller. Si un jour on trouve un procédé d'impression mécanique pour les planches lithographiques, plus économique que celui qu'on emploie aujourd'hui, ce procédé recevra un grand nombre d'applications utiles.
En 1833, la Société d'encouragement a proposé un prix de 3000 fr. pour celui qui aura lait adopter définitivement les reports des dessins et lettres autographiques intercallées dans les épreuves typographiques. Ce prix n'a pas encore été remporté.
Reports de planches en cuivre.
Dans la partie historique de cet ouvrage, on aura vu que les premiers reports de planches de cuivre sur pierre ont été opérés dans mon établissement de Paris, et que dès 1 821 , cette partie de la lithographie se trouvait régulièrement exploitée par nous. Non-seulement nous avons fourni par ce procédé le grand nombre de tabatières à la charte que M. Touquet a lancées dans le public, et dont j'ai déjà parlé; mais nous avons exécuté une quantité de reports d'objets pour différens industriels, comme pour confiseurs, etc. Cette branche si intéressante a pris non-seulement un degré particulier de développement par l'application qu'on fait des reports à la multiplication des cartes géographiques; mais aussi par nombre d'épreuves vendues au public, qui passent à ses yeux pour des épreuves de planches de cuivre, tandis qu'elles sont réellement tirées avec des pierres lithographiques.
Le premier procédé que j'employai , étant dérivé de celui des impressions sur fayence, fut le suivant.
On choisit du papier sans colle, mince et d'une pâte spongieuse et bien pourrie, qui se pénètre promptement d'eau et ne retienne point l'empreinte qu'on y a tirée. Il faut ordinairement en essayer plusieurs sortes avant d'en trouver une bien bonne. C'est la coquille sans colle, qu'on fabrique pour les presses à copier les lettres, qui nous a généralement le mieux réussi. On humecte ce papier, comme pour les tirages ordinaires des imprimeurs en taille douce, et on y imprime la planche de cuivre avec la couleur habituellement employée pour ces planches.
Immédiatement après que l'épreuve est tirée, on la pose sur un vase large rempli d'eau, de manière que le revers seul touche le liquide, et qu'il n'en vienne pas une seule goutte sur l'épreuve. En un instant la feuille se pénètre d'eau, et on la retire alors en la tenant par deux angles, pour la poser sur du papier fongeant, ou du carton sans colle, en ayant soin qu'elle ne fasse pas de plis. On l'y laisse jusqu'à ce que toute l'eau en excès soit absorbée, et (pie le papier ne paraisse plus brillant. Alors on la pose sur une pierre poncée, de manière que l'empreinte soit tournée contre la pierre : on l'y appuyé en se servant d'une roulette ( planche xlv ) garnie de drap , qu'on a eu soin d'humecter en la faisant tourner dans l'eau, et qu'on essuyé en la faisant rouler sur du carton, afin que l'épreuve conserve le même degré d'humidité et ne se contracte pas en séchant; ce qui dérangerait la contre- épreuve. Mais aussi il ne faut pas que
l'épreuve soit mouillée, car alors elle communiquerait trop d'humidité à la pierre, et elle n'y adhérerait pas bien. On commence par fixer 1 épreuve par le milieu, et on roule alors vers les bords, pour faire sortir toutes les bulles d'air qui se trouvent entre l'épreuve et la pierre. Lorsque la feuille est bien hermétiquement appliquée partout, on continue d'y passer la roulette dans tous les sens, en appuyant successivement plus fortement. Lorsqu'on a repassé ainsi souvent sur tous les points, de manière qu'on croie l'épreuve fixée sur la pierre, on trempe la roulette dans l'eau et on la passe sur le papier, pour qu'il se pénètre d'eau. Lorsqu'il est bien ramolli , on le soulève par un coin pour voir si l'épreuve se trouve sur la pierre; si non, on le laisse retomber et on continue l'opération. Si ce report réussit comme il faut, il ne doit rester sur le papier qu'une légère omr bre , et l'épreuve doit se trouver sur la pierre avec la plus grande netteté.
On laisse ensuite sécher la planche pendant quelques jours, et on la prépare comme uno pierre au crayon.
• J'ai obtenu de très-bons résultats par ce moyen, et ils auraient sans doute encore mieux répondu à mon attente, si au lieu de l'encre ordinaire des imprimeurs en taille-douce, nous avions employé l'encre à contre-épreuves; mais lorsque l'épreuve à transporter était de grande dimension, l'emploi de la roulette donnait souvent lieu à des inégalités, et on avait beaucoup de peine à l'empêcher de sécher dans une place, tandis qu'on travaillait dans une autre.
Lorsque nous avons vu que les épreuves des planches lithographiques gravées réussisaient parfaitement sur papier à contre-épreuves, l'idée nous est venue d'essayer le même procédé pour les planches de cuivre, et un succès complet a été k suite de ces essais. Nous avons fait encrer la planche de cuivre avec l'encre à contre-épreuves, étendue en cas de besoin d'un peu d'essence de térébenthine : nous avons attendu que la planche fut refroidie et nous avons alors tiré des épreuves sur papier préparé, légèrement humide. Ce papier adhère un peu aux planches, mais si l'humidité est au point convenable, on réussit cependant à l'en détacher. Le report s'est fait comme pour les planches lithographiques. Il faut surtout avoir soin, dans cette opération, que le cuivre soit parfaitement neN toyé, et qu'il n'y reste aucune trace graisseuse; sans quoi celle-ci se contreépreuverait sur la pierre, et attirerait l'encre d'impression.
La Société d'encouragement a proposé en 1831 , un prix de la valeur de 1000 fr., pour le transport des anciennes gravures sur pierre lithographique.
A ma connaissance , personne n'a encore résolu ce problème. On a bien obtenu par divers moyens, une trace de contre-épreuve d'anciens imprimés; on a
même, dans plusieurs ouvrages sur la Lithographie, publié des moyens d'y parvenir; mais je n'ai connaissance d'aucun essai qui ait produit quelque chose de pur et de satisfaisant.
titho-typogrtiphîe (i).
Je ne dois pas terminer ce chapitre sans parler d'une invention toute récente, qu'on a signalée comme capable de produire une véritable révolution dans l'art de l'impression; je veux dire la Lilho-ty|>ographiede MM. Dupont frères. N'ayant pas moi-même connaissance de ce procédé, je ne puis que citer ici les paroles de MM. Dupont même, qui semblent prédire un puissant avenir à leur découverte; j'y ajouterai seulement cette phrase de M. le baron Thénard, dans son rapport sur la dernière ex|K>sition des produits de l'industrie :
« La lithographie est parvenue à opérer facilement le report de toutes les impressions ; les ouvrages les plus rares pourront donc être reproduits avec tous les caractères qui les distinguent. »
Voici à présent comment s'expriment MM. Dupont.
«< Nous avons fait une découverte fort importante pour l'imprimerie.
« Il s'agit du remplacement des clichés ou stéréotipes par des feuilles-types , « c'est-à-dire par de simples épreuves, et de la réimpression des vieux livres et « des vieilles gravures sans le secours des caractères d'imprimerie ni des plan- « ches gravées.
« 11 y a là toute une révolution dans l'art de l'imprimerie.
« Les typographes auront compris que l' Imprimerie en lettres est aujourd'hui « inséparable de la Uthographie, et que les deux arts réunis et combinés par « notre procédé, auquel nous avons donné le nom de Litho-typographie , étaient « appelés à revivifier la Typographie , dont la décadence était notoire.
« Les lithographes auront vu, de leur côté, que d'après ce procédé ils peu- « vent devenir producteurs de livres et avoir part aux travaux de la librairie.
« L'une des conditions essentielles du commerce et de l'industrie en général « est île tendre constamment à simplifier les moyens de production, pour amea ncr d'abord l'abaissement du prix des produits et, comme conséquence, un « accroissement de la consommation. Sous ce rapport, la typographie, abandon- « née à ses seules ressources, est restée depuis bien des années stationnaire. La « lithographie est venue prendre place à côté d'elle sans que nul imprimeur ait
( i) J'ai cru devoir ajouter ce qui suit aux notes laissée» par M. Engelmann. P.
« songé à faire tourner ses ressources au profit de l'art typographique. De leur « côté les lithographes, qui n'avaient ni intérêt, ni les moyens suffisans pour « comhiner entre elles les deux industries, se sont homés au dessin et à l'impres- ■ sion des travaux légers, tels que factures, mémoires, circulaires, avis, etc.
« Ainsi, dès l'origine, ces deux arts restèrent en quelque sorte étrangers l'un « à l'autre. Un petit nombre d'imprimeurs*de Paris et des départemens réunirent, » il est vrai, une lithographie à leur typographie, mais sans les confondre, sans « même avoir l'intention d'utiliser réciproquement leurs procédés.
« En réunissant une lithographie à notre imprimerie en lettres, notre but a été « principalement de faire que ces deux arts se prêtent un mutuel appui, et les « expériences que nous avons tentées nous ont procuré les résultats les plus « avantageux.
■ Notre méthode embrasse trois divisions bien distinctes : « Reproduction des vieux livres et des vieilles gravures; « Remplacement des clichés pour les ouvrages de librairie; o Cadres et modèles dits ouvrages de ville ; « Reproduction des gravures.
« 1° Cadres et modèles dits ouvrages de ville.
a Nos premiers essais ont d'abord porté sur les modèles imprimés qui forment « l'une des branches les plus importantes de notre Imprimerie administrative.
« La conservation de ces modèles, dont le nombre s'élève à près de 1,000 et « augmente chaque jour, nous avait été jusqu'ici si coûteuse par les procédés or- « dinaires, que nous avions renoncé à donner à cette branche iuq>ortante de « notre maison tout le développement dont elle était susceptible.
a En effet, pour conserver les planches des modèles composés en caractères « d'imprimerie, lithographiées ou même clichées, il eût fallu des capitaux énor- « mes qu'aucune entreprise industrielle n'aurait pu réunir. La place mémestric- « tement nécessaire pour les caser dans un ordre méthodique ne pouvait se trou- « ver, au centre de Paris, sans un loyer onéreux. Tirer un grand nombre d'exem- « plaires d'avance, pour détruire ensuite la planche, c'était encore engager des « capitaux longtemps improductifs et s'exposer à de grandes pertes, si le modèle « venait à éprouver des changemens par suite de lois ou d'instructions nouvelles. « Dans l'un comme dans l'autre cas, ces dépenses considérables forçaient à aug- « menter le prix des modèles, et dès lors le but principal était manqué; car, pour « généraliser dans toute la France et jusqu'au sein de la plus petite commune
« l'emploi des modèles administratifs, pour que chaque fonctionnaire pût en faire « usage, il fallait obtenir dans leur confeclion une économie telle que leur prix « fût à peine au-dessus de celui du papier blanc. Il fallait aussi trouver le moyen a de satisfaire à chaque instant aux demandes adressées des différens points de « la France, et fournir les modèles à un prix uniforme, n'en demandât-on qu'un « seul exemplaire. La lithchh-pographic seule a pu nous mettre a même de remit plir celle double condition.
« Au lieu de conserver soit les planches, soit les clichés, nous nous bornons « à en prendre quelques empreintes sur un papier préparé, et avec une encre spé- « cialc de conservation qui en rend le report facile à toute époque. Dès qu'il parti vient une demande, Tune de ces empreintes est fixée sur pierre, et l'on peut « ainsi tirer sur-le-champ le nombre exact d'exemplaires dont un fonctionnaire a a besoin. Cette opération est répétée pour chaque commande nouvelle. Dès « lors , il n'y a plus d'autres frais que ceux du papier et du tirage ; car les em- « preintes-matrices ne sauraient s'épuiser, puisqu'on peut les remplacer au fur « et à mesure de leur emploi.
« Pour le premier établissement des planches à fdets notre procédé réalise même a d'immenses avantages.
« Tout le monde sait combien la composition des cadres et des tableaux est « coûteuse en typographie, non-seulement par le prix de main-d'œuvre payé à « l'ouvrier, mais par l'usure des matériaux employés.
« C'est à grande peine, en outre, qu'on obtient dans les tableaux à nombreux « compartimens, une régularité parfaite, une précision rigoureuse. Mais ce n'est « là qu'un des moindres inconvénient Les filets coupés en petits morceaux n'ont « plus désormais aucun emploi, et il est peu de cadres compliqués qui ne coûtent « à l'imprimeur, en perte matérielle de filets, 4 ou 5 francs par page. On con- « çoit, dès lors, combien le prix des tableaux, malgré leurs imperfections, doit « encore rester élevé.
« En lithographie, la composition des tableaux n'est guère plus économique « par suite du prix élevé que coûte l'écriture placée dans les tètes de colonnes ; « seulement ils sont plus parfaits en ce qui concerne les fdets et les cadres. Aussi « n'hésiterait-on pas à préférer ce dernier mode si le texte était plus lisible; mais a jusqu'à ce jour aucun écrivain n'a pu parvenir à dessiner des lettres aussi pu- « res, aussi nettes, aussi régulières que les caractères typographiques; enfin, « travaillant moins vite que l'ouvrier typographe , il est payé beaucoup plu* cher.
« Il faut donc reconnaître comme un fait incontestable :
« Que l'imprimerie est à meilleur marché, plus lisible et plus prompte pour « les textes;
« Que la lithographie, au contraire, est « meilleur marche', plus parfaite et « plus prompte pour les filets et cadres.
« Il s'agissait donc simplement, pour résoudre le problème, d'emprunter à la « lithographie et à l'imprimerie ce que chacune fournissait de mieux, de plus « prompt et de plus économique.
« C'est là tout le secret de la litho-tjpographie appliquée aux ouvrages d'ad- « ministration.
<x II est démontré, par les exemples que nous avons soumis au jury de l'expo- « sition générale, que l'économie varie pour les ouvrages à filets faits en litho- « typographie de 25 à 80 p. 0$.
a Chaque imprimeur comprendra que, par un pareil moyen, il peut se mettre « à même d'exécuter tous les modèles qui lui seront présentés, presque sans « frais.
a Dans beaucoup de cas même, lorsqu'un modèle leur sera présenté imprimé « tel, par exemple, qu'il est envoyé de l'Imprimerie royale, ils pourront, à l'aide a du procédé que nous appliquons aux vieux livres, et dont nous parlerons plus « loin , l'appliquer par simple report sur la pierre, et faire immédiatement des ti- « rages dont la composition n'aura rien coûté.
« 2° Remplacement des clichés pour les ouvrages de librairie.
« Des cadres imprimés nous sommes bientôt arrivés à la reproduction, par la o litho-typographie, des ouvrages même de librairie.
« L'invention du clichage a fait faire à la l'imprimerie un pas immense, et on a peut juger du développement qu'elle a reçu par le nombre considérable d'atc-
• liers de clichage qui se sont établis à Paris.
« Les éditeurs y trouvaient des économies importantes et la possibilité de pu- « blier avec sûreté des ouvrages qu'ils n'eussent pas osé faire imprimer à un
* grand nombre d'exemplaires. Mais ces avantages dont peu d'établissemens de « province sont encore dotés étaient rachetés par des inconvéniens de plusieurs « espèces, et qu'il est nécessaire d'indiquer ici, afin qu'on puisse mieux apprécier « les avantages de la litho-typographie. '
« 1" Chaque page in-8" coûte, même aujourd'hui, terme moyen, 1 fr, 50 cent. « Pour un volume de 500 pages, l'éditeur est donc obligé de faire une dépense de o 750 fr. dont il ne peut guère retirer que le tiers, valeur intrinsèque de la ma-
« tière , si , par suite du peu de «uccès de la première édition , les clichés devieno uent sans emploi.
« lorsque l'ouvrage se comjxïse de plusieurs volumes, cette dépense engage « un capital énorme devant lequel reculent bien des éditeurs incertains du suc- « ces. C'est ainsi que les clichés du Bulletin annote fies Lois ont coûté au-delà de « 20,000 fr., somme que nous n'aurions certainement pas avancée si nous eus- « sions un seul instant douté d'une deuxième édition.
« 2" Les pages s'altèrent avec une extrême facilité, et les corrections en sont « fort coûteuses. On les paie ordinairement à raison de 5 cent. la lettre, et un « ouvrier en place difficilement plus de 80 en un jour. Dès qu'il faut remanier, « elles deviennent même tout-à-fait impossibles, et il est plus économique de re- « composer la page entière.
« 3° Le clichage est un véritable fléau pour l'imprimerie; car il détériore le ca- « ractére dans un court espace de temps. Il résulte des expériences que nous « avons faites sur de nouvelles fontes que le caractère d'un volume stéréotypé a a été plus usé, après le tirage de ce volume, que le caractère qui avait imprimé « deux volumes sans stéréotypage. Cela se conçoit facilement, lorsqu'on son»e « que, pour lui faire prendre exactement l'empreinte des traits les plus déliés, le » plâtre dont on enduit la forme est fnippé avec une brosse, et qu'il reste ainsi, « entre les caractères ou dans les entre-lignes, des parcelles de plâtre qui ne peu- « vent être enlevées que par un frottement répété. Assez souvent, aussi, le moule « manque dans certaines parties, et il faut, avant de recommencer, dégager avec « une |Kiinte de fer le plâtre qui remplit toutes les cavités : opération longue, dif- « fictle, et dans Inquelle il est impossible de ne pas attaquer un grand nombre « de lettres. Dans les deux cas, il résulte pour les caractères des altérations « sensibles; les arêtes qui forment l'œil de la lettre s'arrondissent, s'émoussent, « et le caractère a bientôt perdu la netteté et le relief qui faisaient tout son mérite.
« 4* Un autre inconvénient que les imprimeurs ont rencontré dans le clichage, « c'est la nécessité de faire transporter les formes de leurs ateliers dans ceux du « clicheur. Non-seulement les caractères peuvent quelquefois se mettre en pâte, « mais, soit dans le double trajet, soit dans les ateliers du clicheur, les formes « éprouvent des chocs qui écrasent les lettres, ou des frottemens qui les dété- « riorent.
« Ce court résumé des inconvéniens et des frais occasionnés par le clichage « suffit |K)ur démontrer combien ce mode d'impression laissait encore à désirer à « la librairie française.
« C'est pour obvier à tous ces inconvéniens que nous proposons le remplace- « ment des clichés par des épreuves-types qui n'usent point le caractère, ne coù- « tent pour ainsi dire rien , et sont au moins aussi parfaites que les empreintes « en métal.
- Supériorité de la litho-typographie sur le c là liage.
« Le mode de réimpression litho-typographique présente tous les mérites du o clichage sans aucun de ses inconvéniens. Voici ses principaux avantages.
■ 1* Des empreintes. — Pour conserver l'empreinte du caractère, il suffit en « litho-typographie d'imprimer par les procédés ordinaires une feuille sur papier * préparé, et avec une encre spéciale. A quelque époque qu'on veuille plus tard « se servir de cette feuille, elle fournit une impression soignée, et pour ainsi dire « de luxe, au nombre de plus de 12 à 1,500 exemplaires.
« Les frais, par ce procédé si simple, sont bien inférieurs à ceux du clichage « ordinaire, comme on peut en juger par la comparaison suivante :
« Prix du clichage a'un volume in-S".
« 500 pages, à raison de 1 fr. 50 seulement par page (le prix s'élève souvent « à 2 fr.) donnent un total de 750 fr. »
« L'usure du caractère ne peut s'estimer à moins de 2 fr.
« par feuille. G2 »
« Total. 812
« Prix d un volume litho-t/pographié.
« Chaque feuille de 1 6 pages coûte 1 fr.; soit, pour 30 feuilles. 30 t> « Économie obtenue par le nouveau procédé. 782 »
« C'est-à-dire 96 pour 0,0.
« 2° Des corrections. — Les corrections litho-typographiques sont faciles et nul- « lement coûteuses. Le mot, la ligne, le paragraphe que l'on veut changer, est « composé dans le même caractère que l'original. On en prend épreuve de la ■ même manière, avec un papier préparé que l'on colle sur les mots ou les lignes « modifiés, et l'empreinte transportée sur la pierre s'y retrace très-correctement. » Les frais se bornent donc à ceux de composition , qu'on n'évite pas, d'ailleurs, « dans la correction des clichés. La promptitude et la facilité de cette opération,
« comparées à celles exigées pour le clichage, présentent une économie de plus de « moitié.
« On peut modifier ainsi des colonnes entières, des fractions de pages ou de « tableaux avec autant de rapidité que de facilité et d'économie.
« 3° Usure du caractère. — L'empreinte-matrice prise pour la litho-typographie a ne saurait nuire en rien au caractère, ainsi qu'on le comprendra sans peine, « puisqu'il ne s'agit que de l'impression d'une feuille de plus. L'économie qui en « résulte pour les imprimeurs ne peut 6'évaluer à moins de 15 p. 00.
a 4° Imposition. — La feuille à imprimer, tirée du carton où tout l'ouvrage « se trouve renfermé, est, après une légère préparation, mise sous presse, et « une seule pression suffit pour la décalquer. Le tirage commence à l'instant « même.
« Le temps, qui représente aussi de l'argent dans le commerce, est donc sur- « tout économisé par ce procédé; car l'imposition et le tirage, à 100 exemplaires, a de 16 pages de clichés, ainsi que j'en ai fait souvent l'expérience, donnent sur « l'imposition et le tirage en litho=typographie une différence de plus de deux « heures.
« 5° Tirage, — Le clichage a principalement pour objet d'éviter à l'éditeur des « avances onéreuses dans lesquelles il n'est pas toujours sûr de rentrer. Si, par « exemple, l'ouvrage est imprimé à un petit nombre d'exemplaires, les frais de « composition pesant sur l'édition entière, le prix de revientde chaque exemplaire « est fort élevé et la vente difficile. S'il est imprimé à grand nombre, le prix de « revient baisse progressivement; mais les avances du papier, tirage, emmagasi- « nage étant de beaucoup accrues, l'insuccès du livre peut ruiner l'éditeur.
« Eu clichant, le tirage peut avoir lieu à un petit nombre d'exemplaires. Si le « livre ne réussit pas, la perte est peu considérable; si, au contraire, l'édition s'é- « puise rapidement, on trouve toujours, dans les clichés, le moyen de fournir « successivement aux besoins de la vente.
« D'après ces données, un ouvrage cliché est rarement imprimé à plus de 100 * exemplaires, parce que l'éditeur a toujours la ressource, lorsque cette édition « est vendue, d'en faire une autre : tl évite ainsi des frais d'emmagasinage, la défi térioration des exemplaires, et gagne l'intérêt d'un capital qui aurait pu rester ,« longtemps improductif.
« Il n'est pas jusqu'au local nécessaire qui ne présente une économie. Pour les .« clichés, il faut des armoires ou des casiers, et, comme le poids est fort lourd, « un local au rez-de-chaussée. Pour les feuilles litho-typographiées quelques
« grands cartons suffisent. L'éditeur, ce qui est pour lui une garantie de plus, « peut garder lui-même les empreintes de son ouvrage.
« L'empreinte-matrice ne se perd jamais, et il y a plusieurs moyens de la cono server. Au lieu de garder une seule empreinte, on pourrait, à la rigueur, en « conserver 25 et même davantage, qui, à 1000 exemplaires seulement par em- « prein te, donneraient un tirage 25,000 exemplaires, nombre égal à celui que « peuvent fournir des planches clichées. Mais cette précaution est inutile, puis- « qu'une seule feuille suffit pour fournir, après le décalque et par le même pro- « cédé, de nouvelles empreintes pourvues des mêmes qualités reproductives, et « qui permettent de faire constamment de nouvelles éditions.
« Ainsi, les imprimeurs de province qui, la plupart, étaient privés des avan- « tages du clichage, pourront l'obtenir par notre procédé qui le met à la portée « des établissemens même les inoins importans.
« 3° Reproduction des vieux livres et des vieilles gravures.
« Nos essais, qui ont bientôt une année de dalc, nous démontraient de la ma- « nière la plus certaine que le report des empreintes destinées à remplacer le cli- « chage pourrait se faire à toute époque; cependant il était permis de craindre « le contraire tant qu'on n'avait pas acquis la seule sanction incontestable, celle « du temps.
« Dans la vue de dissiper nos appréhensions, M. Auguste Dupont , notre frère, « se livra avec ardeur et persévérance au transport direct des anciennes impres- « sions,et le succès le plus complet répondit à ses espérances. Cette découverte « permettra de reproduire les livres les plus rares et les plus précieux, de com- « plétcr, pour toutes les bibliothèques, des ouvrages qui n'existent que dans « quelques-unes (i). On ne saurait donc contester à la litho-typographie la durée « du report de ses empreintes; car si l'on obtient la reproduction d'une vieille « impression faite avec une encre ordinaire et sur un papier ordinaire, à plus c forte raison doit-on compter sur le succès, quand on se sert d'une encre spé- « ciale et d'un papier préparé exprès.
(i) « Quelques essais avaient été faits précédemment ; il a même paru a l'exposition de t83.».
• des page» de vieux livres reproduites par la lithographie. Mais soit que des difficultés imprévues
• aient arrêté les auteurs, soit par toute autre cause, ce procédé, si important pour le commerce « de la librairie et les progrés de l'esprit humain , est resté enseveli dans l'obscurité. Ce qni consti- « tue une découverte industrielle, c'est moins un premier essai que la mise à exécution cl l'appli- « cbi lion sur do larges bases. »
« Ainsi, l'application de la litho-typographie à toutes les impressions nou- « velles n'est plus une question. Mais la découverte qui en assure I'infaillihité, et « la garantit même aux plus incrédules, peut avoir de bien autres conséquences, « et devenir elle-même un art particulier et d'une importance non moins incon- « testable.
« Avantages île cette découverte. — Ses nombreuses applications.
« Considérée sous le rapport des intérêts de la science, elle offre des avantages « d'un ordre élevé et se lie étroitement au passé autant qu'à l'avenir de la civilia sation.
« On comprendra qu'il est une foule d'ouvrages grecs, latins, français, édités . dans les premiers siècles de la typographie, qu'on n'imprime plus aujourd'hui, « et qui pourtant sont recherchés par les savans; portés, d'ailleurs, à des prix « très-élevés, à cause de leur rareté, ils ne peuvent être la propriété que de quel- « ques établissemens publics et de quelques riches bibliophiles. Et pourtant il « serait à désirer qu'ils fussent plus répandus, autant dans l'intérêt de la réputa- « tion de leurs auteurs que dans celui de la propagation de la science.
« Cette découverte, qui est le complément de la litho-typographie, en dimio nuant de beaucoup les frais d'impression , notamment des livres scientifiques « et en langues étrangères, en dotera les bibliothèques publiques, dans lesquelles <t on les cherche souvent en vain , et les mettra entre les mains de tous les hommes « éclairés.
« Les vieux livres français seront reproduits dans l'orthographe du temps où a ils furent publiés, avantages immenses qu'apprécieront les philologues et tous « ceux qui savent combien il est difficile de conserver dans des éditions nouvelles « l'orthographe des siècles passés.
« Quant aux ouvrages grecs et latins, il y a beaucoup d'anciennes éditions qui « sont devenues fort rares et dont on est en danger de déplorer la perte. La lilho- « typographie rendra cette perte impossible.
« Mais l'utilité de cette découverte est surtout bien évidente en ce qui con- « cerne les livres écrits en langues étrangères et imprimés en caractères étran- « gers.
«r C'est qu'en thèse générale, un ouvrage ne peut être bien imprimé que dans « le p ays où sp arle la langue de l'auteur.
« Le procédé litho- typographique , en ne faisant subir aucune altération à « l'ouvrage reproduit, pourra propager parmi nous les meilleures éditions des
« livres imprimés hors de notre pays, et qui sont tombés dans le domaine pu- «blic.
« De ht contre-façon.
« Après avoir décrit les bienfaits de l'art nouveau que nous venons de mettre « en lumière, il faut bien en signaler les inconvéniens , afin qu'on arrive à en « pallier le danger.
« Il n'est pas douteux que la litho-typographie ne puisse favoriser puissam- « ment la contrefaçon.
« Si cette découverte était advenue à quelqu'un qui eût voulu en faire un mau- « vais usage, il l'eût gardée très-secrètement, et eût pu ruiner la librairie fran- « çaise, sans que de longtemps on en eût découvert la cause.
« En la publiant, au contraire, on met tout le monde en garde contre un pa- « reil moyen de contrefaçon.
« Ce n'est pas une des moindres raisons qui nous ont engagé à prendre un « brevet, qui sera une garantie non-seulement pour nous, mais pour le com- « merce de la librairie.
« Ce que nous désirons , c'est que cette découverte tourne au profit de la « science; qu'elle serve à la propager dans toutes les classes de la société, prin- « cipalement par la reproduction des ouvrages anciens tombés dans le domaine « public, et des ouvrages en langues étrangères.
Mise en œuvre du procédé.
« Notre système de reports est en pleine exploitation — // a procuré sur un « seul ouvrage une réduction de 55,000 fr.
« Outre les applications nombreuses que ce procédé reçoit déjà dans notre atea lier de l'hôtel des Fermes, où nos presses lithographiques sont toutes occupées « de réimpressions d'anciens ouvrages, il vient de rendre possible un livre d'une « haute importance : l'Histoire de la découverte de V Impression et de son appli- « cation à la gravure, aux caractères mobiles et à la lithographie, par M. Léon « de Laborde.
« Voici ce que dit l'auteur dans son prospectus qui vient de paraître : « Un ensemble de recherches sur les arts de l'impression n'avait jamais été fait; « on a publié d'innombrables ouvrages sur l'imprimerie et sur les estampes, mais « on n'a jamais réuni dans un corps d'ouvrage tout ce qui concerne ce sujet : « c'est la tâche que je me suis imposée. L'étude des arts, l'habitude de la gravure,
* un long séjour en Allemagne et plusieurs voyage» en Hollande et en Italie, « m'ont fait espérer que je pouvais apporter dans cette matière des connaisse sances et une expérience pratique qui ont souvent manqué à ceux qui l'ont « traitée.
o L'ouvrage que je publie aujourd'hui a été annoncé, il y a trois années, en « Allemagne, comme devant paraître incessamment; en effet, mes recherches, « qui ne sont pas restées infructueuses depuis cette époque, étaient déjà alors u assez avancées pour présenter un ensemble; mais ce qui m'a empêché de les « mettre au jour, c'était l'obligation d'ajouter au texte un nombre considérable « de fac-similé, aussi longs à exécuter que coûteux. Ces retards auraient pu se >■ « prolonger, si une invention dans les arts même de l'impression n'était venue a en aide à celui qui voulait en écrire l'histoire.
« Au moyen du transport sur pierre, on est parvenu à reproduire avec exac- « titude et sans altérer sensiblement l'original toute impression, qu'elle que fut « son ancienneté; j'ai fait exécuter des essais dont les résultats ne me laissent « aucun doute sur l'heureux emploi de ce moyen , et sur la facilité qu'il donne à « ma publication. »
a En effet, pour reproduire tous les fac-similé des anciennes gravures sur bois « qui remontent à la naissance de l'art, les vignettes nombreuses, les types des « caractères des différeus âges, il eût fallu dépenser plus de 00,000 fr. Notre « procédé en rendra l'exécution facile et peu coûteuse.
« On ne peut se faire qu'une idée imparfaite de tout ce que ce nouvel art ren- « dra exécutable. Chaque jour en fait reconnaître de nouvelles applications; le « temps pourra seul les indiquer toutes, ainsi que les nombreux perfectionne- « mens que ce procédé acquerra lui-même par une plus longue expérimentation.
« Nous ne cesserons de nous occuper de le porter au plus haut degré de pera fection possible, et nous prenons d'avance l'obligation de ne laisser ignorer o à nos cessionnaires rien de ce que nous pourrons concevoir d'innovations heu- « reuses dans l'art auquel nous voulons les initier. »