‹ Traite de lithographieChapitre 35 sur 63 · PRÉPARATION DES PIERRES POUR L'IMPRESSION · texte numérisé non relu

PRÉPARATION DES PIERRES POUR L'IMPRESSION

On attache généralement une très-grande importance à cette opération; chaque lithographe a ses procédés plus ou moins compliqués , qu'il pratique ordinairement avec beaucoup de mystère ; et dans certaines lithographies, la prépation d'une pierre est un événement qu'on met plus d'un jour à accomplir. On pense que le sort entier d'un tirage dépend de la manière dont l'acidulation a été faite. Je suis loin de regarder cette opération comme aussi essentielle. Certainement, il faut qu'elle soit bien faite comme toutes les autres; mais d'après ma conviction, il y a plus de causes de succès ou de dommage dans la main de l'imprimeur que dans l'acidulation même.

D'après mon opinion, que j'ai longuement développée à l'article Théorie de Vart b'thogmp/uque , dans le troisième chapitre, la préparation doit avoir pour but P de fixer sur la pierre la couche gommeuse insoluble qui la protège contre tout nouveau corps gras qu'on voudrait y appliquer; ce qui fait (pie les parties qui doivent rester blanches ne prennent pas l'encre d'impression. D'après cette manière de voir, l'acide ne jouerait dans cette opération qu'un rôle secondaire, et c'est à la gomme que serait réservée l'action principale. On sait, en effet, que si une pierre est parfaitement propre, et qu'il ne s'y trouve aucun corps étranger, la gomme seule suffit pour lui donner la propriété de repousser les corps gras, et conséquemment l'encre d'impression. Je pense donc que, dans cette circonstance, l'acide n'a d'autre fonction à remplir que celle de décaper la pierre, en détruisant une légère couche de sa surface, et de faire disparaître ainsi tous les corps étrangers, et surtout les traces graisseuses légères, qui pourraient atti-

rer l'encre d'impression. Ainsi, la gomme fait pénétrer et fixe jusques dans les moindres interstices du grain, la couche insoluble quelle forme avec la pierre, et dont j'ai parlé à la fin du troisième chapitre.

Secondement, l'acide a pour objet de décomposer le savon, qui est la base essentielle de l'encre et des crayons lithographiques. 11 se forme ainsi un sel de soude, soluble, qui disparaît au lavage; et les acides gras, devenus libres, forment alors le savon calcaire insoluble qui, d'après moi, constitue sur la pierre les traits destinés à attirer l'encre d'impression. Toutefois, je dois rappeler que j'ai établi que la gomme seule qu'on passe sur les pierres, suffit pour produire un semblable effet. Aussi, je ne suis pas de l'avis des personnes qui pensent que les parties vigoureuses d'un dessin au crayon doivent être plus fortement acidulées (pie les parties légères. Puisque la gomme seule agit suffisamment, ce n'est pas sur un dessin qui ne présente le savon qu'en couche imperceptible, qu'il peut être nécessaire d'employer plus ou moins d'acide, pour obtenir l'action chimique dont je viens de parler. Aussi, n'est-ce point sur 1 encre même ou le crayon du dessin, qu'on croit généralement qu'agit l'acide. On ne l'emploieque pourdonner un certain relief à la pierre, et faciliter par là le tirage, disent quelques lithographes, qui ne semblent frappés que de l'action énergique d'un acide sur une pierre de carbonate de chaux. C'est encore une erreur à mon avis. Le dessin n'a besoin d'aucun relief pour attirer l'encre lithographique; cette attraction étant purement chimique, comme je crois l'avoir suffisamment expliqué à la lin du troisième chapitre. Qu'on essaie d'aciduler une pierre de manière à obtenir un fort relief, et on verra que non-seulement elle ne s'imprimera pas mieux qu'une planche où le dessin est de niveau, mais que même elle s'imprimera moins bien, et qu'il se formera des bavures et des impuretés sur le côté des traits.

L'habitude contractée par quelques lithographes d'aciduler plus fortement une partie d'un dessin qu'une autre, n'est donc pas seulement inutile, mais elle offre, je crois, les plus grands dangers. Comment faire cette acidulation partielle, si ce n'est avec un pinceau qui n'étendra jamais l'acide bien également, cl laissera des gouttes et des raies sur certaines parties qui seront attaquées plus fortement à ces places, et produiront ensuite des inégalités. Où s'arrêter sans s'exposer à ce qu'on aperçoive au tirage la ligne où on a changé la force de l'acidulation, et comment calculer le degré de la préparation, lorsqu'il va une multitude de tous. Il faudrait donc , d'après ce système, avoir autant de mélanges acides à différons états de concentration.

On m'objectera, peut-être, que l'acide est nécessaire pour décomposer le

crayon et empêcher qu'il ne soit enlevé plus tard par les lavages réitérés; mais j'ai déjà démontré que., même pour cet objet, il n'est pas indispensable; la gomme dont il faut nécessairement couvrir une pierre avant le tirage, décomposant le savon alcalin , et donnant aussi lieu par là à la formation du savon calcaire insoluble.

Après ces observations préliminaires, je vais indiquer la manière dont je m'y prends pour aciduler les pierres, et qu'une longue expérience m'a fait reconnaître comme préférable à toutes celles qui sont parvenues à ma connaissance, et surtout comme offrant le moins de danger et d'inégalités. Des milliers de pierres ont été préparées suivant cette méthode dans nos ateliers, et je ne connais pas un exemple d'une seule qui aurait été manquée.

Pierres dessinées à t encre.

Ces pierres ayant été couvertes d'une légère couche graisseuse pour faciliter l'écriture, et d'ailleurs, l'encre lithographique résistant mieux aux acides que le crayon , il convient de les aciduler assez fortement pour être sûr qu'elles soient parfaitement décapées.

J'emploie pour cela un mélange de

6 parties eau de gomme, à peu près de la consistance de l'huile, 1 » acide muriatique du commerce à 23 degrés.

Beaucoup de lithographes emploient l'acide nitrique; mais comme ces deux acides produisent exactement le même effet, et que l'acide muriatique est beaucoup meilleur marché, j'ai dû lui donner la préférence.

L'acide phosphorique prépare les pierres également bien, mais il est encore beaucoup plus cher que l'acide nitrique.

L'acide sulfurique donne aux pierres, même en présence de la gomme, la propriété de repousser l'encre d'impression; parce qu'il change leur surface en sulfate de chaux, sel sur lequel, ainsi que nous l'avons vu à la partie théorique, les corps gras ne peuvent se fixer. Mais cette couche étant très-friable, elle se détache promptement de la pierre.

Je pose la pierre de niveau sur un lavoir (planche xt,xt, Jig. 1). C'est une table creuse A, dont le fond B est formé par deux planches inclinées vers le milieu, et placées en pente vers le bec C, par lequel les eaux qu'on y répand s'écoulent dans le baquet D. Au-dessus sont fixées quatre fortes barres E, E, E, E, placées de niveau et destinées à recevoir la pierre.

Pour passer l'acide sur la pierre, on pourrait se servir d'un pinceau très-large,

en poil de blaireau, de l'espèce connue sous le nom de queue de morue. Mais comme l'acide délruit promptcment ces pinceaux, et qu'ils coûtent fort cher, je les remplace par l'outil suivant (fig. 2). Autour d'une planchette légère A B, dont l'extrémité B a 3 à 4 pouces de large, j'enveloppe deux tours de flanelle que je lie avec une ficelle en C. Pour s'en servir, on en trem|>e la partie inférieure dans le mélange et, en la retirant, on laisse écouler l'excès d'acide. On passe ensuite cette espèce de pinceau deux fois sur la pierre, en sens opposés. Le mélange blanchit par suite de l'effervescence que cause le dégagement de l'acide carhonique. Ou attend que cette effervescence ait cessé, et on lave alors la pierre avec de l'eau, pour la mettre immédiatement en presse. Comme il se trouve de la gomme mêlée a l'acide, il est inutile de la gommer avant le tirage, la couche de gomme insoluble s'étant formée au moment même où on y a passé le mélange.

Pierres dessinées au crayon.

Ces pierres n'ayant. point reçu de préparation grasse avant le dessin, un fort acidulage serait inutile et pourrait endommager les parties les plus légères qui, par les points extrêmement déliés dont elles sont composées, offrent bien moins de résistance que les traits à la plume. D'ailleurs, le crayon est simplement frotté sur la pierre à l'état solide, et y adhère par cette raison moins que l'encre qui y est portée à l'état liquide.

La majeure partie des lithographes mettent leur pierre dans une position plus ou moins inclinée, et y versent à plusieurs reprises l'eau acidulée. Je trouve ace moyen l'inconvénient que partout où il y a de fortes traces graisseuses, il s'arrête au-dessus une couche plus forte de liquide, qui peut produire des inégalités. L'acide passe trop rapidement sur la pierre pour agir convenablement, et en général, l'action est moins sûre que sur une pierre placée de niveau; car si, dans ce cas, on y verse une quantité d'acide plus que suffisante pour la couvrir, l'excédent s'écoulera par-dessus les bords, et on aura une quantité constamment la même qui restera sur la pierre.

C'est de cette manière que j'opère. Je pose la pierre de niveau sur le lavoir décrit à l'article précédent : je commence par nettoyer, à l'essence ou à la pierre ponce, toutes les traces de crayon ou autres salissures qui se trouvent sur la marge, et j'y passe la préparation forte dont je me sers pour les dessins à la plume.

Je prépare alors dans une éprouvette un mélange d'acide muriatique et d'eau

marquant 1 1/2 degré à l'aréomètre. Je ne m'écarte de cette proportion que dans des cas fort rares; par exemple, par les fortes chaleurs où l'action de l'acide est plus énergique, ou si j'ai à traiter une pierre tendre. Je ne l'augmente que dans le cas où un ton roux répandu sur un dessin, m'indique qu'elle a sué et que, par conséquent, une partie du savon contenu dans le crayon s'est dissous et a coulé dans les intervalles du grain. Alors je le porte à 2 degrés. 11 serait fort long d'employer chaque fois l'aréomètre pour déterminer la quantité d'acide à ajouter à l'eau; d'ailleurs, cette opération est peu précise, puisqu'il est difficile de voir à 12 degré prés , le niveau de l'eau qui décrit une courbe en remontant le long du tube gradué de l'aréomètre. Pour faire le mélange d'une manière prompte et avec line grande précision , j'emploie un tube île verre gradué ( planche xlvi , fig. 3) , qui a quatre lignes de diamètre intérieur et 8 à î) pouces de haut. Après avoir mesuré exactement la quantité d'acide, environ 6 grammes, nécessaire pour porfer à 1 degré de l'aréomètre le demi-kilogramme d'eau, que contient l'éprouvette que j'emploie, je la verse dans le tube et j'y inarque, au moyen d'un diamant, la division N° 1 ; j'y verse ensuite une seconde quantité semblable, et je marque la division 2 ; puis une troisième qui donne la division 3. Chaque division occupe une hauteur d'environ 45 lignes, que je partage ensuite en 1/2 et quarts; de cette manière, je puis mesurer bien exactement la quantité d'acide que je veux employer, et qui diffère fort peu de ce qu'on aurait, en obtenant rigoureusement à l'aréomètre 1, 1 12, 2, 2 1/2, 3 degrés. Je verse donc de l'acide, dans ce tube gradué, jusqu'à ce qu'il soit arrivé à la hauteur de 1 1/2 division, correspondant, à très-peu de chose près, à 1 1/2 degré de l'aréomètre. Je le verse dans une éprouvette, pouvant contenir un demi-litre d'eau, que jVchève de remplir ensuite de ce liquide. Cette quantité suffit pour une pierre de 18 pouces et au-dessous. Si elles ont de plus fortes dimensions, il faut réunir le contenu de plusieurs éprouvettes dans un vase plus grand, afin d'en avoir en abondance. Je verse ensuite ce mélange sur la pierre, de manière qu'elle en soit couverte d'un seul jet. 11 y a un tour de main à acquérir pour bien faire cette opération; mais il suffira pour cela de s'exercer quelquefois avec de l'eau sur une mauvaise pierre. Une grande pariiede l'eau acidulée s'écoule par-dessus la pierre; mais il en reste toujours la quantité nécessaire pour opérer l'effet convenable. Comme souvent il peut y avoir sur la pierre un peu de poussière qui empêcherait l'acide de l'attaquer partout bien également, et que d'ailleurs des bulles d'air peuvent rester longtemps fixées à une même place, avant de venir crever à la surface; ce qui paraiiserait pendant ce temps l'action de l'acide, il est prudent^

afin d'égaliser l'action , tic promener légèrement sur le dessin un blaireau , ou mieux encore, une espèce de gros pinceau (fig. 4), formé de quelques cordes liées ensemble et effilées par le bout; le ebanvre étant plus doux et tendant moins à arracher le crayon que les poils d'animaux. D'ailleurs, ce pinceau est beaucoup plus économique que les blaireaux, qui s'usent en outre assez vite. Cette opération a de plus l'avantage de ramener constamment l'eau acidulée sur les parties fortement chargées de travail, dont elle se retire ordinairement, parce qu'elles sont les plus graissées; et de faire continuer l'action de l'acide sur ces parties. On promène ce pinceau en tous sens, jusqu'à ce que l'effervescence ait entièrement cessé, et en ce moment, il ne reste plus que peu de liquide sur la pierre. On verse alors au milieu de la planche un peu de gomme, épaisse comme du miel, soit 1 partie de gomme dissoute dans 4 à 5 parties d'eau. On y pose le plat de la main, et on commence par l'étendre tout doucement, en décrivant de petits cercles qu'on élargit successivement, jusqu'à ce que la pierre entière en soit couverte. Alors on frotte fortement dans tous les sens, pendant environ une minute, afin de bien faire pénétrer la gomme dans tous les points qui doivent rester blancs. On n'a point à craindre d'endommager par là le dessin, puisque la gomme est entre les traits et la main. D'ailleurs, en ce moment, son effet sur la pierre est déjà produit ; et «nlevât-on même une partie du noir qui est à la surface, il reparaîtrait au tirage. J'attache beaucoup d'importance à bien faire cette opération, que je regarde comme essentielle pour obtenir un bon tirage : elle a pour but de mettre la gomme en parfait contact avec les parties de la pierre qui doivent rester blanches, et d'y déposer le corps insoluhle qui doit les protéger cou- 4re l'encre d'impression. C'est en partie à cette opération que j'attrihue l'absence totale des empàtemens dans nos ateliers.

On place la pierre dans la presse aussitôt ce gommage fini.

Quelques lithographes, peu familiers avec les théories chimiques, recueillent soigneusement dans un vase l'eau acidulée qui a été versée sur la pierre, pour en faire usage une seconde fois. Mais il est facile de se convaincre qu'elle ne pourra plus produire le même effet que la première fois; une partie ou la totalité même de l'acide se trouvant saturée par la chaux et convertie en muriate de chaux (ou en nitrate de chaux, si on emploie de l'acide nitrique), qui n'a plus d'action sur la pierre.

MM. Chevalier et Langlumé, indiquent dans un mémoire autographié qu'ils ont publié en 1828, le moven suivant pour l'acidulation des pierres.

« On prend 3 livres d'acide hydrochlorique pur, on met cet acide dans un vase

« bien propre, on y ajoute peu à peu du marbre blanc en quantité suffisante « pour saturer l'acide. Lorsque la saturation est opérée et qu'il y a un excès de « marbre, on filtre le produit résultant de la combinaison de l'acide avec loxide « de calcium du carbonate de chaux (hydrochlorate de chaux). Lorsque la filtra- « tion est terminée, on lave le filtre à plusieurs reprises avec 3 livres d'eau; aus- « sitôt que le lavage est opéré, on fait dissoudre dans le liquide obtenu, qui con- « tient et la solution première et les eaux de lavage, 12 onces de gomme arabi- « que blanche, séparée de toute substance étrangère. La dissolution étant tenni- « née, on y ajoute, acide hydrochlorique pur, 3 onces; on mêle et on introduit « le mélange dans des bouteilles bien propres.

a Lorsqu'on veut employer la préparation acide, on en verse dans un verre. « A l'aide d'un pinceau en poils de blaireau, on acidulé avec la plus grande faci- « lité toutes les parties tle la pierre, en agissant de la même manière que si on « voulait la gommer.

« Voici les avantages que nous avons cru reconnaître dans l'emploi de la pré- « paration dont nous donnons la formule.

et V Elle offre une garantie de certitude que l'ancienne n'a pas, puisque le li- « thographe exercé n'emploie cette dernière qu'avec une juste défiance.

o 2° Répandue à l'aide d'un pinceau, elle prépare également et d'une manière o uniforme, toutes les parties de la pierre. En effet, l'acide n'est pas saturé au « moment où on l'applique, il agit avec la même énergie sur toutes les parties « de la surface et son action est égale.

« 3° Elle peut être employée avec autant de facilité sur les grandes pierres a que sur les petites.

«t 4° Elle n'exige pas que la pierre soit retournée, ensuite immergée à l'aide h d'une grande quantité d'eau; opération désagréable, qui rend les ateliers insa- « lubres, nuit à la conservation des planches et à la santé des ouvriers; de plus, « elle dispense encore de recouvrir la surface de la pierre d'une couche de gomme « arabique, cette gomme faisant partie de. la composition.

a 5° Les teintes les plus vigoureuses, de même que les teintes les plus légères « viennent également bien, lorsque les pierres ont été acidulées de celte ma- « nière.

a 6* Cette préparation peut être étendue sur les pierres avec la plus grande « facilité, et l'opération peut même être confiée à un enfant intelligent

« T La pierre préparée reste constamment humide, ce qui est dù à ce que la « préparation contient une grande quantité de sel déliquescent, qui pénètre la

« pierre et lui conserve pendant longtemps l'humidité indispensable. Cette pro- « priété est d'un grand avantage, car on a remarque que la pierre qui sèche trop « vite est plus difficile à encrer, et donne beaucoup plus de peine à l'imprimeur, a qui alors emploie un noir d'impression plus dur. »

Préparer les pierres au pinceau n'était pas une chose neuve pour moi; nous nous sommes servis de cette méthode il y a près de 20 ans. Nous employions en même temps un mélange de

20 parties eau gommée, 1 » acide muriatique,

que nous passions sur les pierres au moyen de l'outil représenté par la figure 2 de la planche xlvi. Mais ayant reconnu les inconvéniens de cette méthode pour tes dessins au crayon, nous l'avons abandonnée depuis nombre d'années, et ne l'avons conservée que pour les dessins à l'encre.

S'il s'agit d'aciduler des croquis ou dessins de détails sur fonds blancs, certainement le pinceau est très-bon; mais je le regarde comme dangereux pour des dessins délicats, et surtout pour de grands ciels et des teintes unies. Au moment où on commence l'acidulation , le pinceau est chargé de préparation fraîche. Si on fait ainsi un premier trait, l'acide agit avec sa plus grande force, et lorsqu'on passe un second trait à côté avec le même pinceau, il contient alors moins d'acide et celui-ci est déjà en partie saturé. Le troisième trait fait encore moins d'effet, et ainsi de suite. Mais lorsqu'il s'agit d'aciduler une grande pierre, le pinceau ne contient pas assez de liquide; il faut donc le retremper dans l'acide, avant d'avoir terminé son travail, et le premier trait qu'on en fera agira avec beaucoup plus de force que le dernier qui aura été obtenu avec le pinceau épuisé, et qui se trouve à côté. Si la rencontre de ces deux traits de pinceau se fait au milieu d'une teinte unie, il y aura grandement à craindre une inégalité. Ce n'est pas là, au reste, te seul inconvénient de l'emploi du pinceau. H est impossible de placer les traits qu'on en fait, tellement juste à côté les uns des autres, qu'il n'y ait ni intervalle, ni croisement, et partout où le second trait repassera sur le premier, il y aura double action de l'acide et nouveau danger d'inégalité. Ce n'est que par une extrême adresse et une grande promptitude dans l'opération qu'on peut en diminuer les dangers, et je suis loin de partager l'opinion qu'on puisse la confier à un enfant. Pour parer jusqu'à un certain point à ces inconvéniens, quelques lithographes ont fait faire des blaireaux d'une grande largeur, jusqu'à un pied et plus; mais il serait difficile et surtout extrêmement dispendieux d'en avoir de la largeur du plus grand

dessin. D'ailleurs, ils contiendront difficilement assez de liquide pour ne pas courir la chance qu'ils n'en manquent lorsqu'on sera parvenu à moitié chemin, ou au moins qu'il ne reste des lignes sèches, si certaines mèches du pinceau avaient retenu moins de liquide que d'autres.

Il vaudrait peut-être encore mieux employer une espèce de drapeau (fie. 5) en flanelle double, qu'on imbiberait de préparation jusqu'en haut, en le trempant dans un large vase. A mesure cpie le liquide, qui se trouverait au bout qui touche la pierre, resterait étendu sur celle-ci, il serait remplacé par celui qui est logé dans la partie supérieure du drapeau, et qui s'écoule doucement vers son extrémité inférieure. Rien n'empêcherait d'ailleurs de verser sur la partie qui se trouve près du manche, de l'eau gommée acidulée, à mesure qu'on avance» afin que la flanelle en fût toujours trempée. On pourrait faire ce drapeau aussi large que le plus grand dessin, et dans tous les cas, son emploi serait plus économique que celui de larges pinceaux en poils de blaireau.

MM. Chevalier et Langlumé font valoir comme une grande amélioration, la présence d'une quantité de muriatc de chaux dans leur préparation. D'après ma conviction, ce corps' ne joue aucun rôle. S'il était possible de retenir ce sel déliquescent sur la pierre, je ne doute pas qu'il ne fût utile pour la maintenir humide; mais il est tellement soluble dans l'eau, qu'au premier lavage tout est parti.

En résumé, la préparation de MM. Chevalier et Langlumé est bonne. Un mélange de 28 parties eau, 4 onces gomme et 1 once acide muriatique, serait plus simple et tout aussi bon; mais pour des dessins délicats, je trouve l'immersion plus sûre que le pinceau.

Page 1