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IMPRESSION

Principes généraux.

Le lithographe ne doit s'attendre à obtenir de bonnes impressions, que lorsqu'il réunira les plus grands soins à la plus grande habileté dans tous les détails de ses opérations; et il ne doit pas surtout perdre de vue que le tirage est la partie la plus importante des manipulations lithographiques. C'est dans la pratique el le discernement de l'imprimeur que reposent les moyens les plus sûrs du succès d'une planche; mais précisément parce que ces moyens dépendent principalement de l'adresse et de l'intelligence de celui qui les emploie, ils sont aussi les plus difficiles à faire comprendre par une description. J'essayerai cependant de les faire connaître aussi clairement que possible, et si, par la lecture de ce traité, un imprimeur ne peut se former seul, du moins j'aime à croire que celui qui a déjà acquis quelque habitude de notre art, y trouvera aisément bien des moyens de se perfectionner.

Pour imprimer des planches au crayon d'une certaine importance, et avec une perfection qui répondît à celle du travail du dessinateur, il serait utile que l'imprimeur lui-même fût initié dans l'art du dessin, et pût juger de ce qu'une pierre doit rendre sur le papier, pour répondre à l'attente de l'artiste. Comme je l'ai déjà dit, une grande partie de l'effet est entre ses mains, et dépend de l'adresse avec laquelle il sait manier son rouleau. C'est donc à lui de compléter pour ainsi dire l'ouvrage, en forçant ou en ménageant certaines parties; et en cela, il devient jusqu'à un certain point artiste lui-même. Comme le sort des imprimeurs de première classe, surtout à Paris, est assez beau, il vaudrait bien la peine «pie des jeunes gens qui voudraient se vouer à cette partie, fissent pendant quelques années des études de dessin. Nous ne pouvons pas nous dissimuler que jusqu'ici , il n'y a que peu ou point d'ouvriers imprimeurs qui aient acquis à cet égard les connaissances nécessaires, et que je regarde presque comme indispensables. Ce métier exigeant en même temps des hommes robustes, ils sont sortis presque tous de la classe ouvrière, et se sont alors plus ou moins perfectionnés plutôt par routine que par les études qu'ils avaient faites; c'est donc à celui qui est appelé à diriger un atelier d'impression, à suppléer à ce défaut d'instruction chez ses ouvriers, s'il veut que son établissement ait du succès, et qu'on puisse

lui confier des ouvrages importans. Il faut qu'il soit initie aux arts du dessin, au moins assez pour distinguer le mérite d'un ouvrage, en raisonner l'exécution avec l'artiste, et comprendre le langage des arts. C'est lui qui doit alors diriger l'imprimeur en suivant les tirages, et lui expliquer comment il doit traiter chaque planche. Ce n'est qu'à cette condition qu'un atelier peut prospérer, lorsqu'il veut s'occuper de travaux d'un ordre supérieur.

Le premier tour de rouleau qu'on donne à une pierre dessinée, après l'avoir roulé sur le marbre à couleur, est celui qui y dépose le plus de noir, parce que . sa surface est velue comme un drap fin, et qu'il ne s'y trouve encore aucune humidité. Mais aussi il dépose l'encre inégalement et en trop grande quantité en certains endroits, et c'est en continuant de rouler sur la pierre, que le rouleau reprend la couleur qui se trouve de trop sur quelques points, pour en déposer dans ceux qui en manquent. C'est pour cela qu'il faut passer longtemps sur les pierres d'un travail fini, et surtout lorsqu'on se sert d'encre très-ferme, pour y déposer le noir convenable à une bonne épreuve. A force de rouler sur la pierre, la surface du rouleau se polit et se c<èuvre d'une petite couche d'eau. Alors il ne charge plus la planche, puisque l'humidité l'empêche d'adhérer suffisamment aux parties dessinées. Il faut, dans ce cas, revenir au marbre et y passer le rouleau à plusieurs reprises, afin d'aviver sa surface, et d'en faire disparaître l'eau qui s'y était attachée.

En passant le rouleau lentement sur la pierre, en l'appuyant fortement, et en serrant les tourillons dans les poignées de manière qu'il tourne difficilement, on charge la planche de beaucoup de noir. En passant le rouleau vite et légèrement sur la pierre, et lâchant les poignées de manière que les tourillons s'y meuvent sans résistance, on enlève de la couleur, et on éclaircit la planche.

C'est à mettre à profit avec discernement ces principes, que consiste l'art de l'imprimeur. Celui-ci pourra ainsi tirer à volonté des épreuves plus ou moins noires d'une même planche, avec le même rouleau. Il pourra suivant le besoin renforcer certaines parties et en éclaircir d'autres : c'est dans le mouvement de ses mains, en un mot, qu'il doit trouver la plus grande ressource pour tirer de bonnes épreuves. Si nombre de lithographes n'obtiennent que de médiocres résultats, c'est parce qu'ils cherchent la perfection dans une quantité de petits moyens accessoires et négligent celte partie essentielle. C'est à tirer un grand nombre d'épreuves bonnes et égales que consiste la plus grande difficulté en lithographie, l'imprimeur ne peut y réussir qu'en observant avec soin la marche de sa planche. Aussitôt qu'elle tendra à s'empâter, il mettra plus de légèreté dans

ses mouvemens. Si des parties faiblissent, il les fera reprendre en appuyant davantage le rouleau, et en serrant les tourillons. Il attachera toute son attention à parer aux inconvéniens à mesure qu'il les aperçoit, et à ne pas laisser empâter tout-à-fait une partie, ou la laisser tout-à-fair disparaître avant d'y porter remède; car alors il est souvent difficile de réparer le mal qu'on aurait pu éviter facilement avec un peu plus d'attention. C'est par la négligence de ces principes que des imprimeurs peu soigneux abiment souvent une planche au bout d'un petit nombre d'épreuves, tandis qu'elle en eût fourni un grand nombre entre les mains d'un ouvrier soigneux et vigilant.

Un autre principe général, et qu'il ne faut pas perdre de vue, est que les éponges et les chiffons de laine et de coton usent les dessins sur pierre par le frottement, tandis que les étoupes ou les chiffons de lin et de chanvre n'attaquent point les traits. Par ces motifs, on se sert généralement d'un paquet d'étoupes ou de chiffons de lin pour humecter les dessins à la plume; ce qui conserve les déliés très-purs, tandis que les éponges les attaquent assez promptement. Comme, au contraire, les dessins au crayon tendent généralement à prendre du ton, et même quelquefois à s'estomper, il est préférable de se servir d'une éponge pour les humecter. Un imprimeur adroit tirera encore parti de la connaissance de ce principe, et si, par exemple, une planche au crayon tendait à se dépouiller, il l'humecterait avec un paquet d'étoupes au lieu de se servir de l'éponge.

Enfin , je rappellerai ici ce que j'ai dit en parlant des rouleaux ; c'est que ceux qui sont durs encrent plus difficilement que ceux qui sont mous. On fera donc bien de se servir des premiers pour les planches qui tendent à prendre trop d'encre. Celles au crayon, par exemple, étant généralement dans ce cas, on fera bien de les encrer avec des rouleaux durs. Les mous encrent plus vite et peuvent être préférés pour les planches à l'encre. Cependant, si une planche au crayon ne venait pas assez garnie avec un rouleau dur, on pourrait le changer contre un autre plus mou. Il suffira à un imprimeur intelligent, que je l'aie rendu attentif à cette différence, pour en tirer parti suivant les circonstances.

Tirage des planches à la plume.

Lorsqu'une planche est acidulée et gommée, comme je l'ai dit au chapitre de la préparation des pierres, on la fixe dans la presse. On abat le râteau sur la pierre pour s'assurer qu'il s'y ajuste parfaitement, et qu'il n'a aucune Pour cela, il doit être placé entre le jour et l'œil de l'imprimeur. S'il y a des droits où il ne porte pas, on verra la lumière entre lui et la pierre; on doit alors

le dresser sur un rabot long, ayant un fer double dit à l'anglaise, et disposé sur un établi de menuisier à la portée des imprimeurs; ou bien, s'il ne manque que peu de chose, on pourra le faire en raclant avec du verre les parties trop élevées, ou en les usant avec de la peau de chien de mer, ou du papier verré. Si la presse est disposée de manière que le râteau ne soit soutenu que par le milieu, il doit être tenu un peu concave, et ne porter sur une pierre très-large que par les deux bouts; parce que le râteau fléchit un peu par la force de la pression, et portera alors également partout; tandis que s'il était parfaitement droit, la pression serait plus forte au milieu qu'aux extrémités. C'est par ce motif que des presses, comme celle de M. Brisset et notre presse à moulinet nouvelle, où le râteau se trouve pris dans toute sa longueur dans un ajustage en fer, sont préférables. On règle ensuite la longueur de la marche du chariot, puis la hauteur du châssis, de manière que le cuir soit élevé de 3 à 4 lignes au-dessus de la pierre. Cette précaution est nécessaire pour empêcher les bavochures. On doit, en outre, avoir soin que le cuir soit toujours bien tendu. Enfin, on règle la force de la pression. On lave ensuite la pierre avec une éponge particulière, et ensuite avec une autre petite éjwnge ou un paquet d'étoupes, et de l'essence de térébenthine; on enlève l'encre si c'est une planche neuve, ou la couleur grasse si on doit tirer une pierre qui a déjà servi. Si sur une pierre neuve il se trouve des lignes gravées, il faut avoir soin d'y frotter de l'encre communicative dissoute dans l'essence, ou de l'huile, avant de laver la gomme.

Ainsi que je l'ai dit plus haut, on se sert d'un paquet d'étoupes pour humecter les planches faites à l'encre, afin de conserver les déliés de l'écriture et autres lignes très-fines.

Après avoir lavé la pierre avec de l'eau propre et y avoir passé le paquet d'étoupes pour enlever l'eau qui s'y trouve de trop, on procède à l'encrage, que l'on continue jusqu'à ce que toutes les parties du dessin paraissent suffisamment noires. Comme l'encre dont on se sert pour le tirage de ces sortes de planches est faible ou de force moyenne, il doit suffire pour encrer une pierre, une fois qu'elle est en train , d'y passer deux fois le rouleau en appuyant, et une troisième fois légèrement pour enlever les bavures.

Si on s'aperçoit, en encrant une planche, que les bords prennent le noir, on enlève ces taches avec la pierre ponce , et on y passe de l'acide avec le petit écouvillon que j'ai décrit à l'article des outils dont l'imprimeur doit être pourvu.

Souvent l'encre s'attache aux bords de la pierre sans même que celle-ci soit

graissée. Cela provient d'un frottement du rouleau contre les bords de la pierre, ou quelquefois de ce que ceux-ci sont un peu sèches. L'encre n'adhère dans ce cas que faiblement, et il suffit, pour l'enlever, de mouiller et d'y passer le rouleau avec un léger frottement de côté, si l'encre s'est déposée sur le bord même de la pierre. J'ai dit à l'article polissage que les bords des pierres doivent être arrondis avec une rape et adoucis au moyen d'une pierre ponce. Si le polisseur avait négligé cette opération , l'imprimeur ne doit pas manquer d'y suppléer en mettant la pierre dans la presse.

Après avoir encré, on pose la feuille de papier sur la pierre, en la tenant par les deux angles diagonalement opposés. On place de la main droite l'angle du papier sur le repère d'angle fait sur la pierre, soit à l'encre rouge, soit avec un crayon d'étain, et on la laisse ensuite tomber verticalement de la main gauche sur le second repère, en ayant soin de ne pas la frotter sur la pierre. On la recouvre d'une feuille de papier, qu'on désigne habituellement sous le nom de maculaturc, et qui ne doit pas être plus large que l'épreuve à tirer. On doit choisir pour cela un papier uni, sans nœuds ni défauts. Souvent on colle deux feuilles de papier l'une sur l'autre pour en former une maculature plus consistante. Pour s'éviter la |>eine de la poser et de l'enlever au tirage de chaque épreuve, certains imprimeurs l'attachent sur le châssis par ses deux bouts, au moyen d'une petite Ocelle tendue au-dessous du cuir.

En 1826, la Société d'encouragement a proposé un prix de 1500 fr., soit pour un encrage mécanique, soit pour un moyen supérieur au mode usité et plus indépendant de l'adresse de l'ouvrier. (Voir pour la mise à l'encre grasse, la fin de l'article suivant et l'article gommage.)

Tirage des planches au crayon.

Les pierres au crayon étant plus délicates et beaucoup plus difficiles à tirer que celles à l'encre, elles exigent plus de soin et une étude particulière; aussi ne doit-on les confier qu'aux imprimeurs les plus habiles. La température de la pierre et de l'atelier dans lequel on travaille, n'est pas indifférente au succès de l'ouvrage; elle influe très-sensiblement sur la facilité et la perfection du tirage. Lorsque la température de l'atmosphère ou celle de la pierre sont élevées, celle-ci sèche trop vite et devient sujette à s'empâter. 11 faut donc tâcher de placer les imprimeries dans des appartenons où il ne fasse pas trop chaud en été, et, pendant les chaleurs, tenir portes et fenêtres fermées, afin d'éviter des courans d'air qui contribuent beaucoup à faire sécher trop vite les pierres.

Lorsqu'une pierre sort d'une chambre très-chaude, il est prudent de la mettre rafraîchir pendant quelques minutes dans l'eau, avant d'en commencer le tirage. Cette précaution est surtout nécessaire pour les pierres neuves; bien entendu que cette immersion ne peut avoir lieu qu'après qu'elles ont été acidulées.

Après que la pierre acidulée est ajustée dans la presse, ainsi que je l'ai dit à l'article précédent, on lave la gomme et ensuite, en se servant d'une petite éponge ou d'un peu d'étOHpe, on enlève le dessin à l'essence, tant pour les nouvelles planches, que pour celles qui ont déjà été tirées. Beaucoup de lithographes, dans la crainte d'enlever quelques parties fines, encrent les pierres neuves sur le crayon même, et en tirent ainsi un nombre plus ou moins grand d'épreuves, et c'est seulement après ce tirage qu'ils lavent le dessin à l'essence. Non-seulement on perd par là inutilement du temps et du papier, mais on s'expose à des accidens. Souvent l'acide faihle qu'on passe sur ces pierres, n'a pas décomposé en entier le crayon dans les parties très-vigoureuses du dessin, et il reste, dans les plus fortes épaisseurs, des noyaux qui se trouvent encore en état de savon alcalin. Ces noyaux s'étalent peu à peu par la pression, et, remplissant les intervalles du grain, se fixent sur les parties qui devraient rester blanches; car, rien n'attire mieux le noir d'impression sur les pierres, que les traces de savon non décomposé. Ainsi se forment des empâtemens qu'il n'est plus possible de faire disparaître.

On évite cet inconvénient en lavant la pierre à l'essence immédiatement après l'acidulation. La crainte d'enlever par là les parties faibles est mal fondée. C'est la partie du crayon qui a pénétré dans la pierre, et formé avec elle un savon calcaire, qui atlire la couleur d'impression. Or, ce savon calcaire est insoluble, et ne peut être enlevé par l'essence. F.n effet, si celle-ci avait une action sur les parties adhérentes à la pierre, elle les enlèverait encore aussi bien après vingt épreuves qu'immédiatement après l'acidulation. Une expérience de plus de 15 aimées confirme cette théorie, et sur des milliers de planches traitées de cette manière dans mes établissemens, nous ne nous sommes jamais aperçus que les teintes les plus fines aient souffert la moindre des choses. D'un autre côté, depuis que nous enlevons tout de suite le dessin, nous ne savons plus ce que c'est que les empâtemens des parties foncées.

Le lecteur se rappellera que j'ai fait voir par des expériences directes rapportées dans le chapitre m, que le savon calcaire est insoluble dans l'essence de térébenthine.

Si on remarquait que, par l'encrage seul au rouleau, toutes les parties du des-

6in ne viennent pas suffisamment, il faudrait avoir recours à l'encre de communication. A cet effet, on présente un chiffon de laine ou un peu d'étoupes à l'ouverture du flacon qui contient cette encre à l'état liquide, et on le secoue pour en mettre un peu sur ces étoupes; ou bien on présente ce chiffon au flacon d'essence, et on le frotte ensuite sur la demi-boule d'encre dé communication solide, jusqu'à ce qu'on croie qu'il en est suffisamment chargé. On mouille alors la planche, et on la frotte avec ces étoupes ainsi imbibées. D'abord ce mélange enlève le dessin, comme si on le lavait à l'essence; mais en continuant de frotter légèrement, ou voit bientôt reparaître le dessin, qui se charge de noir à mesure que l'essence s'évapore.

La théorie de cette opération est facile à saisir. D'abord l'essence qui se trouve en excès clans l'encre de communication , dissout l'encre qui se trouve sur la pierre; mais cette essence étant très-volatile, s'évapore assez promptement pendant le frottement, et alors les substances graisseuses et résineuses qu'elle contient s'épaississent par degrés, et se fixent à mesure partout où il y a seulement la moindre trace graisseuse sur la pierre. Peut-être aussi que, dans quelques cas, la couche gommeuse insoluble pourrait recouvrir certains petits points du dessin, et que l'étoupe et surtout un chiffon de laine enlèvent par le frottement cette petite couche, et déposent alors la graisse dont elle est chargée, sur les points qui avaient été ainsi recouverts.

Si on veut donc abréger cette opération, on ne prendra sur l'étoupe que tout juste la quantité de couleur de communication nécessaire, proportionnellement à la grandeur de la pierre ; car plus on en prend et plus le dessin est long à reparaître. Peu à peu tout le dessin se couvre de noir, et même la couleur de communition se fixe sur les parties blanches de la pierre, surtout si on la laisse un peu sécher, pour favoriser l'adhésion de cette couleur aux parties faibles du dessin. Il ne faut pas s'en effrayer. En mouillant ensuite la pierre, le premier coup de rouleau enlève tout ce qui s'était fixé sur les parties qui doivent rester blanches. On passe d'abord le rouleau lentement sur une pierre ainsi frottée, pour que. l'encre d'impression y prenne plus facilement. Son premier effet est d'enlever presque toute l'encre de communication ; de sorte qu'on ne voit plus sur la pierre qu'une légère ombre. Mais bientôt le dessin reparait plus pur et plus harmonieux qu'auparavant. Cette opération n'a pas besoin de s'étendre chaque fois sur la planche entière. Si certaine partie tendait à attirer trop de noir, et qu'une autre vint dépouillée, il ne faudrait frotter que cette dernière seule. Si ce frottement avec l'encre de communication était insuffisant pour faire revenir tout ce qui

manque, il est encore un moyen plus efficace; c'est de se servir, au lieu d'encre de communication , d'un gâteau de matière à crayons. J'ai fait observer dans plusieurs occasions, que le savon prend très-facilement sur la pierre. La raison en est que, non-seulement l'alcali qu'il contient dissout la petite couche de gomme insoluble qui s'interpose entre la pierre et les corps gras; mais qu'une des propriétés des alcalis est de pénétrer les pierres calcaires et d'y entraîner les corps qu'ils tiennent en dissolution. Or, comme la matière à crayon est savonneuse, elle prend mieux sur la pierre que l'encre de communication, dont l'alcali a été enlevé. Mais il faut l'employer avec prudence, sans quoi on s'expose à salir les parties blanches de la pierre. Ordinairement on ne se sert pas de cette substance seule; on prend d'abord de l'encre de communication sur 1 etoupe, et on la frotte ensuite plus ou moins sur la matière à crayon.

Il y a encore un autre moyen de faire prendre certaines parties, et surtout de rendre fin le grain d'un dessin qui tendrait à devenir gros. C'est de frotter fortement la pierre avec un chiffon de laine sur lequel on a mis quelques gouttes d'huile de lin. Cette huile enlève l'encre comme l'essence; mais la pierre reste blanche tant qu'on frotte. Après cette opération, il faut charger la pierre avec de l'encre d'impression. Si on y passait le rouleau à l'encre grasse, elle deviendrait toute noire. Pour la mettre à l'encre grasse, il faudrait la gommer quand elle est en encre d'impression, et la laisser reposer d'abord pendant quelques heures.

Ces opérations peuvent être répétées chaque fois que cela est nécessaire, surtout le frottement à l'encre de communication. Cependant il faut se garder d'en abuser, et ne l'employer que comme un moyen auxiliaire en cas de besoin ; car si on traite par trop souvent une planche par l'encre de communication , surtout plusieurs fois de suite, il pourrait arriver que les parties vigoureuses en souffrissent, et que celles qui sont claires devinssent trop fortes. Souvent même l'usage trop répété de cette opération pourrait produire un ton sur toute la pierre, et la rendre comme on dit estompée.

Cette estompe parait offrir à certains lithographes tle grands embarras. Quant à moi, je ne puis en parler d'expérience; c'est un accident qui n'arrive jamais dans nos ateliers. Je ne sais s'il faut l'attribuer à quelque cause locale, ou peutêtre encore plutôt à ces prétendus secrets que pratiquent beaucoup d'ouvriers imprimeurs, en mêlant à l'insu des chefs toules sortes de drogues à leur encre; et je ne serais pas éloigné de croire qu'une addition d'huile non cuite à l'encre d'impression, pourrait bien produire un effet semblable. L'éponge en passant souvent sur une telle encre, pourrait se charger d'une partie de cette huile et, en

frottant constammeut sur la pierre, découvrir les petites aspérités du grain, en les dépouillant de la faible couche de gomme insoluble qui les recouvre, et y déposer en place cette huile grasse et liquide. Quelques lithographes ont cru remarquer que le vernis préparé avec de l'huile rance, ou un vernis mal dégraissé, produisaient cet effet.

On ne doit confier le tirage des premières épreuves d'une planche nouvelle qu'à un imprimeur habile; car elles sont bien plus délicates que les planches qui ont déjà servi à tirer un certain nombre d'épreuves. Le succès de tout le tirage peut dépendre de la manière dont on a traité la pierre immédiatement après l'acidulation ; et si elle a été bien mise en train , elle continue ordinairement à fournir de bonnes épreuves et à s'imprimer iaeilement jusqu'à la fin. Aussi une fois que le premier cent d'épreuves est tiré, on peut confier la pierre à un imprimeur moins habile.

J'ai dit qu'une éponge est préférable aux étoupes pour humecter les pierres au crayon. 11 faut, pour obtenir de bonnes épreuves, qu'elle ne contienne que tout juste autant d'eau qu'il est nécessaire pour humecter la surface de la pierre, et non la mouiller. L'expérience prouve en effet que, lorsqu'on mouille trop une pierre, elle s'empâte facilement, et qu'alors l'encre s'y fixe par paquets; tandis qu'on obtient un tirage plus fin et plus pur en n'humectant que tout juste à point Un imprimeur habile s'arrange de manière que sa pierre soit presque sèche au moment où il donne les derniers coups de rouleau. Son oreille exercée entend au bruit qu'il fait en roulant, lorsqu'il est temps de s'arrêter, pour obtenir une épreuve bien brillante, sans cependant laisser sécher la planche assez pour que le noir s'attache aux parties qui doivent rester blanches.

Pour encrer une nouvelle pierre, il est prudent de ne mettre d'abord que peu d'encre sur le rouleau, sauf à l'augmenter à mesure qu'il en est besoin, pour arriver à la vigueur convenable. En encrant la pierre, l'imprimeur doit avoir soin de passer partout le rouleau bien également, afin d'éviter les coups de rouleau. C'est ainsi qu'on nomme une teinte trop foncée, s'arrètanl à l'endroit où l'ouvrier a passé en appuyant trop fort, et qu'il n'a pas suffisamment égalisée, en repassant assez souvent en différens sens. J'ai déjà dit qu'à chaque tour, c'est-à-dire chaque fois qu'il est allé et revenu avec le rouleau sur la pierre, il doit le lever légèrement pour le changer de place, afin de ne jamais repasser deux fois de même sur un point quelconque.

Quelque soin que l'imprimeur prenne d'appuyer également le rouleau d'un bout de la pierre à l'autre, la partie du dessin qui est près de lui recevra tou-

jours plus d'encre que celle qui en est éloignée; parce que le poids du corps agit perpendiculairement sur le rouleau lorsqu'il est rapproché de l'imprimeur; tandis qu'il n'agit plus qu'obliquement lorsqu'il en est éloigné, et que les bras tendus presque horizontalement ont bien moins de force pour l'appuyer. 11 est donc prudent de poser la planche de manière que la partie qui doit être la plus vigoureuse soit tournée vers l'imprimeur.

Plus l'imprimeur est leste à tirer des épreuves, tout en les encrant suffisamment, plus grand sera le nombre qu'il en obtiendra d'une même planche. J'ai cru remarquer que celles-ci ne se détérioraient pas en raison du nombre d'épreuves tirées; mais bien plutôt en raison du temps qu'elles passent dans la presse. Certains imprimeurs ont le préjugé que, pour obtenir un grand nombre de bonnes épreuves d'une planche, il ne faut en tirer de suite que quelques cents, remettre la pierre sous la couleur grasse et la gommer pour la laisser reposer. Certainement, lorsqu'une pierre tend à devenir trop noire, et que les moyens à la disposition de l'imprimeur ne suffisent pas pour arrêter le mal, il est bon de la laver, de la mettre en couleur grasse, et d'y laisser sécher la gomme pendant quelque temps. Mais il faut considérer ceci comme une exception, comme un moyen de parer à un inconvénient, et non en faire une règle générale. Tant qu'une pierre va bien, on peut continuer le tirage sans danger, et on en obtiendra ainsi plus de bonnes épreuves, que si on la met de côté, pour la reprendre à plusieurs fois. J'ai dans plus d'une circonstance, fait tirer d'une pierre dessinée au crayon, 2 à 3000 épreuves, sans qu'elle ait quitté la presse. Mais l'imprimeur doit être attentif à maintenir constamment la planche dans le ton convenable; car s'il la laissait se ebarbonner ou se dépouiller, il faudrait nécessairement suspendre le tirage pour la remettre en état.

Lorsqu'on doit imprimer une pierre qui a déjà été tirée, on lave la couleur grasse à l'essence avant d'y passer le rouleau à l'encre d'impression. 11 arrive alors quelquefois qu'on a de la peine à enlever l'encre grasse, lorsqu'elle a séjourné trèslongtemps sur une pierre. D'autres fois même, un imprimeur peut avoir mis de côté une pierre qui est à l'encre d'impression , sans j>enser à la mettre sous couleur grasse. Lorsqu'elle a resté seulement quelques semaines en cet état, il est presque impossible d'enlever à l'essence cette encre qui a eu le temps de sécher. Dans ce cas, il faut humecter la pierre, et y passer le rouleau à la couleur grasse, et la laisser ainsi reposer une journée. Pendant ce temps, l'essence de térébenthine contenue dans la couleur grasse, pénètre l'encre sèche qui se dissout alors plus facilement. Si une seule opération ne suffit pas, on remet la pierre sous cou-

leur grasse plusieurs fois, jusqu'à ce qu'on puisse enfin enlever entièrement l'ancienne couleur.

Lorsqu'un dessin est convenablement encré, on y pose la feuille de papier, comme je l'ai dit à l'article précédent, en la tenant par les deux angles opposés, et en ayant soin de ne pas la frotter sur la planche. 11 faut porter un soin plus grand à avoir une bonne macula tu re que pour les dessins à la plume; car le moindre défaut, le moindre manque d'épaisseur laisse une marque sur l'épreuve. Le papier sans colle étant préférable pour cet usage, on y emploie ordinairement des épreuves manquées. On peut en coller deux feuilles l'une sur l'autre pour faire un petit carton, qu'on a soin ensuite de lisser en le passant sous le râteau, sur une grande pierre. La maculature ne doit pas être plus large que l'épreuve. Par la pression réitérée, il est naturel qu'elle s'allonge un peu. Si cette pression ne passait pas sur les bords, ceux-ci ne céderaient pas au même mouvement, la feuille commencerait par goder (faire des ondulations) et finirait par former des plis qu'on verrait sur l'épreuve.

Lorsque l'épreuve est tirée, on doit la relever doucement et avec précaution, si le dessin est chargé de travail ; car l'encre qu'on emploie pour ces tirages étant très-tenace, il arrive souvent qu'elle arrache des parties du papier, si on y va trop vivement, surtout s'il a été fortement humecté.

Mise sous f encre de conservation.

Quand un tirage est Gui, il ne faut pas laisser l'encre d'impression sur la pierre. Elle présente deux inconvéniens qui font beaucoup de tort aux tirages subséquens et, dans quelques cas, peuvent même les rendre impossibles. Tant que l'encre d'impression est fraîche, l'huile tend à s'étendre en s'infiltrant dans les pores de la pierre devenue sèche, et par conséquent à faire empâter le dessin. Si on la laisse séjourner longtemps sur la pierre, elle finit par sécher de manière à devenir presque entièrement insoluble à l'essence; de sorte qu'on ne peut plus l'enlever. Dans ce cas, l'encre d'impression ne s'y attache plus que très-imparfaitement. Tous les moyens employés pour remettre en bon état une pierre qui aurait reposé ainsi une ou plusieurs années sous l'encre d'impression, peuvent échouer, et la pierre peut se trouver entièrement perdue. Il faut donc, aussitôt le tirage fini, laver la planche à l'essence et remplacer l'encre d'impression par fencre de conservation ou couleur grasse , composée de matières qui ne changent pas par le temps, et sont de nature à conserver à la planche toutes ses propriétés, n'importe le temps qu'elle y séjourne.

L'encrage à la couleur grasse doit être fait avec le plus grand soin , et de manière que le dessin présente exactement l'aspect qu'on veut qu'il ait, lorsqu'on reprendra la pierre. On comprendra que si on met trop de couleur grasse, celleci déborde les points du dessin et, par le long séjour qu'elle fait sur la pierre, finit par y pénétrer et s'y fixer sous la forme de savon calcaire. Lorsqu'on reprend alors la pierre elle vient plus noire au tirage, qu'elle n'était auparavant. Si, au contraire, on met trop peu de couleur grasse, les parties du dessin qui ne sont pas suffisamment couvertes, se dessèchent et perdent à la longue la propriété d'attirer l'encre d'impression. L'imprimeur adroit saura tirer parti de ces circonstances, pour corriger les défauts des planches qu'il met en couleur grasse. Si, par exemple, une pierre ou seulement une partie de pierre est venue trop faiblement au premier tirage, il la frottera plus ou moins avec l'encre de communication, avant de la mettre en couleur grasse, afin qu'elle s'en trouve bien chargée. Si, au contraire, une partie tend à se charger de trop de noir, il la frottera au chiffon de laine avec un peu de gomme, pour qu'elle ne prenne que tout juste la couleur grasse nécessaire, et qu'elle reste parfaitement transparente. Ce sont toutes ces précautions, sagement employées, qui contribuent puissamment à la bonne conservation des planches.

Lorsque l'encre d'impression est enlevée de dessus la pierre, on verse un peu d'essence sur le rouleau à la couleur grasse, et on le frotte sur le marbre pour dissoudre une quantité suffisante de cette couleur. Ensuite on le roule jusqu'à ce que l'excès d'essence soit évaporé, et que la couleur ait pris assez de force pour permettre d'encrer la pierre. Elle doit cependant être bien moins forte que • l'encre d'impression, puisqu'elle se dessèche encore pendant l'encrage. On aura soin de mouiller la pierre plus que pour l'encrage ordinaire, puisque celui à l'encre grasse dure plus longtemps, et qu'on ne peut y passer l'éponge sans effacer le dessin. On passe le rouleau d'abord très-légèrement sur la pierre, et en ne le laissant pas même appuyer de tout son poids, et lâchant entièrement les poignées pour qu'il y tourne librement. Il se dépose trop de couleur sur le dessin au commencement de l'opération ; mais à mesure qu'on la continue, la couleur devient plus ferme par l'évaporation, et le rouleau reprend ce qu'il avait d'abord déposé de trop; et si on continuait toujours à rouler, il finirait par arracher presque toute la couleur qui est dessus la pierre. Il faut donc bien observer la marche de l'encrage, et s'arrêter au moment où le dessin se présente avec la pureté et l'effet qu'on veut lui conserver. On laisse alors sécher la pierre pendant une heure ou deux avant de la gommer; car si on voulait lui faire subir cette opération immé-

diatement après l'encrage, la couleur grasse, encore trop molle, s'effacerait par le frottement de l'éponge.

Ces moyens employés depuis vingt ans dans nos ateliers de Paris et de Mulhouse, ont toujours constamment réussi, et au risque d'être taxés de charlatan par MM. Chevalier et tanglutné (i), j'affirme que jamais aucune pierre n'a présenté la moindre tache ou inégalité, lorsque, même après plusieurs années de repos, on en a repris le tirage.

Gommage.

Autrefois on croyait en gommant les pierres, ne faire autre chose que les mettre par là à l'ahri de tout corps qui pourrait les graisser et les endommager; mais hientôt on a reconnu que la gomme joue un rôle hien plus important, et que c'est elle qui donne à la pierre la propriété de refuser l'encre. Tout le monde est d'accord là-dessus aujourd'hui, seulement il ne me parait pas qu'on ait expliqué chimiquement jusqu'ici, les moyens par lesquels elle agit. L'opinion générale est qu'elle se loge dans les pores de la pierre et s'y maintient pendant tout le tirage. Je suis loin de partager cette opinion , et je pense, ainsi que je l'ai dit à l'article Théorie, que la gomme dépose à la surface de la pierre une légère couche d'une matière insoluhle. (Voir le chapitre m.) Quoiqu'il en soit, il est de fait que, pour bien conserver les parties blanches d'une pierre, il est nécessaire qu'elles soient couvertes de gomme.

Aussitôt que la couleur grasse est sèche, on doit donc y passer une éponge trempée dans une dissolution de gomme, qui a à peu près la viscosité de l'huile. 11 faut avoir soin d'en mettre partout, en passant plusieurs fois sur toute la pierre; mais la couche doit en être aussi mince que possible. Il y a, en effet, un très-grand danger à couvrir les pierres d'une couche trop épaisse de gomme. Si elles sont conservées dans un endroit très-sec, placées près d'un poêle, ou exposées aux rayons du soleil, il arrive que la gomme se fendille et arrache avec elle non-seulement la partie insoluble qui couvre la pierre, mais même une portion de sa surface. Ces places prennent alors le noir à l'encrage, et j'ai vu plus d'une fois des pierres, sur lesquelles la gomme s'était ainsi fendillée, présenter sur une partie du dessin , un réseau noir qu'on n'a pu détruire qu'en repolissant la place, et en refaisant le dessin à neuf.

M. Tudot propose dans son Traité, pour empêcher cet inconvénient, d'ajouter

'i ; Traité complet de la LithograpLie , page 150.

à la gomme un 20e de sucre candi; mieux vaudrait peut-être encore du sirop de mélasse, qui a la propriété de ne pas se dessécher. Mais le moyen le plus simple est, comme je l'ai dit, d'étendre la couche de gomme très-mince; d'autant plus que le sucre et la mélasse attirent les mouches d'une manière fort incommode.

Plusieurs lithographes se plaignent que la gomme dissoute dans l'eau aigrit au houtde quelques jours , surtout en été. Si, dans cet état, on la passe sur les pierres, il arrive fréquemment qu'elle attaque les parties les plus légères du dessin, et y forme des raies dans la direction qu'on y a passé l'éponge, surtout si on y met beaucoup de gomme. 11 est fort difficile de faire reprendre l'encre également sur des parties ainsi détériorées, et souvent on est obligé de recourir à la retouche. Je ne puis parler par expérience de cet inconvénient, notre gomme à Mulhouse ne s aigrissant jamais. Je ne sais quelle |>eut être la cause de cette différence; peut-être faut-il l'attribuer à ce que nous tenons notre gomme dissoute assez épaisse, et qu'elle ne passe à la fermentation acide que lorsqu'elle a un certain degré de liquidité. On a proposé, pour ramener la gomme acide à son état naturel, d'y ajouter quelques morceaux de craie ou de pierre lithographique. Par la décomposition de cette craie (carbonate de chaux), l'acide carbonique se dégage, et la chaux neutralise l'acide formé dans la gomme. Lorsque l'action est terminée; ce qu'on reconnaît à ce que la gomme ne rougit plus le papier de tournesol, on passe à travers un linge, ]K>ur séparer le dépôt qui s'est formé. Au reste, les lithographes qui s'aperçoivent que leur gomme s'aigrit, feront bien de n'en faire dissoudre à la fois que la quantité nécessaire pour un ou deux jours, et de la tenir dans un endroit frais.

Pour conserver les pierres, il faut les tenir dans un endroit sec, mais pas trop chaud. Nous avons vu ci-dessus les effets pernicieux de la chaleur sur la gomme. L'humidité ne présente pas moins d'inconvéniens, dont le moindre est que les pierres s'en pénètrent tellement, que les parties fines du dessin refusent le noir au moment du tirage. Mais lorsque les pierres y sont exposées pendant longtemps la gomme se moisit, et il s'y forme des taches qui se communiquent au dessin, et en détruisent tout l'effet. Les personnes qui n'auraient point de local suffisamment sec pour y conserver leurs planches dessinées, doivent au moins isoler les casiers des murs humides, et ne pas les faire descendre trop prés de terre, afin que l'air puisse circuler librement tout autour. Elles doivent les visiter souvent et, au moindre indice de moisissure, renouveler la gomme et même la couleur grasse.

La Société d'encouragement, étendant sa sollicitude sur toutes les parties de

notre art, a décerné dans sa séance du 28 Décembre 1831, une médaille d'argent à M. Langlumé, pour un enduit propre à garantir les pierres des effets destructeurs de l'humidité. En voici la composition :

Blanc de baleine, 5 parties.

Poix de Bourgogne , 4 1 fi »

Huile d'olives, 3 »

Cire blanche, 1 »

Térébenthine de Venise, 1 »

On fait fondre toutes ces matières ensemble, et on les étend sur les pierres avec un rouleau. On peut passer cet enduit sur la gomme; mais M. Lemercier assure qu'il vaut mieux l'étendre sur les pierres sans les gommer, et qu'elles n'en sont que mieux conservées.

N'ayant jamais eu d'ateliers humides, je n'ai point été à même de vérifier l'efficacité de ce procédé.

Moyens accessoires pour parer aux différens incoiwcniens qui peuvent se présenter pendant le tirage.

J'ai dit, et je ne saurais trop le répéter, que le principal moyen d'obtenir un bon tirage, réside dans la manière dont l'imprimeur sait manier son rouleau. Il existe cependant des cas où il faut employer différens moyens accessoires, qu'une longue pratique apprend seule habituellement, pour enlever des taches, et parer à divers inconvéniens qui peuvent se présenter pendant le tirage; je vais les faire connaître successivement.

Taches produites par les pellicules des cheveux.

J'ai parlé à l'article Dessin sur pierres , des petites taches rondes que forment sur les pierres grainées, les pellicules des cheveux qu'on y laisse séjourner. Ces taches prennent le noir au tirage, et paraissent ordinairement après qu'on a obtenu quelques épreuves. On se sert pour les enlever d'une plume taillée très-fin , et qu'on trempe dans l'acide. Au moment où une épreuve vient d'être tirée et qu'elle a enlevé la plus grande partie de l'encre qui s'est fixée sur ces taches, et pendant que la pierre est sèche, on touche ces taches avec le bout du bec. Pour que l'acide ne s'étende pas trop loin, il faut qu'il y en ait très-peu au bout de la plume; qu'elle n'en soit que pour ainsi dire humectée. Il faut tâcher que l'acide n'agisse absolument que sur le point même, surtout si le défaut se trouve dans une partie teintée du dessin. Lorsque l'acide a produit convenablement son

action, le rouleau qu'on passe ensuite sur la pierre doit enlever la tache; mais ordinairement la place où elle se trouvait devient blanche, il faut alors tirer de nouveau une épreuve, et lorsque la pierre est sèche, la retoucher avec un crayon taillé bien fin. Cette opération demande beaucoup de soin; et ce n'est qu'avec une grande adresse qu'on parvient a faire disparaître entièrement c«>s taches, lorsqu'elles se trouvent dans des teintes unies, comme, par exemple, les ciels. Souvent il faut y revenir à plusieurs reprises. On |>eut, au lieu d'une plume d'oie, employer pour cette opération une plume d'or ou de platine; mais il faudrait bien se garder de prendre une plume d'acier : le muriate et le nitrate de fer formant des taches noires sur les pierres, on augmenterait le mal au lieu de le diminuer.

Taches de salive.

Très-souvent, lorsqu'on encre une pierre neuve, il s'y trouve des taches blanches rondes, provenant de gouttes de salive qui y sont tombées avant ou pendant l'opération du dessin. 11 n'y a d'autre moyen de les faire disparaître, que la retouche; mais le crayon tient difficilement sur ces places; et souvent, quand on croit pour le moment les avoir enlevées, elles reparaissent au bout d'un certain nombre d'épreuves. Le meilleur moyen que l'expérience m'ait appris, de s'en débarrasser complètement, consiste à laisser sécher la pierre après avoir tiré une épreuve. Ou retouche alors ces taches avec un crayon bien effilé. Comme le savon sec ne Ira verge pas facilement la petite couche gommeuse insoluble qui se trouve sur ces taches, on souffle sur les points retouchés, jusqu'à ce que la pierre y devienne légèrement humide, alors l'alcali du crayon agit sur la gomme et la rend soluble; ce qui permet au crayon de la traverser et de se fixer sur la pierre. On lait ensuite sécher de nouveau, en agitant l'air au-dessus avec la main, ou avec un morceau de papier. Si on frottait immédiatement l'éponge, elle enlèverait le crayon encore à l'état de savon. Il faut donc auparavant y passer un peu de gomme pour le précipiter. Alors on humecte et on passe le rouleau. Malgré ces précautions, les retouches ne tiennent pas toujours, et il faut souvent y revenir à plusieurs reprises avant qu'elles ne se fixent définitivement. Si, malgré toutes les précautions et tous les soins, on ne pouvait pas les faire tenir, il faudrait gratter légèrement la place avec une pointe d'acier, pour enlever la couche gommeuse iusoluble qui s'oppose à l'adhérence de la graisse, et les retoucher ensuite.

Lorsqu'il tombe pendant le travail des gouttes de sueur sur les pierres, elles

forment tirs taches blanches, Hues à l'acide contenu dans ce liquide. Si on les frotte à l'instant avec de l'encre de communication, elles disparaissent; mais mieux vaut encore que l'imprimeur s'essuye le visage de temps en temps, afin d'éviter de semblables accidens.

Moyen de faire revenir des parties qui ont disparu.

J'ai parlé à l'article de l'encrage des dessins au crayon, de l'emploi de l'encre de communication pour faire prendre le noir sur des parties qui la refusent. C'est M. Hanhart, contre-maître dans mon établissement de Mulhouse, qui observa le premier l'action produite sur une pierre dessinée, par une couleur graisseuse dissoute dans l'essence de térébenthine. Il venait de laver avec peu d'essence une pierre très-chargée de travail , et il remarqua que lés parties, d'abord enlevées à blanc, reprenaient peu à peu l'encre à mesure qu'il continuaitde frottcr,et qu'elles reparaissaient avec plus de finesse et de pureté qu'auparavant C'est ce qui lui donna l'idée de composer une liqueur chargée de parties graisseuses et résineuse», pour favoriser l'adhésion de l'encre d'impression; et cette préparation nous a fourni un des moyens les plus puissans que je connaisse, de faire venir au tirage les parties les plus légères. J'ai décrit en détail la manière d'employer cette encre de communication ; je n'y reviendrai donc pas, et je me bornerai à rappeler ici qu'elle est parfaitement applicable chaque fois qu'une partie d'un dessin faiblit ou refuse de prendre l'encre.

Si, malgré le frottement de l'encre de communication , un dessin continuait à refuser l'encre d'impression, il faudrait y laisser sécher cette encre de communication, afin île lui donner le temps de mieux pénétrer dans la pierre. Pour cela, on prend de l'encre de communication sur un chiffon de laine, on enlève le dessin, et on continue à frotter jusqu'à ce qu'elle ait bien repris partout; mais en ayant soin de tenir la pierre constamment assez humide pour que cette encre ne se fixe point sur les parties blanches, et que le dessin paraisse dans toute sa pureté. On laisse alors sécher un |>eu la pierre, et on couvre de gomme seulement, les parties qui d'elles-mêmes viennent assez noires et n'ont pas besoin d'être renforcées. Quant à celles qui refusaient l'encre, on les laisse sans gomme pendant plusieurs heures, et même une journée entière, si on le croit nécessaire. En jiassant alors l'encre d'impression sur la pierre, il est probable que tout viendra bien. On pourrait aussi, après que la pierre frottée de l'encre de communication a séjourné le temps convenable avec la gomme, laisser sécher cette gomme, puis la laver à l'eau, et passer sur la planche le rouleau à la couleur

grasse, en ne faisant que deux ou trois tours, afin de déposer encore plus de matière grasse sur chaque point. On la laisserait reposer dans cet état pendant quelque temps, avant de reprendre le tirage.

Lorsqu'en général, on remarque que les parties légères d'une pierre ont peine à prendre l'encre, et que les épreuves présentent un grain inégal et dépouillé, on peut quelquefois y remédier par l'addition d'un peu de suif dans l'encre d'impression, ou mieux encore, on lait chauffer dans un poéllon 10 parties vernis moyen, auquel on ajoute 1 » suif,

et on s'en sert pour broyer la couleur. Si cette addition de suif ne suffisait pas, on pourrait y ajouter encore 1/3 de partie de savon. Mais alors il faut surveiller le tirage avec attention, car le savon est toujours un moyen dangereux qu'il ne faut employer qu'à la dernière extrémité. Pour peu qu'on remarquât cpie les épreuves viennent trop chargées, il faudrait enlever cette encre de dessus le rouleau , et la remplacer par l'encre ordinaire.

Je connais des imprimeurs qui composent un mélange de

G parties térébenthine de Venise,

4 » moelle de bœuf,

.'» » savon,

8 » suif,

2 » cire ,

qu'ils font fondre ensemble, et en ajoutent environ 1,G à leur encre, en broyant bien le tout ensemble. On travaille bien plus facilement avec une pareille encre, et les épreuves viennent très-bien; mais cependant il faut se garder d'abuser de ces moyens, car s'il y avait trop de matières graisseuses de cette nature dans l'encre, les épreuves ne sécheraient pas suffisamment, et ]x>urraient s'effacer par le frottement.

Si ce sont des parties d'un dessin à la plume qui ne prennent pas l'encre, et si elles ont résisté aux moyens que je viens d'indiquer, il y a encore un moyen de les faire venir. Comme ces dessins sont acidulés fortement, les lignes du dessin se trouvent un peu en relief et, surtout si on opère sur une partie dont les travaux sont serrés, on peut y frotter légèrement une pierre ponce bien plane, sans que celle-ci atteigne le fond qui doit rester blanc. On prend, dans ce cas, une petite pierre ponce très-fine. On metdc l'huile sur une mauvaise pierre, et on y frotte cette pierre ponce, tant pour la rendre bien plane, que pour l'imbiber de ce liquide gras. On en frotte alors bien délicatement les parties du dessin qui ne

viennent pas. Par cette opération, la pierre ponce enlève sur les traits saillans le corps gommeux insoluble qui empêche l'encre d'y adhérer, et met la pierre à nu, on lui communiquant en même temps une partie de l'huile dont elle est imbibée. On peut faire cette opération sur une pierre mouillée, et si elle ne réussissait pas bien, on la laisserait d'abord sécher : mais surtout il faut avoir soin de poser la pierre ponce bien à plat, afin de ne toucher nulle part le fond de la pierre.

F.MPATKMEJfS.

Pierres qui s'estompent ou prennent trop d encre.

Le premier moyen d'enlever les empâtemens partiels, est d'y passer le coin du rouleau {planche xlviii, fig. 5), en le faisant rouler avec vivacité, et même en frappant sur la pierre.

Si ce moyen ne suffit pas, il faut enlever la pierre à blanc; c'est-à-dire la laver à l'essence, de manière qu'elle devienne entièrement blanche, et frotter alors la place empâtée avec un chiffon de laine trempé dans de l'eau, en employant plus ou moins de force, suivant que l'empâtement est plus ou moins tenace. Ce même moyen peut aussi être employé lorsque la pierre se couvre d'un ton ou, comme on dit, lorsqu'elle devient estompée. Si on voit que l'estompe tend à revenir, on pourra passer de temps en temps sur la pierre une éponge trempée dans du vin blanc ou de la bière. Si ces liqueurs sont légèrement aigries, elle n'en font que plus d'effet; on peut aussi en mettre un peu dans l'eau dont on se sert pour humecter la pierre (i).

Si ces moyens ne suffisent pas, après avoir enlevé le dessin à blanc, on frotte la pierre au moyen d'un chiffon de laine, avec un mélange d'essence et de gomme. Quelquefois les imprimeurs se contentent de cracher sur la pierre pendant qu'ils la lavent à l'essence; la salive fait à peu près le même effet que la gomme, à, cause des matières mucilagineuscs qu'elle contient.

Moyen d enlever d anciens dessins qui reparaissent, ou d autres taches.

J'ai parlé au chapitre des pierres, du danger qu'il y a de ne pas repolir suffisamment celles sur lesquelles se sont trouvés des dessins, surtout s'ils étaient

(i) Du vinaigre faible, ou de l'acide muriatique très-étendu d'eau ne feraient-ils pas le même effet? P.

très-colorés, et s'ils y ont séjourné longtemps. 11 arrive souvent, lorsque cette précaution a été négligée, qu'en imprimant le nouveau dessin fait sur une pareille pierre, l'ancien, ou du moins ses parties les plus foncées, reparaissent et forment des taches d'autant plus fâcheuses, qu'elles augmentent à mesure qu'on continue le tirage. Ce sont aussi, de toutes, les plus difficiles à enlever, et même souvent on n'y réussit pas complètement, malgré tous les soins qu'on y apporte; surtout si elles se trouvent dans les ciels ou autres teintes unies. \as moyen suivant est celui qui me parait offrir le plus de chances de succès. On encre la pierre, afin de garnir de matière grasse les points qui forment le dessin, et de les garantir par là de l'action de l'acide, et on la laisse ensuite sécher. On prend un mélange d'eau et d'acide muriatique, marquant 1 à 1 1/3 degré à l'aréomètre, suivant que la tache est plus ou moins forte. On fera bien d'ajouter un peu de gomme à ce mélange; après quoi, on y trempe un pinceau qu'on passe sur les parties qui sont trop foncées, en ayant soin que le pinceau ne contienne que tout juste assez d'acide pour les mouiller sans y laisser de gouttes; parce que celles-ci occasionneraient des inégalités, en attaquant plus la pierre que les places environnantes. Comme les points formés par l'ancien dessin qui repousse, sont infiniment plus petits que ceux du nouveau dessin, et que ces derniers sont chargés d'une plus grande quantité d'encre, l'action corrosive de l'acide très-faible qu'on emploie ne détruit que les premiers, sans attaquer sensiblement les autres. Lorsqu'on a touché toutes les taches, on mouille la pierre, et on y passe vivement le rouleau pour enlever l'encre que l'acide a détachée. Si tout n'a pas disparu, on laisse de nouveau sécher la pierre, et on répète l'opération jusqu'à ce qu'on ait atteint le résultat désiré. Quelquefois même, ces taches ne reparaissent qu'au bout d'un certain nombre d'épreuves. Aussitôt qu'on s'en aperçoit, il faut s'empresser d'y repasser le pinceau à làacide, afin de ne pas laisser au mal le temps de s'aggraver. Cette opération demande à être faite par une main exercée qui ait assez l'habitude du maniement du pinceau, pour ne pas dépasser les parties trop chargées; sans quoi on s'exposerait à faire des lignes blanches à côté. On doit agir doucement et avec précaution ; il vaut mieux revenir plusieurs fois sur un même point, que d'employer de l'acide qui agisse trop fortement. Si, malgré ces soins, certaines parties étaient devenues trop claires, on les retouchera au crayon en employant le même moyen que j'ai indiqué pour réparer les taches de salive. Il est inutile de dire que ce moyen peut être employé pour enlever toute espèce de tache légère, ou éclaircir des parties qui viendraient trop foncées. Lorsqu'on doit agir sur une teinte très-délicate, il faut préparer de l'a-

cide très-faible, en prendre très-peu dans le pinceau, et se contenter de picoter ' sur la partie à éclaircir, au lieu d'y passer une teinte. 11 est plus facile par ce pointillé, de fondre l'opération de manière qu'on ne puisse en apercevoir la limite; tandis que sur certaines parties on agit plus fortement, en multipliant le pointillé.

Btu'ochurrs.

On appelle ainsi des salissures qui se forment sur.l'épreuvc lorsqu'elle frotte sur la pierre. On rencontre souvent ees salissures sur les grands registres : comme il y a alors ordinairement des lignes verticales, la feuille de papier glisse sur elles en s'allongeant, et entraîne un peu de couleur qui se dépose à coté de ces lignes. C'est surtout lorsqu'on imprime de grandes planches au crayon, et principalement lorsqu'on (ait des tirages] sur papier de Chine, qui happe plus facilement l'encre que le papier ordinaire, que les épreuves présententen travers des lignes, ordinairement courbées, formées par «les salissures, qui ne sont autre chose qu'une multitude de points noirs qui se sont imprimés sur le papier aux endroits où il a touché la pierre, avant que le râteau y ait passé, et qui se sont trouvés changés de place par l'allongement du papier. Il est excessivement difficile d'éviter ces bavochures, en tirant de grandes pierres sur papier de Chine, et j'avoue que je n'ai encore trouvé d'autre moyen de parer complètement à cet inconvénient, que de tirer les épreuves sur le papier de Chine seul, sans qu'il soit encollé d'abord, pour le fixer sur une autre feuille. Il faut croire que la feuille seule, et alors très-légére, offrant des plis bien moins résistons que du papier épais, ne prend pas l'encre avant que la pression ne l'atteigne. On encolle ces épreuves lorsqu'elles sont sèches, et on les applique sur le papier blanc par une seconde opération, en les passant sous le râteau sur une pierre non dessinée. Voir ce qui concerne le papier de Chine, dans le chapitre iv.

Les moyens les plus efficaces d'éviter au tant que possible ces bavochures, sont: 1° D'humecter hien également le papier, de manière que les feuilles soient bien plates et sans aucun pli. Par la pression, la partie de la feuille qui passe sous le râteau s'allonge, tandis que les bords restent tels qu'ils sont. 11 est clair, dans ce cas, que le milieu de la feuille ne jwurra que goder, et faire même des plis, si ses bords ne peuvent suivre son mouvement. Ces plis s'appuyent plus fortement sur la planche que le reste de la feuille, et y prennent le noir qui fait ensuite des bavochures. Il est donc prudent de tenir les bords un peu plus humides que le milieu de la feuille.

2° De bien tendre le cuir. Lorsqu'il n'est pas assez tendu, il s'allonge par le frottement du râteau et, en glissant sur la pierre, il entraîne avec lui le papier qui y est posé. On remarque aussi que, lorsqu'il est lâche, il forme devant le râteau un pli qui peut arriver jusque sur le papier et, en le pressant sur la pierre, lui faire prendre le noir. 11 faut aussi avoir soin de tenir le cuir à une distance convenable de la pierre, afin qu'il ne touche la feuille de papier qu'au moment où le râteau y arrive.

3e D'avoir de bonnes maculatures. Elles doivent être bien plates, et ne pas goder, ni faire des plis; car ceux-ci, pressant sur la feuille de papier, lui feraient prendre l'encre. Il est bon également de choisir les maculatures aussi petites que possible, et seulement de la grandeur exactement nécessaire pour couvrir la place où la racle passe. J'ai observé que les maculatures fortes, composées de deux ou plusieurs feuilles collées ensemble, produisaient moins de bavochures que de simples feuilles. Je pense que cela provient de ce que le cuir glisse sur cette espèce de carton, et ne fait point d'effet sur l'épreuve. Au lieu de ces maculatures composées , on peut aussi se servir d'une feuille mince de carton lissé à satiner, qu'on pose sur la maculature ordinaire.

4° Il faut prendre l'encre aussi ferme que les circonstances le permettent, afin qu'elle ne macule pas facilement sur le papier.

5° Lorsqu'on tire des épreuves de dimensions ordinaires sur papier de Chine, un moyen d'éviter les bavochures, est de coller d'avance la feuille de papier de Chine sur le papier blanc, et de poser ensuite les deux feuilles réunies sur la pierre. A cet effet, on place d'abord sur la pierre la feuille qui doit recevoir l'épreuve, et sur celle-ci une feuille de papier blanc humide. 11 n'est pas besoin de dire que le côté collé du papier de Chine est tourné vers le papier blanc. On recouvre le tout d'une maculature. Par le passage sous le râteau, les deux feuilles réunies deviennent bien plates, et s'allongent autant que la pression peut les étendre; de sorte que si alors on les soumet à la pression, pour recevoir l'empreinte, elles ne forment point de plis et ne s'allongent plus ou très-peu. Dans ce cas, pour placer l'épreuve juste sur le papier de Chine, il faut faire deux points de repère sur la pierre, et se servir d'aiguilles pour j>oser la feuille, comme je l'indiquerai à l'article des épreuves rehaussées.

Pierres mal dressées.

Quelquefois il arrive qu'une pierre dressée avec trop peu de soin, n'a pas ses deux faces parfaitement parallèles, et se trouve par conséquent plus épaisse à un

bout qu'à l'autre; ce qui rend un bon tirage impossible. En effet, si on règle la pression sur le bout le plus épais, elle diminuera à mesure qu'elle approchera du côté le plus mince; tandis que si on ajustait le râteau sur le côté le plus bas, le chariot se trouverait arrêté par l'augmeiilatioii de pression, avant que le râteau ne fût arrivé au milieu de la planche. Lorsqu'une pierre présentera ainsi une notable différence d 'é|>aisseur, il faudra coller avec de la gomme une feuille de papier fort sur le dessin , afin de le garantir de tout frottement, et donner la pierre à un menuisier, pour qu'il adapte à l'envers, à la colle forte, une planchette en bois blanc, qu'il dresse alors parallèlement avec la surface dessinée, lorsque la colle est bien sèche. Cette opération demande beaucoup de soin, pour ne pas endommager le dessin, et on ne devra la confier qu'à un menuisier habile et intelligent. Comme il faut chauffer la pierre pour y appliquer convenablement la colle, on ne saurait y apporter trop de précautions.

Lorsque la différence d'épaisseur n'est pas considérable, le lithographe peut lui-même la compenser en collant à l'envers de la pierre un petit coin, ou bande de papier, en commençant à l'endroit où la pierre est plus mince. Sur celui-ci il en collera un autre un peu plus large, ensuite un troisième encore plus large, et ainsi de suite; de sorte qu'à la partie mince il y aura de superposées autant de feuilles de papier qu'il en faudra pour compenser le manque d'épaisseur, et que ces feuilles diminueront progressivement jusqu'à la partie la plus épaisse de la pierre (planche xux, fig. 1). Pour opérer bien régulièrement, il faudra mesurer avec exactitude ce qui manque à la partie la plus mince, pour l'amener au niveau de la partie la plus épaisse. Puis, en pressant un certain nombre de feuilles de papier, on y appliquera la mesure trouvée; on comptera ensuite les feuilles du paquet, et on divisera la longueur de la pierre en autant de parties qu'on a de feuilles; ce qui indiquera la largeur dont chacune devra dépasser la précédente, pour arriver à niveler parfaitement la pierre.

Des pierres cassées.

J'ai dit dans le chapitre qui traite des pierres, qu'on doit avoir soin que les deux faces d'une pierre soient parfaitement droites, afin d'en éviter la rupture; car il est clair que si elles portaient à faux dans la presse, elles se briseraient dès les premières épreuves. Par la même raison , l'imprimeur doit veiller à ce que le fond du chariot et le rouleau qui le supporte, soient parfaitement droits. Il doit aussi visiter à la règle l'envers de chaque pierre qu'il met en presse, afin de s'assurer si elle est bien droite; si non , il faudrait la dresser avant d'en commencer

le tirage. 11 est bon, en outre, de poser une planche en bois tendre ou un carton sous les pierres, afin que s'il s'y trouvait un grain de sable ou d'autres impuretés, elles ptissent s'y enfoncer sans occasionner la rupture de la pierre. Quelques imprimeurs couvrent le fond du chariot d'un drap de laiue; d'autres enfin y mettent du sable, mais ce dernier moyen est mauvais et plus nuisible qu'utile; car ordinairement, en plaçant la pierre dans le chariot, on dérange le sable qui se trouve alors en parties inégales sous la planche, et peut plutôt provoquer sa rupture que l'empêcher. En général, l'imprimeur doit tenir l'intérieur du chariot trèspropre, afin qu'aucun corps formant épaisseur ne puisse se trouver sous la pierre. Par ces précautions il pourra, autant qu'il dépend de lui, éviter la rupture des planches. Cependant, il est possible qu'une pierre ait une fêlure difficile à apercevoir, ou un défaut intérieur qui en occasionne la casse, quelquefois même après le tirage d'un grand nombre d'épreuves; sans qu'on puisse en jeter la res* ponsabilité sur l'imprimeur.

Si la pierre casse seulement en deux parties, et qu'il ne s'enlève pas beaucoup d'éclats dans les parties dessinées, on peut la rajuster de manière à pouvoir soutenir encore un fort tirage. A cet effet, on nettoie bien la cassure, afin qu'il ne s'y trouve aucun corps étranger qui empêcherait la parfaite jonction des deux parties. On pose les deux morceaux sur une pierre plate, et en les rapprochant avec précaution, de manière qu'elles se rejoignent parfaitement. Alors on les lie avec une ficelle qu'on tourne autour de la pierre, autant de fois que le permet son épaisseur, et en serrant fortement à chaque tour (planche xux, fig. 2). Mieux serait encore de la lier au moyen de deux bandes de fer mince, portant des deux côtés de la pierre des vis destinées à les serrer fortement (Jig. 3). Ce dernier moyen est surtout préférable pour de grandes pierres; cette armure en fer étant moins sujette à céder que des ficelles.

La pierre ainsi rajustée, il faut la mastiquer sur une autre. On prend pour cela une mauvaise pierre lithographique ou tout autre bien plate; on la pose de manière à ce que la partie dressée se trouve en-dessous, et la partie raboteuse en-dessus. On gâche dans un vase du plâtre et de l'eau à parties égales. Aussitôt que le mélange est parfait, et qu'il n'y reste plus de plâtre aggloméré, on le verse sur le milieu de cette pierre, et on y pose celle qui est cassée, en remuant un peu, jusqu'à ce que le plâtre sorte sur les côtés. Il faut avoir soin de tenir la surface dessinée bien parallèle à la surface inférieure de la seconde pierre. On laisse alors prendre le plâtre pendant qu'on nettoie les bords.

J'ajouterai, pour les personnes qui n'ont pas l'habitude de manier le plâtre,

que si le corps est de bonne qualité, il doit se prendre en une niasse solide quelques minutes après qu'il a été mêlé à l'eau. Il faut donc se dépêcher de le mêler avant ce durcissement , afin que tout soit terminé au moment où il doit prendre* et alors on le laissera en repos pendant tout ce temps, si non il ne se consoliderait plus. Lorsque le plâtre est resté longtemps exposé à l'air, il perd la propriété de se solidifier ainsi, et ne vaut plus rien. Il faut donc, avant de l'employer, s'assurer par un essai s'il est encore en bon état.

En général, c'est un très-bon moyen d'empêcher les pierres de casser, que de les doubler avant le tirage, et je conseillerai de prendre cette précaution pour toute pierre dont le dessin a une grande valeur, et qui inspirerait quelque crainte de casse. Les pierres qu'on emploie pour ce doublage, n'ont pas besoin d'être fort épaisses. Il suffit qu'elles aient neuf lignes à un pouce. Je suis même porté à croire qu'on pourrait se contenter de coller une feuille ou deux de fort carton sur l'envers d'une pierre, pour l'empêcher de casser. On se servirait, à cet effet, d'une gomme épaisse. Il n'y a pas assez longtemps que j'emploie ce moyen, pour pouvoir en affirmer l'efficacité dans tous les cas. Je puis dire cependant, qu'aucune des pierres que nous avons doublées avec du carton , n'a jamais cassé.

Je dois ajouter que, si on veut doubler une pierre neuve avant le tirage, il faut d'abord l'aciduler, la laver à l'essence et l'encrer. Alors on colle sur le dessin une feuille de papier avec de la gomme, et on laisse sécher. De cette manière, le dessin se trouve garanti de tout accident; tandis que, si on voulait doubler la pierre avant l'acidulation , il suffirait d'un peu de plâtre ou d'eau qui tomberait sur le dessin, pour le gâter.

Si on s'apercevait qu'une pierre a une fente, il ne faudrait pas attendre qu'elle se cassât, pour la lier et la mastiquer sur une autre. On peut, par ce moyen, en éviter la rupture, et continuer le tirage sans qu'on voie même la marque de la fente sur les épreuves. Quant aux pierres cassées, il arrive rarement qu'elles se brisent sans qu'il ne saute quelques éclats qui laissent sur les pierres une marque blanche, qu'il faut retoucher sur chaque épreuve avec du crayon lithographique.

Pour de petites pierres et des choses de peu d'importance, il suffit quelquefois de réunir les pierres à la colle forte. A cet effet, on chauffe autant que possible les deux parties qu'on veut réunir, on y étend de la colle assez liquide pour qu'elle ne forme pas d'épaisseur, et on serre ensuite le tout avec des ficelles. Il faut laisser les ficelles plusieurs jours, jusqu'à ce qu'on pense que la colle soit sèche d'outre en outre. On peut alors procéder au tirage. 11 nous est souvent arrivé dans

nos ateliers de faire des tirages de plusieurs centaines d'épreuves de pierres ainsi collées.

Impression de pierres gravées.

La gravure sur pierre est généralement usitée en Allemagne, et presque toutes les lithographies de ce pays ont l'habitude d'imprimer ces sortes de pierres. Mais dans cette partie, il y a presque autant de méthodes que d'établissemens. Chacun croit la sienne préférable, parce que la longue habitude qu'il en a, fait que ses épreuves réussissent. Les uns encrent et nettoyent au chiffon ; d'autres encrent au chiffon et nettoyent au rouleau. Quelques-uns encrent à la brosse, etc. Tous ces moyens peuvent réussir, s'ils sont mis à exécution avec l'adresse convenable. Dans nos ateliers nous encrons et essuyons au chiffon , parce que nous avons trouvé que ce procédé donne les épreuves les plus pures et les plus brillantes; le chiffon laissant plus d'encre dans les tailles que le rouleau. Nous nous y prenons de la manière suivante.

Après que la pierre est gravée, et qu'on a eu soin de faire sécher les parties qu'on pourrait avoir couvertes de gomme et d'acide, on y frotte de l'huile, de manière à la faire entrer dans toutes les tailles. 11 est même bon, si on en a le temps, de l'y laisser séjourner pendant environ un heure, afin qu'elle puisse pénétrer dans les travaux les plus fins. On met la pierre en presse, en observant les précautions que j'ai recommandées à l'article des pierres dessinées à l'encre; ensuite on lave la planche à l'eau, et on commence l'encrage.

L'encre pour ce genre d'impression, se fait de préférence avec du vernis d'huile de noix, qu'on traite comme celui à l'huile de lin, si ce n'est qu'on ne chauffe l'huile que jusqu'à ce qu'elle commence à s'enflammer. On la laisse brûler quelques minutes seulement, et on l'étouffé alors afin d'obtenir un vernis plus liquide que ceux pour les pierres à la plume et au crayon. L'huile de noix est préférable, en ce qu'elle fournit un vernis plus moelleux et plus doux que l'huile de lin; cependant on peut aussi employer cette dernière. On broyé de la couleur avec

3 parties de noir de fumée calciné,

1 » de noir de Francfort très-fin et de première qualité; ce dernier s'essuyant plus facilement que le premier. Beaucoup de lithographes mêlent de la gomme épaisse à la couleur qu'ils préparent pour les pierres gravées. Cette gomme ne peut, à mon avis, avoir d'autre effet que de se dissoudre dans l'eau à mesure de l'encrage , et de contribuer ainsi à

tenir les planches plus propres. H me semble qu'il est plus simple de mêler un peu de gomme à l'eau, si on le juge convenable, sans se donner la peine de la broyer avec la couleur.

Pour encrer, on se sert d'une espèce de tampon en bois (planche l ,fig. 1 ), plat en-dessous et recouvert de drap de laine. On pose la coideur broyée sur un coin du marbre, et on en prend une petite portion qu'on délaye avec un peu d'essence de térébenthine, en frottant avec le tampon. On mouille alors la pierre, et on y frotte ce tampon dans toutes les directions, jusqu'à ce que les tailles en soient remplies. On prend ensuite un chiffon humide, et on s'en sert pour essuyer l'excès d'encre resté sur la pierre. Si celui-ci ne suffisait pas pour ja rendre entièrement propre, ou qu'il fut déjà un peu sali par l'usage, on en prendrait un second pour achever le nettoyage. Ces chiffons devront être de toile de lin ou de coton. Cette opération exige de l'adresse et de l'habitude. 11 faut essuyer légèrement et sans trop appuyer, pour ne pas arracher la couleur des lignes gravées. Si quelques parties d'encre résistent à l'emploi des chiffons, on y passe légèrement la paume de la main qui rendra la place propre. Si une pierre ne s'essuye pas bien, on mêlera un peu de gomme dans l'eau qui sert à humecter les chiffons. En général, les pierres neuves ue s'essuyent pas si bien que lorsqu'on en a déjà tiré un certain nombre d'épreuves, et qu'elles se trouvent polies par le frottement des chiffons. Il arrive quelquefois qu'une pierre neuve se couvre en entier d'un ton grisâtre lorsqu'on l'encre pour la première fois; ceci provient ordinairement de ce qu'elle n'a pas été convenablement préparée avant la gravure. Quelquefois aussi, des chiffons qu'on aurait lavés au savon, et qu'on n'aurait pas suffisamment rincés dans de l'eau propre, pourraient, en altérant la couche goromeuse insoluble, produire un pareil ton. Dans ce cas, il faut passer de la gomme sur la pierre et continuer de frotter avec le chiffon ; elle se nettoiera peu à peu.

J'ai dit au chapitre Dessin sur pierre, que pour les travaux ordinaires de gravure, on couvre les pierres d'une légère couche de gomme colorée en noir ou en vert. Mais que, quelque mince que soit cette couche, elle oppose encore trop de résistance aux travaux très-fins de la machine à graver. Pour se servir avec succès de cette dernière, on se contente de passer sur la pierre, de la gomme mêlée d'acide, comme on traite les pierres dessinées à la plume. On laisse sécher la gomme, puis on la lave. 11 ne reste donc sur la pierre que la couche gommeuse insoluble très-mince. Ces dernières pierres sont plus difficiles à encrer pour la première fois, que celles couvertes d'une couebe de gomme; car il arrive assez

ordinairement que d'abord le noir s'attache presque sur toute la pierre. On lâche de l'enlever peu à peu en frottant avec le chiffon, et la paume de la main; mais le moyen le plus efficace est de mettre un peu de gomme sur la pierre, et de mêler assez d'essence à l'encre d'impression pour que celle-ci dissolve l'encre qui s'est fixée sur les parties blanches. On frotte cette encre sur la planche avec un chiffon , et à mesure qu'elle enlève les salissures, la gomme prépare les places de manière qu'ensuite elles ne s'y fixent plus; tandis que les tailles sont toujours tenues garnies d'encre et ne souffrent en aucune manière de cette opération.

Si tons les moyens d'enlever une tache sur une pierre manquaient leur effet, on pourrait essayer d'y passer légèrement une pierre ponce fine et bien plate, qu'on trempe dans de l'eau gommée. Mais cette opération doit être faite avec bien de l'adresse, pour ne pas endommager les lignes très-fines qui ne sont que légèrement entaillées.

Si on ne peut réussir à essuyer une pierre au chiffon, de manière à en obtenir des épreuves bien nettes, on peut, après avoir encré au tampon (mais ce moyen est moins bon à mon avis), se servir du rouleau qui nettoycra très-facilement la planche, et on obtiendra des épreuves presque aussi pures que si on essuyait au chiffon. Cependant, elles ne seront pas aussi brillantes, parce que le rouleau enlève une partie de la couleur qui est dans les tailles. Lorsqu'on continue d'essuyer les pierres au rouleau, il faut de temps en temps enlever la couleur faible qui s'y attache, et y remettre de l'encre d'impression ordinaire pour la plume ou le crayon.

Quant aux pierres sur lesquelles on n'a gravé que des travaux très-fins, et qui ne sont pas entaillées profondément, on peut les encrer entièrement au rouleau, avec de l'encre pour les dessins à la plume. On pourra donc lier à de tels travaux des parties tracées à l'encre, comme, par exemple, l'écriture d'une lettre de change, qui pourra être faite à la plume, tandis que le fond aura été gravé à la machine, etc. Cette manière d'encrer les pierres va bien plus vite que lorsqu'on emploie le chiffon.

11 faut avoir grand soin qu'il ne se trouve point de grain de sable dans l'encre dont on se sert pour encrer au tampon, car, par le frottement, ils produisent des raies qui attirent le noir et qu'il est bien difficile d'enlever ensuite.

Le papier pour les pierres gravées doit être plus humide que celui pour les planches à la plume; et on fera bien, après avoir posé la feuille sur la planche, de la recouvrir d'un drap bien feutré, afin de la faire entrer dans les tailles de la gravure. La pression doit être plus forte que pour les pierres dessinées.

Le nombre d'épreuves à tirer d'une pierre gravée dépend beaucoup de l'adresse de l'imprimeur. S'il ne la nettoie pas assez, les traits finissent par devenir trop gros; s'il la nettoie trop, il arrache la couleur des tailles, et il n'es! souvent plus possible de leur faire prendre l'encre. Alors le dessin reste dépouillé, à moins qu'on ne veuille le retoucher à la pointe, opération fort difficile et qui réussit rarement bien. 11 est donc nécessaire de surveiller constamment le tirage, et de le maintenir dans le ton convenable, si on veut arriver à un grand nombre d'épreuves, qui ne sera cependant jamais aussi considérable que celui qu'on peut tirer des dessins à l'encre. 5 à C0O0 exemplaires sont généralement regardés comme le maximum des pierres gravées.

Après le tirage, on lave les planches à l'essence de térébenthine, et on frotte dans les tailles un mélange de suif, de noir de fumée et d'essence de térébenthine, en observant d'essuyer les pierres bien soigneusement, afin que le dessin reste suffisamment garni et soit cependant bien pur. Après que l'essence s'est évaporée , on gomme la pierre.

Dans nos ateliers, on ne se sert que du procédé que je viens d'indiquer, parce qu'il nous a toujours paru le meilleur. Je n'ai jamais pratiqué l'encrage à la brosse; comme il pourra cependant être agréable à mes lecteurs de connaître ce moyen, je vais leur en donner la description que j'extrais du Lithographe , publié par M. Jules Desportes, et auquel je renvoie pour de plus amples détails.

« Les ustensiles supplémentaires de l'imprimeur en gravure consistent :

« 1* En une brosse de 5 pouces de long sur 2 1/2 de large, garnie de longs u poils flexibles ( celles dont on se sert pour le cirage sont très-bonnes pour cet « usage). Cette brosse doit être tenue proprement, c'est-à-dire grattée avec le cou- « teau au noir chaque fois que l'ouvrier quitte son travail.

« 2" En un tampon; c'est une tablette de bois dressée convenablement d'un « côté, de 6 pouces de long, 4 de large et 1 d'épaisseur. Au milieu de cette plante chette et de l'autre côté, s'élève une saillie ou poignée. Ce tampon ressemble « parfaitement à un presse-papier. On garnit le dessous d'un double morceau de « drap, que l'on fixe sur l'épaisseur du bois, soit avec de petits clous, soit avec « une ficelle qui se loge dans une rainure pratiquée à cet effet autour de la ta- « blette; l'emploi de la ficelle est préférable, à cause de la facilité qu'elle pré- « sente pour le renouvellement du drap. Ce changement est indispensable lors- « que l'étoffe est usée, ou lorsque le tampon , après un long usage, aura besoin « d'être redressé.

« L'encre que l'on prépare pour l'impression de la gravure, se compose ainsi :

m on mélange avec le couteau au noir et jusqu'à ce quelles ne fassent plus qu'un « corps ensemble, de l'encre d'impression et une dissolution de gomme arabique « passée préalablement dans un linge. 11 faut bien se garder d'employer de la « gomme aigrie; on ajoute un peu d'essence de térébenthine pour faciliter l'a- « malgame. Les doses de ces matières ne peuvent être indiquées bien positive- « ment, les quantités sont subordonnées au genre de travail, à la température, à a l'état même de la pierre; cependant nous pouvons dire par approximation que « la gomme et l'encre y concourent à parties égales. Toutefois, nous le répétons, « ce n'est pas une règle générale. Quant à la qualité, celle de la gomme doit être « parfaite, et l'encre sera de premier ou de second choix, selon l'importance de « la gravure.

« Avec une éponge fine, convenablement humectée, comme pour le tirage or- « dinaire de l'encre ou du crayon, on mouille la pierre tant soit peu plus que « pour les écritures; avec la brosse on prend une quantité d'encre proportionnée « à la grandeur de la planche, puis on promène cette brosse dans tous les sens de « la pierre; en lui faisant décrire avec vivacité de petits cercles, on cherche à « faire pénétrer les soies dans les tailles de la gravure ; l'encre s'étale d'abord d'une < manière presque uniforme, puis elle se retire par places irrégulières et entas* « sées, enfin elle se laisse entraîner par la brosse qui en retient la plus grande « partie. Lorsque l'imprimeur juge que sa pierre est suffisamment encrée, il « achève de la nettoyer avec le tampon. L'encre que la brosse a laissée sur la su- « perfide de la pierre est facilement enlevée par le frottement léger du tampon ; « une partie de cette encre complète le remplissage des tailles, l'autre s'attache « au drap qui le recouvre. Pour que le tampon puisse bien produire l'effet qu'on « se propose, il faut que la pierre conserve encore assez d'humidité; s'il en était « autrement, le tampon noircirait au lieu de nettoyer. S'il arrivait que la pierre „ eût perdu toute son humidité; que le tampon au lieu d'enlever laissât après lui * des taches d'encre, il faudrait mouiller de nouveau, encrer un peu à la brosse m et passer de nouveau le tampon. Si, au contraire, il ne restait que quelques o traces légères d'encre, l'ouvrier pourrait facilement les enlever par un petit « coup de paume de la main, ou avec une petite éponge fine bien propre et un - peu humectée d'eau.

« L'imprimeur doit apporter la plus grande attention à ne laisser attacher au* « cun corps dur au drap du tampon ; ce serait la cause certaine d'une infinité de « raies très-difficiles à faire disparaître, surtout si elles étaient produites par des « grains de sable.

« Quoique l'impression de la gravure soit une des opérations de la lithogra- « phic les plus salissantes, elle exige néanmoins beaucoup de propretéet de soin; « ainsi l'imprimeur doit chaque jour laver ses éponges, racler avec un couteau « la brosse ainsi que le tampon, et renouveler entièrement son encre qui se con- « serve difficilement.

a Pendant le tirage, on verse de temps en temps quelques gouttes d'essence « sur l'encre, que l'on délaye avec la brosse même, »

Épreuves re/iaussiscs.

J'ai donné au chapitre Dessin sur pierres , la manière de faire les planche» pour obtenir des épreuves rehaussées; je vais à présent indiquer les procédés à suivre pour les imprimer.

Avant de faire les contre -épreuves, on doit avoir soin de marquer sur la pierre originale quelques points destinés à servir de repères, à moins qu'on ne veuille prendre pour cela deux angles du dessin lorsqu'il est inscrit dans un carré. Ces points doivent être reproduits avec ta plus grande exactitude sur les planches des teintes. Les premiers lithographes de Munich se contentaient de couper les épreuves a raz du cadre, et plaçaient alors les angles sur les repères. Ce procédé a non-seulement l'inconvénient de priver les épreuves des marges; mais il ne permet pas même une grande exactitude. Aujourd'hui on a généralement recours à des pointes d'aiguilles qu'on pique, soit dans deux angles op|>osés des épreuves, soit dans les points de repère, et qu'on place dans de petits trous percés aux points corresponduns dans la pierre qui sert à imprimer la teinte. Je trouve qu'il est très-commode de se servir pour cela d'une espèce de compas à verge en bois ( planche l, fig. 2), dans lequel on a enfoncé en A et en B deux ]>ointes d'aiguilles, qu'on place bien exactement à la distance convenable, afin qu'elles s'ajustent dans les deux petits trous percés dans la planche à la teinte.

Il faut avoir soin d'humecter les épreuves déjà tirées, de manière qu'elles reprennent exactement la grandeur du dessin sur pierre. On pose alors une de ces épreuves sur une table recouverte d'un drap de laine, et on la mesure en présentant le compas à verge sur les points correspondans aux repères. Si ces points se rapportent aux aiguilles, on les y enfonce légèrement pour percer le papier; on retourne alors la feuille et on pique les pointes dans ces trous. On relève les deux bords du papier des deux mains (Jig. 3), en tenant en même temps le compas dans la main droite, entre l'index et le doigt du milieu. Puis avec la dé-

licatesse convenable pour ne pas agrandir les trous, et en même temps empêcher les aiguilles de s'échapper du papier, on les pose alors dans les petits trous de repère, et on laisse retomber la feuille sur la pierre; en ayant soin de tenir le compas perpendiculairement. Cela fait, on appuyé légèrement la feuille sur la pierre de la main gauche, afin qu'elle ne puisse plus se déranger, et on enlève le compas de la main droite. On y pose ensuite la maculature, en la laissant tomber perpendiculairement pour ne pas déranger l'épreuve, et on procède à l'impression. Si une épreuve se trouve trop grande, on la met de côté et on la laisse sécher jusqu'à ce qu'elle se soit retirée aux justes proportions. Quant à celles qui sont trop petites, il faut les humecter légèrement pour qu'elles s'allongent de manière à atteindre la juste mesure.

Quant à l'encrage de ces planches à teintes, il se fait avec une encre qui n'est presque que du vernis très-fort, auquel on mêle une très-petite quantité de la couleur qu'on veut leur donner, et qui est ordinairement très-claire. Quelques lithographes, et notamment autrefois ceux de Munich, mêlent de la craie blanche à l'encre pour obtenir avec plus de facilité une teinte parfaitement égale. Mais ce moyen est mauvais, si on imprime d'abord l'épreuve noire et qu'on teinte par-dessus; car, au bout de quelque temps, lorsque l'huile qui rendait ces teintes transparentes, s'est infiltrée dans le papier et a séché, ces teintes deviennent Opaques, et l'épreuve parait recouverte d'une couche de blanc qui lui ôte toute sa vigueur. On pourrait bien imprimer d'abord la teinte, et y appliquer ensuite l'épreuve noire; mais, dans ce cas, on perdrait le relief des blancs qui se trouveraient aplatis par le second tirage. 11 vaut donc mieux se donner un peu plus de peine et tâcher d'obtenir des teintes égales sans y mettre du blanc.

l>es moyens que je viens de décrire, sont ceux qu'on peut employer par les procédés lithographiques généralement connus et avec les presses ordinaires. Ma nouvelle machine pour l'impression chromolithographique, offre un moyen plus prompt et infaillible pour opérer ces repères; mais ayant pris des engagemens avec quelques personnes pour un certain nombre d'années, ce procédé ne pourra être publié (pie plus tard.

Impressions dorées.

Il y a deux manières de faire des impressions dorées : l'une en passant de l'or métallique en poudre sur les épreuves, l'autre en y posant des feuilles de ce métal.

L'or faux en poudre est généralement connu dans le commerce sous le nom

de bronze. Il se fabrique à Fûrth et à Nuremberg. Comme il y a beaucoup de batteurs d'or faux dans ces deux villes voisines l'une de l'autre, ce n'est qu'à la portée de leurs fabriques que cette industrie pouvait prospérer. Lorsqu'on bat les feuilles de ce métal, elles s'étendent en tous sens, et présentent, lorsqu'elles sont terminées, une forme irrégulière à peu près ronde. Il faut alors les rogner )>our en laire des feuilles carrées, et ce sont les rognures qui résultent de ce travail, qu'on utilise pour en faire le bronze. On les mêle avec du sirop, ou un autre corps glutineux, afin île pouvoir les broyer sur des pierres comme on broyé les couleurs. Lorsqu'on a réduit ainsi ces feuilles en poudre, on met celle-ci dans un baquet avec beaucoup d'eau, pour en enlever le corps glutineux, et on vide ensuite le vase dans une longue caisse inclinée, dans laquelle se trouvent autant de compartimcns qu'on veut obtenir de numéros, ou de qualités différentes. La poudre la plus grossière et la (dus lourde s'arrête dans le premier; celle de seconde grosseur dans le second, et ainsi de suite jusque dans le dernier, qui contient la plus line, qui a resté le plus longtemps suspendue dans l'eau. On en fait ainsi une quinzaine de sortes qui se vendent depuis 3 fr. jusqu'à 100 fr. la livre, composée de 10 paquets d'une once chaque, suivant leur degré de finesse et de beauté. On teint ce métal broyé en diverses couleurs. 11 v en a de blanc, provenant de feuilles d'argent faux, de jaune pâle ou couleur d'or, de jaune orangé, de vert et de rouge. 11 n'y a point d'économie à employer des qualités communes, parce que ce sont les parties fines seules qui peuvent s'attacher sur les épreuves, et il reste alors un résidu grossier qu'il faut jeter. J'emploie ordinairement la sorte qui coûte environ 30 fr., et pour les travaux les plus soignés, celle qui coûte de 00 à 80 fr. la livre. Avec ces sortes, et surtout avec la dernière, les épreuves deviennent aussi belles qu'avec de For fin; et comme elles sont trèsfines, on peut dorer plus d'épreuves avec un paquet de ces bronzes qu'avec plusieurs onces de bronze commun.

Pour l'employer, on tire les épreuves avec de l'encre d'impression ordinaire, et aussitôt on y passe le bronze en poudre, en se servant d'un petit paquet de coton. Je connais des lithographes qui étendent le bronze sur les épreuves avec un gros pinceau ; mais cette méthode fait lever en poussière une partie du bronze qui se répand dans l'air et est respiré par les ouvriers; ce qui n'est pas sans danger. Comme la principale base de ce métal est du cuivre, il forme du vert de gris en s'oxidautdans les intestins, cause des coliques et quelquefois des vomissemens. C'est un véritable poison dont il faut se garantir en faisant le moins de poussière possible. Cependant de pareils accidens n'ont lieu que si on reste ex-

posé pendant longtemps, pr exemple, une journée entière, à cette poussière métallique.

Lorsque les épreuves sont terminées, on les essuyé une seconde fois avec un paquet de colon, et on fait tomber dans une large boite l'excédant du bronze qui n'es! pas fixé sur l'impression , afin de s'en servir pour d'autres épreuves.

Plus le papier sur lequel on fait ces impressions dorées est lisse, plus elles deviennent brillantes, mais c'est surtout sur le papier à titre de fabrique allemande, qu'elles viennent d'une netteté et d'un brillant remarquable. Si on veut faire des dorures très-riches, on peut passer sur les épreuves des bronzes de diverses couleurs, et pour cela, il est nécessaire de se servir d'un petit pinceau, et de les appliquer comme si on les coloriait. Remarquons qu'il ne faut pas que le papier sur lequel on veut bronzer soit humide, car alors toutes ses parties prendraient l'or.

Depuis quelques années, on voit beaucoup de cartes d'adresse et de visite d'un luisant très-fin, et qui sont connues sous la dénomination de carton porcelaine. Ce carton se fait en y passant plusieurs couches très-minces et égales d'une couleur composée de blanc léger ou blanc d'argent, ou selon la dénomination allemande, blanc de Cremnitz, lié avec une petite quantité de colle forte et d'alun. Si on place le côté ainsi couvert de ce carton sur une planche d'acier bruni, et qu'on le passe dans une presse d'imprimeur en taille-douce, sous une très-forte pression, il acquiert ce brillant doux qui le fait distinguer de tout autre carton satiné ou lissé. Si on attend pour cette dernière opération qu'on ait fait sur ces cartons des impressions dorées au bronze, celles-ci prennent par là un brillant très-vif, surtout si on passe la carte plusieurs fois sous le rouleau en allant et en venant. Pour imprimer sur ces cartes, il faut les humecter trèspeu en se contentant de les poser quelques instans avant le tirage entre des feuilles de papier légèrement humide. La couleur blanche qui les couvre absorbe très-proptement le vernis, et la couleur sèche au bout de peu d'instans; de manière que le bronze ne s'y attache plus. Il faut donc avoir soin de les dorer au moment où on vient de les imprimer. Pour parer à cet inconvénient, quelques imprimeurs composent de l'encre d'or, en broyant du bronze avec du vernis; mais ce moyen est plus dispendieux que le précédent.

Avant de lisser ces cartes en les passant sous presse sur une plaque d'acier poli, il faut les laisser sécher plusieurs jours. Si on ne peut pas attendre, il faudra essuyer la planche d'acier après chaque pression, pour enlever la partie maculée; si non on salirait la carte qu'on y pose après. Pour obtenir un plus beau

brillant, on peut mettre les cartes pendant quelques instans entre des feuilles de papier humide, avant de les passer en presse. Mais il faut prendre garde qu'elles ne soient pas trop humides, si on ne veut s'exposer à voir le blanc s'enlever, et rester collé à la planche d'acier.

11 va sans dire, qu'au lieu de bronze, on peut employer de la poudre d'argent et d'or fin ]>our de pareilles impressions. Mais comme le cas arrive rarement où on veut faire la dépense de matières aussi précieuses, je me suis principalement occuj)é du bronze.

Pour faire des impressions dorées en feuilles, on imprime le sujet avec une encre composée de

2 parties vernis moyen,

1 » cire vierge,

1 » térébenthine de Venise.

On y mêle la couleur qu'on veut, mais de préférence une nuance qui approche le plus possible de celle de l'or, afin que si quelques parties se dépouillent, elles soient le moins visibles (pie passible. Du jaune de chrome clair et de la terre de Sienne brûlée donnent une bonne couleur, qui convient dans ce cas, et qui s'imprime bien. Lorsque l'épreuve est faite, on y pose les feuilles d'or. Si on emploie de l'or faux, on jieut se servir des doigts pour le poser sur les épreuves, en les frottant d'un peu de blanc d'Espgnc s'il s'y attachait. Mais si on applique de l'or fin, qui est beaucoup plus mince, il faut se servir d'une palette de doreur, faite de poils longs de blaireau fixés entre deux cartes. On graisse légèrement ces poils, en les passant seulement sur la joue ou les cheveux; ce qui suffit pour qu'ils retiennent la feuille d'or pour la porter sur l'épreuve, sur laquelle on l'applique alors, au moyen d'un petit tampon de coton. Pour diviser l'or fin, on le coupe sur un coussin de cuir frotté de blanc d'Espagne, avec un couteau bien poli et fait exprès.

En général, le maniement de l'or fin demande une certaine habitude, et on fera bien de s'instruire auprès d'un doreur ou d'un relieur, des tours de mains nécessaires à une bonne réussite. Quant à l'or faux, on coupe des livrets tout entiers avec les feuilles qu'ils contiennent, en se servant de ciseaux. Comme cet or est très-bon marché, on n'a pas besoin de l'économiser comme l'or fin; mais un point essentiel pour faire des dorures bien réussies, c'est de se procurer du métal aussi mince que possible, et dont toutes les feuilles soient de même nuance. Car souvent dans ces qualités communes, il y en a de plus ou moins jaunes, et

cela fait un fort mauvais effet si elles sont posées l'une à côté de l'autre sur un même sujet.

L'or faux le pins beau et le plus mince que j'aie encore trouvé, porte le titre de Fein planter Mctall, et est fabricpié par G.-L. Fuchs, à Fiirth, près Nuremberg. Il coûte environ 40 fr. le paquet de dix mains, chacune de 252 feuillets, soit les 2520 feuillets.

Lorsque les feuilles d'or sont posées sur l'épreuve, on la met entre une double feuille de papier, et on y frotte la main pour les y fixer, afin qu'elles ne s'envolent pas. On place ensuite cette double feuille contenant l'épreuve sur l'épreuve suivante, qu'on tire afin de la passer sous le râteau, pour y fixer l'or par la pression. Si on se sert de métal commun et épais, ce sera même une bonne précaution que de la passer deux fois sous le râteau. Si le temps le permet, on laissera sécher ces épreuves pendant quelques jours; si non on peut aussi les nettoyer tout de suite, en prenant plus de soin et en frottant moins rudement. On se sert pour cela d'un ruban de flanelle roulé et lié par le milieu. On frotte dans tous les sens sans trop appuyer, jusqu'à ce que tous les détails du dessin soient bien nets et complètement dégages.

Plus l'or dont on se sert est commun, et plus le dessin à dorer doit offrir de lignes massives et éloignées les unes des autres; car cet or ne tient.pas bien sur les lignes fines; et lorsque l'espace qui sépare deux traits est trop petit, la flanelle ne peut parvenir à percer le métal tendu par-dessus cet espace, et à l'enlever. Mais si on emploie le planter Métal/, et surtout de l'or fin , on peut exécuter des dessins bien plus délicats.

Salaire des imprimeurs.

Pour les planches au crayon , je pense qu'on doit payer les imprimeurs à la journée. Ils ne doivent pas être pressés par la crainte de ne pas gagner assez; il vaut mieux que, certains de ne pas voir diminuer leur salaire, ils puissent prendre le temps nécessaire pour la réussite des épreuves. Je parle ici de planches soignées; mais s'il s'agissait d'une suite composée de planches égales et faciles à imprimer, ou pourrait encore les faire tirer à la pièce.

Quant aux écritures et objets courans exécutés à la plume, le mode de les faire tirer à la pièce est certainement le plus avantageux. L'imprimeur est stimulé à se donner de la peine et trouve son intérêt à accélérer son travail. Le maître y trouve, de son côté, l'avantage de pouvoir faire son calcul exactement, de ne payer à ses ouvriers que ce qu'ils gagnent réellement, et d'avoir constamment de

bon ouvrage; car si l'imprimeur lui fournit de mauvaises épreuves, il ne les lui paie pas et peut même, lorsque la faute est trop grossière, se faire rembourser le papier gâté.

Voici le tarif adopté depuis nombre d'années dans mes ateliers de Mulhouse : je le crois dans une juste proportion avec le travail des ouvriers.

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